Beyond the system: Empowered by experience / De l’ombre à la lumière: Parcours de vie post DPJ

Beyond the System: Empowered by Experience

 

Beyond the system is a bilingual podcast hosted by the Canadian Consortium on Child and Youth Trauma. The core purpose of our podcast is to raise awareness about trauma, particularly as it relates to (former) youth in care, and to advocate for systemic change. As a group of former youth in Care, child welfare professionals and advocates in the field, we aim to share stories, provide educational content, and discuss policy advocacy, while centering the voices of those with lived experience. Our target audience includes (former) youth in care , caregivers, professionals in child and youth services, and anyone interested in trauma-informed care and the experiences of youth in care.

 

De l’ombre à la lumière : Parcours de vie post DPJ

Le podcast bilingue du Consortium Canadien sur le trauma chez enfants et les adolescents a pour objectif de sensibiliser ses auditeurs au trauma, en particulier en ce qui concerne les (anciens) jeunes placés, et de plaidoyer en faveur de changements systémiques en protection de la jeunesse. En tant que groupe d'anciens jeunes placés, de professionels en protection de le jeunesse et de défenseurs de droits, nous partageons nos histoires, du contenu éducatif et discutons de politiques en place, tout en mettant l'accent sur les voix de ceux qui ont vécu le placement en protection de la jeunesse. Notre public cible comprend les anciens jeunes placés, les parents, les professionnels en protection de la jeunesse, et toute personne intéressée par les approches sensibles au trauma et les expériences des (anciens) jeunes placés.

 

 

 

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Episodes

Wednesday Apr 15, 2026

In this episode our committee member Elijah Olise meets with long time community organiser Patrick Pouponneau to discuss housing and housing insecurity with a focus on the particular experiences and needs of Care leavers in terms of accessing stable and nuturing housing.
 
 
Dans cet épisode, Elijah Olise, membre de notre comité, rencontre Patrick Pouponneau, organisateur communautaire de longue date, pour discuter du logement et de la précarité du logement, en mettant l'accent sur les expériences et les besoins particuliers des anciens jeunes placés, en matière d'accès à un logement stable et accueillant.
 
About our guest/ À propos de notre invité:
 
Patrick Pouponneau is a community builder, project manager, and emerging systems leader advancing human security and resilience within African and Caribbean diasporic communities. With over a decade in social services and nonprofit program development, he has led high-impact initiatives in youth engagement, housing stability, and culturally grounded care.
 
He has led outreach teams and coordinated multi-stakeholder efforts that contributed to the creation of hundreds of new social housing units through collaborative, community-driven approaches. His leadership blends strategic oversight with relational depth—mobilizing partners across government, nonprofit, and community sectors to deliver scalable, trauma-informed solutions.
 
Patrick Pouponneau est un animateur communautaire, chef de projet et leader émergent dans le domaine des systèmes, qui œuvre à la promotion de la sécurité humaine et de la résilience au sein des communautés de la diaspora africaine et caribéenne. Fort d’une expérience de plus de dix ans dans les services sociaux et le développement de programmes à but non lucratif, il a mené des initiatives à fort impact dans les domaines de l’engagement des jeunes, de la stabilité du logement et des soins ancrés dans la culture.
Il a dirigé des équipes terrain et coordonné des efforts multipartites qui ont contribué à la création de centaines de nouveaux logements sociaux grâce à des approches collaboratives et axées sur la communauté. Son leadership allie une vision stratégique à une approche relationnelle approfondie, mobilisant des partenaires issus des secteurs gouvernemental, associatif et communautaire pour proposer des solutions évolutives et tenant compte des traumatismes.
 
Verbatim:
 
00:02:46 Intervenant 2
Bonjour, c'est Elijah Olise, l'un des coanimateurs de Beyond the System, et bienvenue.
à notre nouvel épisode de podcast.
Aujourd’hui, nous allons parler de l’intersection entre la communauté, la jeunesse et le logement.
Et j’aimerais vous présenter notre invité d’aujourd’hui, Patrick Pupineau, qui possède une grande richesse de connaissances et d’expérience.
00:03:09 Intervenant 3
Merci beaucoup, Elijah.Je te remercie.
C'est un vrai plaisir d'être ici.
Oui, je me suis retrouvé dans ce travail essentiellement par le biais de l’organisation communautaire, n’est-ce pas ?
Je me souviens Vers 25 ans, j’ai réalisé qu’on pouvait gagner sa vie en faisant preuve de bienveillance, ce qui était révolutionnaire pour moi à l’époque. Je me suis impliqué dans une association à but non lucratif, un café communautaire local. J’ai commencé à y travailler et j’ai pu voir comment une communauté fonctionne de l’intérieur, depuis l’un des lieux phares, vous voyez, et j’ai fini par vraiment tomber amoureuse de ça. Et puis, à partir de là, j’ai déménagé à Vancouver, où je travaillais dans le quartier Downtown Eastside, auprès de personnes souffrant de troubles mentaux, les addictions, les personnes en situation d’itinérance, toutes sortes de choses au sein d’une communauté très particulière.
Et oui, j’ai travaillé plus de dix ans dans ce domaine, en faisant tout, de la gestion de l’accueil, vous savez, en passant par les gardes de nuit, jusqu’à travailler avec et autour de tout le spectre des services sociaux.
Donc, tout, des interventions dans les campements aux,gestion des bâtiments, en passant par les interventions de proximité. Je ne sais pas si je l’ai déjà dit, mais tout ça.
Et bien sûr, pendant cette période, j’ai malheureusement croisé le chemin de nombreux jeunes qui se trouvaient dans ce genre de situation. Mais c’était aussi le meilleur moment de ma journée : travailler avec eux.
00:04:33 Intervenant 2
C’est génial. Merci de nous en faire part.
Et, vous savez, quand on parle de logement, on parle des jeunes, et je pense qu’il y a une attention particulière,
Il y a une attention particulière, n’est-ce pas?
Parce que nous comprenons à quel point l'itinérance peut devenir chronique une fois qu'on commence à la vivre à un certain âge et qu'elle ne s'arrête tout simplement pas.
Et chaque année, nous avons des jeunes qui atteignent l'âge limite pour bénéficier de la prise en charge, en particulier au Québec, et ils sont poussés vers la précarité du logement, n'est-ce pas ?
Et ce n’est pas quelque chose de nouveau. Et ceux qui travaillent dans ces milieux, comme vous l’avez dit, comme
vous venez de sortir de la prise en charge. Ce n'était pas le cas, ce n'était pas prévu.
C'est juste que c'est là qu'on nous trouve souvent, car la majorité d'entre nous, une fois qu'on a 18 ans, dans six mois, on se retrouve en situation de précarité de logement.
Et je pense que c'est pour ça que c'est si important
Je veux dire, je pense que cela ne devrait pas rester uniquement du ressort de ceux qui travaillent sur le terrain, mais que ces connaissances devraient être utilisées pour éclairer les politiques.
 
Tout à fait.
Oui.
 
00:05:36 Intervenant 3
Non, c'est comme ça, vous savez, qu'on
obtenons et maintenons le changement, n’est-ce pas ? C’est au moment de la transition vers la vie adulte, car c’est une période incroyable et cruciale dans la vie d’une personne, lorsqu’elle quitte le système de prise en charge ou tout autre système de prise en charge dans lequel elle se trouve et qu’elle fait l’expérience de la vie d’adulte à part entière
Et il faut tout un éventail de compétences, et il y a beaucoup de choses qui peuvent se passer pendant cette période de transition.
C'est particulièrement vrai pour les jeunes : tant de personnes que j'ai rencontrées sont des jeunes qui ont atteint l'âge limite pour rester en prise en charge. Et c’est le cas de toutes les générations, malheureusement, depuis les personnes que je connais qui vivaient dans des résidences pour personnes âgées et qui parlaient de cette expérience, jusqu’aux pensionnats indiens, en passant par ceux qui viennent tout juste d’atteindre l’âge limite pour sortir du système de prise en charge, n’est-ce pas ?
Et c’est toujours déchirant de voir un jeune de 18 ans dans un site de consommation sécurisée ou arriver au refuge avec quelques sacs poubelles.
00:06:32 Intervenant 2
Tout à fait.
00:06:33 Intervenant 3
Et nulle part où aller.
00:06:35 Intervenant 2
Vous avez parlé de cette expérience intergénérationnelle de l’itinérance, n’est-ce pas ?
Vous en avez parlé, et cela résonne profondément parce que, en faisant ce travail depuis si longtemps, on voit à quel point le problème est profond et comment des décennies de politiques et de législations inefficaces, associées à un financement insuffisant, ont fait exploser le problème encore plus pendant la pandémie, n’est-ce pas ?
amplifié les failles ou les aspects mal conçus de notre infrastructure sociale, n’est-ce pas ? Et je pense qu’il est important de le souligner.
Vous avez également mentionné les compétences. J'apprécie vraiment cela car je pense que la plupart des personnes qui ont connu l'itinérance provenaient, par exemple, du système de protection de l'enfance ; le simple fait d'avoir l'opportunité d'être,
00:07:33 Intervenant 2
contribuer de manière positive, d’être un contributeur à la société, comme des citoyens qui se sentent responsables, pas seulement d’eux-mêmes, mais… L’une des étapes principales, ce sont les compétences, qui élargissent vos horizons, vos… vers bien plus d’opportunités, n’est-ce pas ?
Et le simple fait d’avoir accès, sans changer, sans transformer l’identité et la marginalisation, pour devenir des membres intégrés de la communauté. Et Je pense qu’on n’en parle pas assez.
Et je veux dire, peut-être que vous pouvez, que nous pouvons, c’est quoi, par exemple, certaines compétences, des ensembles de compétences sur lesquels vous pensez qu’il faudrait se concentrer quand on travaille avec eux ?
00:08:16 Intervenant 3
Oui, eh bien, c'est juste que ça m'est venu à l'esprit pendant que vous parliez, quand on y réfléchit, et venant du milieu des services sociaux, et surtout du logement social, n'est-ce pas ?
Comme vous, oui, donc on peut en gros, loger quelqu’un sans programme d’accompagnement, n’est-ce pas ?
Et là, on se contente de parquer les gens, n’est-ce pas ? Et puis on peut avoir des programmes sans logement.
Et ça crée un programme d’accueil ou quelque chose de plus, je ne veux pas dire « temporaire », n’est-ce pas ?
Quelque chose qui existe dans un temps et un espace, qui s’ouvre quand on y arrive et qui se referme une fois qu’on est parti.
 
Donc je pense que, vous savez, la meilleure pratique, c’est quelque chose de vraiment expérientiel, quelque chose qui se passe dans votre vie. n'est-ce pas ?
Donc, les types de programmes que j'ai vus et qui sont vraiment utiles, ce sont des choses qui relèvent des modalités de guérison, n'est-ce pas ?
Et cela peut couvrir tout le spectre. Donc on parle de tout, du yoga à l'alimentation et à la sécurité alimentaire, n'est-ce pas ?
C'est quoi, de faire un budget, d'élaborer une recette et de préparer ses repas, tu vois, quelque chose avec quoi j'ai du mal, tu sais, en tant qu'homme adulte. Donc oui, Il y a tellement de choses à faire, n'est-ce pas ?
Et une autre chose vraiment intéressante, c'est que je pense que nous, en tant que professionnels des services sociaux, n'est-ce pas, il est important d'avoir une approche large et inclusive sur ces questions. Parce que souvent, quand on, tu sais, quand on grandit dans le système, n'est-ce pas, on est en mode survie, n'est-ce pas ? Votre logement a toujours été précaire, n’est-ce pas ? Vous savez, en tant que parent d’accueil, j’ai entendu des histoires vraiment incroyables et d’autres vraiment terribles, n'est-ce pas ? Alors, pour les jeunes qui n’ont jamais connu cette sécurité, comment sont-ils censés s’en sortir avec ça ? Et donc je pense que les programmes, des programmes adaptés, un développement adéquat des compétences, peuvent aider à combler quelque peu ce fossé de manière efficace et durable auprès des jeunes.
00:10:12 Intervenant 2
Non, je suis d'accord.
Surtout quand on parle de ce que j'envisage comme des services d'accompagnement global, n'est-ce pas ?
Il faut comprendre que ces jeunes sont dans une phase d'urgence, à l'aube de l'âge adulte, et
qu'ils ont besoin d’autant de soutien émotionnel et communautaire que possible, pour les entourer de tout ce bien.
Et ça, ça passe en partie par les connaissances : ce ne sont pas seulement les liens sécurisants qui sont importants, mais si on en a besoin, il faut avoir des connaissances et des compétences, qu’on nous enseigne certaines choses, et aussi avoir des occasions de guérir, tu vois, mentalement, physiquement, émotionnellement et même spirituellement, tu vois, il faut
donner à chacun d’entre nous l’espace nécessaire pour grandir, sans précipiter les gens pour qu’ils soient prêts à vivre de manière indépendante, que tout soit parfaitement en ordre et qu’ils sachent exactement quel sera leur chemin à 18 ou 19 ans.
Et tu as parlé de « mise en entrepôt ».
C'était vraiment un bon terme, parce que pour beaucoup de logements, c'est comme si tu devais répondre à certains critères pour y entrer, et encore faut-il que ce soit une opportunité et que ce soit disponible,
Et puis c’est juste : « Tu restes ici jusqu’à ce que tu aies trouvé ta voie. »
00:11:24 Intervenant 3
Et c’est toujours, ça doit être difficile pour le bien-être, et, comme tu le disais, les jeunes qui entrent dans l’âge adulte, ils en ont déjà assez à faire, à se débrouiller face à des systèmes oppressifs, non ?
Que ce soit à la maison familiale, en placement ou dans n’importe quel autre contexte, n’est-ce pas ? C'est un peu comme la prison, n'est-ce pas ?
Si on y réfléchit bien, c'est là où quelqu'un d'autre impose ses règles. Donc, beaucoup de ces programmes peuvent être très... ils peuvent reproduire ça. Parce qu’au final, ces systèmes sont basés sur la responsabilité de la prise en charge. Donc, je sais, et on le voit tout le temps dans le quartier, que dès que tu as 18 ans, tu es dehors, pile à l'heure, parce que ça les dégage de toute responsabilité.
Et c'est là tout le problème. Ce n'est pas : « Comment aider un être humain dans sa globalité à s'épanouir et à devenir un membre actif de la communauté dans le monde. Et je pense que c'est un énorme fossé.
C'est important parce qu'il y a tant de belles vies humaines, sans parler de la productivité économique, qui ne sont pas exploitées à leur plein potentiel.
Je veux dire, je veux vivre en exploitant pleinement notre potentiel. Je veux être libre.
00:12:36 Intervenant 2
Tout à fait.
Et vous savez, il y a le Dr.
Melanie Doucette.
Elle a développé un cadre et abordé dans le contexte des normes équitables pour la transition vers l’âge adulte et qui plaide en faveur de ce que j’appellerais un changement radical, passant de l’indépendance forcée à l’indépendance pour les jeunes sortant de la prise en charge, et ses recherches s’appuient sur sa propre expérience vécue, tu vois, et sur celles de ceux qui ont participé à ces recherches ainsi qu’à l’élaboration de ces piliers, n’est-ce pas ?
Et en particulier quand on pense à la sécurité financière, à un logement sûr et à des relations inconditionnelles, la culture et la spiritualité, la santé et le bien-être, la défense des droits, ainsi que l’éducation et le développement professionnel. Ce sont toutes des choses qui doivent être soutenues pendant la période de l’âge adulte émergent, jusqu’à environ 29 ans. Et j’adore ce genre de cadres et de modèles parce qu’ils montrent justement ceux qui ont vécu cette expérience, qui ont réussi à passer de l’autre côté, qui ont Au Québec en particulier, 2 %, de nous arrivons à faire des études postsecondaires.
00:13:40 Intervenant 2
Une fois qu’on continue d’avancer, qu’on obtient des masters et des doctorats, c’est comme si ça ajoutait de la crédibilité à ce qu’on savait déjà. Ouais. N’est-ce pas ? Et c'est pareil pour toi. C'est comme si tu étais dans cet espace, en étant ici, n'est-ce pas ?
Et il y a un énorme facteur économique dans ce dont nous discutons, À 100 %.
00:13:59 Intervenant 3
Eh bien, quel est le coût quand ça tourne mal, quand ça se passe mal ?
On parle des personnes avec lesquelles j’ai travaillé, qui étaient assez ancrées dans ce qui leur arrivait.Et pour être clair, après avoir passé de nombreuses années dans des contextes de réduction des risques, je constate que les gens ne consomment jamais de drogues pour une seule raison : pour gérer leur douleur.
J'apprécie donc ces cadres que vous venez de présenter, car ce sont, des éléments qui réduisent considérablement la douleur chez les gens.
La douleur spirituelle, la douleur émotionnelle, la douleur physique, n’est-ce pas, en tant que partie intégrante de quelque chose. Alors, vous savez, les amis, et c’est pour ça que j’adore travailler avec les jeunes : ils sont tellement résilients, n’est-ce pas ?
Si vous intervenez à ce moment-là de leur vie, ou si vous pouvez vous engager auprès d’eux, vous savez, et leur offrir un soutien, le bon soutien au bon moment, cela peut vraiment changer le cours d’une jeune vie pour le reste de leur existence.
00:14:53 Intervenant 2
Tout à fait. Et je sais qu’il y a une expression qui dit qu’il est plus facile de « réparer » ou de « façonner » un jeune qu’une personne plus âgée.
Mais j’ai l’impression que c’est un peu de l’âgisme, un tout petit peu. Mais il est admis que nous pouvons travailler avec ceux qui ont dépassé l’âge de la jeunesse, et que nous devons continuer à le faire. Mais nous devrions aussi empêcher les jeunes d’en arriver là. Et pas seulement parce que c’est un problème plus facile à gérer, mais parce que, vraiment, le logement et le sans-abrisme, ce problème qui est aujourd’hui devenu une véritable épidémie à bien des égards, peut être résolu par notre génération.
La volonté politique et la compréhension de ce qui permet d’éviter ces situations, plutôt que de simplement y réagir, et de réaliser à quel point c’est en réalité moins coûteux.
Et juste, je pense que les gens ont juste besoin de voir cela, de le ressentir vraiment et de comprendre pourquoi il est si important d’y répondre, de s’occuper des jeunes en situation de précarité de logement et de tous les sans-abri. En tant que question urgente.
 
00:16:04 Intervenant 3
Tout à fait. C'est ça.
00:16:05 Intervenant 2
Pas seulement à cause de ce qui se passe quand, oh, quelqu'un est dans la rue et vous dérange, etc., mais parce que c'est une question de décence et de droits humains fondamentaux.
00:16:13 Intervenant 3
Non, c'est ça, n'est-ce pas ? Tu sais, le Canada a signé la Charte des Nations Unies, qui stipule que le logement est un droit humain.
Et ce n’est pas traité comme ça.
00:16:21 Intervenant 2
Le logement, oui.
00:16:22 Intervenant 3
N’est-ce pas ? Donc, tu sais, on peut aborder l’aspect économique de la question.
00:16:26 Intervenant 3
Une part importante du PIB canadien repose sur l’immobilier. On peut même remonter à l’époque de la colonisation, voir comment le logement était traité, qui y avait accès et qui y avait sa place.
00:16:40 Intervenant 3
Et donc, qui en tire les bénéfices.
00:16:43 Intervenant 3
Mais c'est tout à fait résoluble en une génération si nous adoptons une approche plus holistique et inclusive.
00:16:50 Intervenant 3
Et puis, ça soulève la question, surtout de nos jours, en 2026,
00:16:54 Intervenant 3
de quel genre de société voulons-nous faire partie ?
00:16:57 Intervenant 3
N'est-ce pas ?
00:16:58 Intervenant 3
Car tous les écarts se creusent, le contrat social selon lequel, pour résumer, nous échangeons une partie de nos revenus, de nos heures de travail, de notre vie professionnelle, au gouvernement par le biais des impôts.
00:17:15 Intervenant 3
Et en échange, il nous fournit les services qui nous sont promis, n'est-ce pas ?
00:17:19 Intervenant 3
Qui figurent dans la Charte des droits et libertés.
00:17:21 Intervenant 3
Et ces engagements ont été
00:17:24 Intervenant 3
étirés, certains ont été rompus et d’autres sont tombés dans l’oubli depuis des générations.
00:17:29 Intervenant 3
On a donc vraiment l’impression d’être à un moment où nous pouvons faire bouger les choses de manière significative.
00:17:33 Intervenant 3
En fait, ça donne beaucoup d’espoir, pour être honnête, d’apprendre du passé, de nous appuyer sur les épaules de nos ancêtres et de faire ce que nous savons être juste, n’est-ce pas ?
00:17:44 Intervenant 3
Car si l’on y réfléchit bien, une bonne décision reste une bonne décision, et ses effets se répercutent.
00:17:49 Intervenant 3
Et si l’on y regarde de plus près, peu importe où l’on se situe sur le spectre,
00:17:53 Intervenant 3
économiquement, c'est moins cher.
00:17:54 Intervenant 3
si l'on parle de productivité, c'est mieux, c'est plus innovant, c'est plus pratique d'avoir une diversité de voix.
00:18:03 Intervenant 3
Vous savez, nous avons tous ces problèmes liés à la main-d'œuvre, genre, d'accord, vous voyez ce que je veux dire ?
00:18:07 Intervenant 3
Ils ont stoppé l'immigration, genre, d'accord, c'est mignon, mais vous voyez ce que je veux dire ?
00:18:11 Intervenant 3
Nous avons perdu tellement d’heures, tellement de main-d’œuvre, tellement de beauté, n’est-ce pas ?
00:18:17 Intervenant 3
Quand les gens sont coincés en mode survie.
00:18:19 Intervenant 3
Et puis, à partir de là, ils sont baladés vers une autre partie du système,
00:18:23 Intervenant 3
poussés vers là, où on voit des gens se retrouver dans des situations vraiment difficiles, à des moments très douloureux de leur vie, parce que ces interventions adéquates ou ces contextes appropriés qui avaient été promis n’ont pas été mis en place.
00:18:40 Intervenant 2
Tout à fait.
00:18:42 Intervenant 2
Et je ne pense pas que ce soit une question de droit.
00:18:45 Intervenant 2
Comme vous l’avez dit, c’est une question de responsabilité.
00:18:47 Intervenant 2
Je pense que tout le monde est d’accord là-dessus.
00:18:49 Intervenant 2
Deux choses sont certaines dans la vie : la mort et les impôts.
00:18:52 Intervenant 2
N'est-ce pas ?
00:18:53 Intervenant 2
Amen.
00:18:55 Intervenant 3
C'est ça.
00:18:55 Intervenant 3
Eh bien, combien de personnes sont à deux salaires de se retrouver à la rue ?
00:18:58 Intervenant 3
N'est-ce pas ?
00:18:59 Intervenant 3
S'ils manquent deux salaires.
00:19:00 Intervenant 3
Et honnêtement, je pense aussi que c'est une différence vraiment fondamentale.
00:19:03 Intervenant 3
Et c'est difficile pour moi, n'est-ce pas ?
00:19:04 Intervenant 3
C'est quelque chose qui me tient vraiment à cœur parce que j'ai vu des gens mourir.
00:19:09 Intervenant 3
Des gens que j'aime.
il faut une piqûre deadrene ou un coup de fouet pour vraiment amener ça là où ça doit aller, ou au moins mettre le processus en route.
00:24:52 Intervenant 3
C'est ça. Et je pense que c'est là que le plaidoyer doit intervenir. Parce qu’au final, soyons réalistes, si vous êtes dans ce genre de parcours, on en parlait un peu plus tôt, mais, vous savez, si vous êtes dans ce parcours où vous allez à la crèche privée, à l’école privée, puis à l’université, vous savez, à l’une de ces universités, comme l’U de T ou McGill ou peu importe, c’est comme un sillon. C’est comme s’ils n’avaient même pas envisagé d’être sans-abri ou de vivre l’itinérance depuis des générations, n’est-ce pas ? Si jamais, 
00:25:09 Intervenant 3
l'une de ces universités, votre Université de Toronto ou votre McGill ou peu importe ce que c'est, c'est ça un parcours. C'est comme s'ils n'avaient même pas envisagé de se retrouver sans domicile ou de vivre l'itinérance depuis des générations, n'est-ce pas ? Si jamais, n'est-ce pas ? Alors pourquoi voudraient-ils remettre en cause le statu quo qui leur convient ? Ça ne fonctionne que pour de très petits groupes d'élite.
00:25:27 Intervenant 3
qui ne cesse de rétrécir. Donc, si on y réfléchit comme à un grand système de Ponzi pyramidal, c'est dans leur intérêt d'avoir une classe moyenne forte. N'est-ce pas ? Et c'est là que, oui, je suis d’accord avec vous, nous avons vraiment besoin de plus de mesures politiques, car le gouvernement est le seul à pouvoir le faire. N’est-ce pas ? Mais en même temps, j’ai vu Mark Carney, c’était quand déjà ? L’automne dernier.
00:25:55 Intervenant 3
lors d’une conférence, et ils parlaient du logement comme s’il s’agissait d’un problème d’offre. Ce n’est pas un problème d’offre, n’est-ce pas ? C’est le gouvernement, n’est-ce pas ? Parce que, comme vous le disiez, vous savez, la SCHL, la Société canadienne d’hypothèques et de logement, dans les années 80, quand nous avions un gouvernement conservateur, ils ont cessé d’investir dans le logement social. Et maintenant, si l’on regarde combien, vous savez, si l’on extrapole cela sur 30 ans, 35 ans,
00:26:17 Intervenant 3
que nous avons eu ce déficit où le logement social n’a pas été créé. Et c’est le nombre de logements qui a diminué. Quelle surprise. Je pense qu’il y a une corrélation directe. En fait, si vous faites des recherches, Andy Yan, je crois que c’est son nom, de l’Université Simon Fraser, fait un travail très intéressant sur le logement et son rôle dans la société. Il y a beaucoup de statistiques très intéressantes, surtout sur le plan économique. Parce que, oui, en fin de compte, écoutez, c'est un logement, c'est un droit humain. Il faut en avoir un. Il faut en avoir un, surtout
00:26:46 Intervenant 3
et j’utilise ce terme de manière large, mais ce sont les membres les plus vulnérables de la société. Parce que, c’est vrai, j’ai vu tellement d’abus envers les jeunes, n’est-ce pas, qui n’ont pas accès à la communauté, qui n’ont pas accès aux connaissances dont ils ont besoin pour réussir leur vie.
00:27:11 Intervenant 2
Il y a tant à explorer et, comme vous l’avez dit, c’est le gouvernement et
00:27:16 Intervenant 2
Cela me fait penser au fait que, encore une fois, nous votons pour le gouvernement.
00:27:20 Intervenant 3
Ils travaillent pour nous.
00:27:21 Intervenant 2
Ils le devraient. Ils sont censés représenter nos besoins, n’est-ce pas ? Et quand on voit toute la crise des sans-abri, cette épidémie qui a été mise en lumière pendant la pandémie. Et pendant des années, le budget de Fonso Lagos n’a jamais pris en compte le logement. C’était 0 $. Je ne
00:27:41 Intervenant 2
ne me citez pas là-dessus au cas où je me tromperais. Mais non, et les études, comme vous l’avez dit, sont là. Les gens sont à l’avant-garde de cette prise de conscience : écoutez, il suffit de regarder, c’est là. Mais comment rendre cela accessible, compréhensible, et comment militer – et pas seulement militer, mais se mobiliser pour une stratégie – et quelles tactiques mettre en œuvre pour y parvenir ? Et je pense que l’une de ces façons, l’une de ces approches, ne se limite pas à la sensibilisation, mais c’est comme si,
00:28:11 Intervenant 2
c’est de parler avec le cœur et l’esprit. C’est de montrer les chiffres et de faire comprendre que c’est dans l’intérêt de tout le monde, sans exception, de résoudre ce problème. Et même si vous faites partie de l’élite, ou si vous venez d’un milieu aisé, cela vous touche aussi, que vous vous sentiez éloigné de cette question ou non, et
00:28:41 Intervenant 2
J'aime vraiment ce que vous avez dit, ce système de Ponzi, parce que d'une certaine manière, on a l'impression d'avoir adhéré à quelque chose et de ne pas avoir obtenu ce qu'on nous avait promis, n'est-ce pas ? Et comme ça, les gens, c'est comme si les gens avaient besoin d'être influencés par ces émotions ou ces récits sur le sans-abrisme, sur la toxicomanie, et sur, vous savez,
00:29:09 Intervenant 2
voire, dans une certaine mesure, la criminalité, n'est-ce pas ? Criminaliser la pauvreté. Et ensuite, ils adhèrent à cette orientation, pensant que c’est bon pour eux. Mais ce sont des solutions très superficielles qui, en réalité, ne font qu’épuiser ces ressources et réaffecter ces ressources et ces fonds au secteur privé et à
00:29:38 Intervenant 2
des choses qui ne nous profitent pas collectivement. Je n’ai aucun problème avec le fait que les gens construisent et souhaitent se construire une vie meilleure et s’enrichir. Mais cela ne devrait pas se faire au prix de retirer chaque échelon de l'échelle à mesure que l'on grimpe, ce qui rend la tâche encore plus difficile que de renverser l'échelle pour les rédacteurs. Nous voulons construire collectivement, en tant que société, la croissance, la prospérité et la communauté, ainsi qu'un certain
00:30:07 Intervenant 2
niveau de base en matière d'éducation et de compétences où nous sommes, si je peux employer ce mot, innovants.
00:30: 16 Intervenant 3
Oui, bien sûr.
00:30:17 Intervenant 2
créer davantage, être plus ingénieux et profiter des aspects de la vie pour lesquels nous sommes nés sur cette planète. Et si vous ne trouvez pas de logement, si vous ne trouvez pas de quoi vous nourrir, c'est une lutte dès le premier jour. Quelle qualité de vie êtes-vous censé avoir ? Eh bien, c'
00:30:34 Intervenant 3
c'est ça. Et genre,
00:30:36 Intervenant 3
combien de temps pensez-vous que la majorité, parce qu'il ne faut pas se méprendre, c'est bien d'eux dont on parle là, va accepter ça ? N'est-ce pas ? Combien de temps pensez-vous que ça va durer ? N'est-ce pas ? Et ça, tu sais, ça dépend, n'est-ce pas ? Il y a une école de pensée, tu sais, selon laquelle, par exemple, le fait d'être sans-abri est un choix politique, n'est-ce pas ? En ce sens, où
00:31:05 Intervenant 3
Tu dois voir ce qui se passe si tu ne joues pas le jeu du système. Si tu ne joues pas le jeu, si tu ne vas pas travailler et ne paies pas tes impôts comme un bon citoyen, alors regarde ce qui t'arrive. Tu es marginalisé, tu es mis à l'écart, tu es exclu. Tu deviens un exemple de ce à quoi ressemble la non-participation à ce système de Ponzi. N'est-ce pas ?
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Et c'est encore pire, c'est-à-dire que c'est encore pire pour les jeunes parce que plus on est vulnérable, il y a tellement de formes différentes de sans-abrisme, n'est-ce pas, que les gens peuvent connaître, je ne vais pas, je ne me souviens pas de la définition exacte, mais dormir chez des amis, c'est du sans-abrisme, vivre dans un logement précaire, c'est du sans-abrisme, ne pas avoir deux mois de loyer en banque peut être considéré comme ça, tu vois ce que je veux dire ? Ça. Donc
00:31:59 Intervenant 3
et puis, je ne sais pas, en fait, est-ce qu’ils font ça ici ? Comme ce qu’on appelle un « point in time count » ? Non, je ne sais pas. Bon, donc sur la côte Ouest, en gros, pour obtenir leurs chiffres sur le sans-abrisme, il y a une organisation, ce n'est même pas le gouvernement, qui mobilise toute une armée de bénévoles et qui parcourt toute la ville. Ils vont dans tous les refuges, ils vont dans les parcs, tu vois ce que je veux dire ? Ils vont dans les endroits où vont les personnes, tu sais, celles qui sont considérées comme sans-abri ou en situation de sans-abrisme. Et puis ils font un décompte.
00:32:26 Intervenant 3
Et voilà le résultat. C'est le chiffre officiel pour l'année. Mais dans ce milieu, et pour ceux qui y travaillent depuis longtemps, ce n'est pas tout. En général, cela représente environ un tiers de la population qui relève des services sociaux, là où se situe la demande, n'est-ce pas ? Donc, vous avez en quelque sorte les deux tiers de cette population qui ne cesse de croître année après année. Seul un tiers de cette population est visible statistiquement.
00:32:53 Intervenant 3
Et à partir de là, parmi les 2 000 jeunes qui atteignent l'âge limite pour rester en prise en charge, j'aimerais savoir combien d'entre eux se retrouveront sans domicile fixe au cours de l'année suivante, ou des deux ou trois années suivantes.
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Je crois que c'était environ 60 %. Ne me citez pas là-dessus, mais vous pouvez vérifier. Ça dépend de l'endroit, mais aussi de la confiance en l’institution. C’est comme si c’était la même institution qui t’avait souvent retiré de ta maison, de ton foyer, de ta famille, et qui avait décidé qu’elle avait les compétences et tout ce qu’il fallait, comme
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prêt, comme l’environnement, le logement et le plan de soutien pour te préparer à avoir une enfance normale. Et c’est comme si, mais ensuite on vous met à la porte et vous n’avez plus accès à rien, personne ne peut vous appeler, pas même votre ancien accompagnateur, n’est-ce pas ? Ou alors c’est vous qui les contactez. Mais ça a vraiment un impact si vous avez déjà vécu l’abandon. Vous savez, vous avez atteint l’âge limite et maintenant, vous n’avez plus d’attachement sécurisant, aucun attachement sécurisant avec qui que ce soit dans votre vie, et on attend de vous que vous renouiez simplement avec votre famille.00:33:53 Intervenant 2n'est-ce pas ? Et tu n'as jamais développé ces relations. Et surtout, en ce qui concerne tout type d'attachement sécurisant que tu as pu avoir, tu t'es rendu compte que ces personnes étaient payées pour être là pour toi. Et ce n'est pas viable. Et vraiment, j'adore ce proverbe parce que c'est comme si l'enfant qui ne ressent pas la chaleur du village allait le brûler pour se réchauffer.00:34:21 Intervenant 2N'est-ce pas ? Et nous ne voulons pas de ça. Non. Ce n'est même pas une menace. C'est juste une réalité inévitable : les personnes qui souffrent souvent, si elles ne sont pas guéries, choisiront de se rebeller, que ce soit consciemment ou inconsciemment. C'est tout simplement une réalité. Et cette institution de confiance peut être améliorée en mettant en place un plan solide.00:34:50 Intervenant 2C'est exactement comme les idées de gratuité des frais de scolarité. Imaginez que vous arriviez au niveau de l'enseignement supérieur et que vous souhaitiez passer à l'étape suivante. Vous n'avez aucun financement et vous vous vous débattez juste pour essayer de trouver assez d’argent pour payer votre loyer et tout le reste. Et maintenant, vous devez… vous ne pouvez même pas aller à l’université où votre vie serait plus facile grâce à l’exonération des frais de scolarité. Je veux dire, les frais de scolarité, l’aide gouvernementale, n’est-ce pas ? Mais au Québec, il n’y a qu’une seule université qui propose une exonération des frais de scolarité. Et c’est McGill.00:35:19 Intervenant 2n’est-ce pas ? Concordia n'a pas d'UDM, l'UCAM n'en a pas non plus, mais à travers le pays, les provinces en ont plusieurs, je crois que la Colombie-Britannique en a le plus. Et on sait bien que beaucoup plus a été fait sur le plan législatif dans l'Ouest, c'est juste un exemple de mobilisation. Ouais.00:35:39 Intervenant 2Et franchement, je te comprends, tu soulèves tellement de points importants, et beaucoup d’auditeurs ne saisissent peut-être même pas vraiment l’ampleur de ce dont tu parles, parce qu’ils ont une foi aveugle, du genre « ça va s’arranger tout seul ». Ouais. Mais ça ne s’arrangera pas. Ça ne fera qu’empirer.00:35:59 Intervenant 3Quelqu’un devrait s’en occuper. Quelqu’un s’en occupe. Ouais. Non, et tu sais, c’est l’idée que, genre, ouais, McDonald’s a des glaces, mais genre,00:36:08 Intervenant 3Dans combien de restaurants ça marche vraiment ? On veut de la glace chez McDonald's. Désolé, la machine à glace ne marche pas. Je suis désolé que ça ne marche pas. En fait, tu veux savoir pourquoi ? C'est parce que quand ils ont commandé en gros toutes leurs machines à glace, elles étaient équipées d'une pièce très spécifique qui tombe toujours en panne. Et on ne peut se procurer cette pièce qu'auprès d'un seul fournisseur.00:36:33 Intervenant 2Je te jure qu'ils ont fait exprès. T'as pas le droit, hein ? Je te jure qu'ils l'ont fait exprès.00:36:37 Intervenant 3Ouais, c'est ça. Tu vois, c'est une bonne métaphore, non ?00:36:42 Intervenant 2Comme McDonald's, je veux dire, ils sont déjà là, alors autant en profiter pour se faire de l'argent.00:36:48 Intervenant 3Eh bien, en plus, McDonald's est une construction sociale très intéressante, non ? Non seulement c'est un endroit qui, tu sais, c'est un espace tiers,00:36:59 Intervenant 3Parce qu'il faut aussi garder à l'esprit qu'il y a tellement de choses différentes dont on pourrait parler, mais en ce qui concerne les personnes en situation d'itinérance, où peut-on aller dans la société sans qu'on s'attende à ce qu'on dépense de l'argent ? Il n'y a vraiment qu'un seul endroit : la bibliothèque.00:37:11 Intervenant 2J'adore la bibliothèque.00:37:12 Intervenant 3Dieu bénisse la bibliothèque. Dieu bénisse les bibliothécaires. Vous savez, c'est l'un des rares endroits. Et puis aussi, vous ne savez pas combien de formations au Narcan j'ai dispensées dans des bibliothèques classiques pour le personnel des bibliothèques ?00:37:24 Intervenant 3n'est-ce pas ? Pour des gens qui doivent désormais jouer le rôle de travailleurs sociaux, en quelque sorte, n'est-ce pas ? Pour s'occuper des jeunes, des nouveaux arrivants et des personnes qui souhaitent y avoir accès, ce sont les bibliothécaires. Mais sinon, il n'y a pas d'autre endroit où l'on peut vraiment aller gratuitement. Mais pour un prix modique, on va chez McDonald's. C'était quoi déjà ? Je crois que le McDouble est00:37:53 Intervenant 3le repas le plus calorique que l'on puisse avoir pour le prix le plus bas. Ou du moins, c'était le cas à l'époque où un menu chez McDonald's coûtait 2 ou 3 dollars. N'est-ce pas ? Ça représente environ 500 calories, pas des calories saines, mais des calories quand même, que l'on peut obtenir.00:38: 08 Intervenant 2J'aime bien que tu aies évoqué McDonald's, car ça pourrait devenir une sorte de test décisif pour les sans-abri. Parce que si tu regardes autour de toi en ville en ce moment, tellement de McDonald's sont fermés après une certaine heure. Tellement de McDonald's où tu ne peux plus rester après une certaine heure. Pas vrai ? On voit bien que c'est comme s'il n'y avait plus qu'Uber Eats et que certaines parties du McDonald's sont fermées. Tu sais, quand j'étais gamin, je me souviens que je rechargeais mon téléphone00:38:30 Intervenant 2à l'arrière du McDonald's d'Atwater parfois, pas vrai ? Attends, parce que je devais prendre le métro, remonter et, les téléphones se déchargeaient très vite à l'époque. Et si je n'avais pas cet endroit pour le brancher, genre, où est-ce que j'aurais été ? Mais maintenant, genre, jeune, je dirais ça, mais aussi,00:38:49 Intervenant 2les jeunes de ce quartier ont la possibilité de recharger leur téléphone ou même de lire des livres au Central Salt qui vient d'être construit. Cependant, ça ferme vraiment tôt, et les bibliothèques devraient rester ouvertes plus tard. Je ne sais pas. Et je suis d'accord. Je pense qu'elles ont, et qu'elles ont des salles multimédias et tout ça. Et c'est tellement important que nous, ça montre la raison pour laquelle ça a été construit.00:39:17 Intervenant 2c'était à cause d'un règlement municipal à Montréal, en matière d'urbanisme, qui stipule que si vous construisez un immeuble privé, un certain pourcentage de , disons 10 %, doit être consacré au logement, n’est-ce pas ? Au logement social. Je crois que c’était quelque chose comme ça. Une certaine partie, si vous ne le faites pas, mais si vous ne le faites pas, alors vous devez payer 10 %. Je crois que c’était ça, n’est-ce pas ? Et pour être honnête, c'est un peu comme,00:39:46 Intervenant 2Ça a l'air vraiment bien sur le papier, n'est-ce pas ? Mais Sanct est le seul projet du centre-ville. Il dispose d'un espace vert et d'une bibliothèque, mais il reste limité. Et c'est comme si beaucoup de promoteurs, les promoteurs privés, décidaient simplement de payer cette pénalité.00:40:00 Intervenant 3Bien sûr.00:40:01 Intervenant 2Et quel genre de ville construisons-nous sans ces espaces intermédiaires ?00:40:05 Intervenant 3Pour qui ?00:40:07 Intervenant 2Et si le problème des sans-abri vous inquiète, si leur présence vous dérange, alors la solution évidente est00:40:16 Intervenant 2de les loger.00:40:17 Intervenant 3Oui, c'est vraiment...00:40:18 Intervenant 2C'est ce qui nous permet à tous de profiter de l'espace.00:40:19 Intervenant 2Oui.00:40:20 Intervenant 3C'est... il n'y a rien de tel, et c'est ce qui m'a poussé à m'engager dans ce travail depuis si longtemps.00:40:24 Intervenant 3Il n’y a rien de tel que de donner à quelqu’un la clé d’un endroit.00:40:27 Intervenant 2Mais certaines personnes voient ça comme une aumône.00:40:29 Intervenant 3C'est vrai.00:40:30 Intervenant 2Et ça enlève de la valeur à ce qu'ils ont accompli.00:40:32 Intervenant 3Non, d'accord, c'est... tu sais quoi, je comprends ce que tu dis.00:40:35 Intervenant 3Mais en même temps.00:40:37 Intervenant 2Ouais, qu'en penses-tu ?00:40:38 Intervenant 3Tu sais, si c'est l'argument, d'accord.00:40:43 Intervenant 3Mais00:40:44 Intervenant 3où cet argent pourrait-il bien aller d'autre ?00:40:46 Intervenant 3Parce que ce sont des êtres humains, tout comme vous, n'est-ce pas ?00:40:49 Intervenant 3Donc, sans ces logements, n'est-ce pas ?00:40:50 Intervenant 3Et il y a tellement d'études sur lesquelles on peut s'appuyer à ce sujet, n'est-ce pas ?00:40:54 Intervenant 3Ensuite, on parle des coûts liés au maintien de l'ordre.00:40:56 Intervenant 3La police coûte cher, n'est-ce pas ?00:40:59 Intervenant 3C'est un secteur qui mobilise énormément de ressources.00:41:04 Intervenant 3Et puis, il y a les soins de santé, n'est-ce pas ?00:41:06 Intervenant 3
Et on observe cette courbe de coûts qui augmente, n'est-ce pas ?00:41:10 Intervenant 3À partir00:41:11 Intervenant 3d'un trajet en ambulance, on se retrouve ensuite face à différents problèmes, des problèmes chroniques, des douleurs chroniques, n'est-ce pas ?00:41:19 Intervenant 3Une hospitalisation.00:41:21 Intervenant 3Et à partir de là, vous avez en quelque sorte tous ces autres coûts supplémentaires.00:41:28 Intervenant 3Donc c'est comme si, d'accord, super, écoutez, vous allez quand même payer 40 % de vos revenus en impôts.00:41:33 Intervenant 3N'est-ce pas ?00:41:33 Intervenant 3C'est en fait simplement une option économiquement moins coûteuse.00:41:37 Intervenant 3N'est-ce pas ?00:41:37 Intervenant 3Si l'on considère,00:41:40 Intervenant 3cette idée, comme l’idée de la réduction des risques, la philosophie de la réduction des risques, n’est-ce pas ?00:41:43 Intervenant 3Ça vient du sida, n’est-ce pas ?00:41:45 Intervenant 3Parce que les gens ne pouvaient pas se procurer, enfin, pour de nombreuses raisons, mais l’une d’entre elles étant qu’ils ne pouvaient pas se procurer du matériel propre.00:41:52 Intervenant 3Du coup, ils partageaient des seringues.00:41:54 Intervenant 3Et ça, c'était un énorme vecteur de transmission de maladies, n'est-ce pas ?00:41:58 Intervenant 3Et à partir de là, bon, prenons un petit exemple, disons, si vous voulez qu’on ramène tout ça à une discussion strictement économique,00:42:06 Intervenant 3alors, combien coûte la prise en charge du sida jusqu’à la fin de vie d’une personne par rapport à une boîte de seringues stériles qu’on achète désormais à des prix de type Costco, n’est-ce pas, pour prévenir ça, n’est-ce pas ?00:42:18 Intervenant 3C'était la citation, et puis « mieux vaut prévenir que guérir », n'est-ce pas ?00:42:22 Intervenant 3Et c'est pareil pour l'argument économique, l'argument commercial.00:42:25 Intervenant 3C'est même mieux, non ?00:42:28 Intervenant 3Offrir à quelqu’un le logement dont il a besoin, qui est temporaire,00:42:33 Intervenant 3n’est-ce pas ?00:42:33 Intervenant 3Parce que les gens vont se lancer et acheter, ou peut-être louer un appartement dans votre immeuble, n’est-ce pas, avec un emploi, et ils paieront alors plus d’impôts, n’est-ce pas ?00:42:42 Intervenant 3Il y a tellement de recettes fiscales perdues, n'est-ce pas, pour tout le monde.00:42:47 Intervenant 3Il y a donc aussi cet argument économique.00:42:50 Intervenant 3Mais enfin, on est tous des êtres humains.00:42:54 Intervenant 3Franchement, tais-toi.00:42:56 Intervenant 3Tu sais, au final, si tu ne comptes pas participer à la société, alors va vivre dans les bois.00:43:02 Intervenant 3Mais si tu comptes participer, c'est de là que vient ton bonheur : bien sûr, tu en profites pour toi, pour ta famille, pas de problème.00:43:10 Intervenant 3Mais tu ne peux pas le faire tout seul.00:43:11 Intervenant 3Tu vois ce que je veux dire ?00:43:12 Intervenant 3Qui a fabriqué ta chemise ?00:43:13 Intervenant 3Qui a fabriqué vos chaussettes ?00:43:14 Intervenant 3Vous voyez ce que je veux dire ?00:43:15 Intervenant 3Combien de personnes ont touché cette feuille de laitue dans votre frigo avant qu’elle n’arrive dans votre bouche ?00:43:19 Intervenant 3N’est-ce pas ?00:43:20 Intervenant 3Oui.00:43:20 Intervenant 3Et c'est cette idée de continuité et aussi, vous savez, dans une certaine mesure, c'est là que la culture est définie par la hiérarchie.00:43:29 Intervenant 3Donc, quand on revient au gouvernement, qui nous appartient, qui devrait être un secteur de services, n'est-ce pas ?00:43:34 Intervenant 3La répartition du pouvoir, du temps et de la valeur, la règle des 40 % de mon salaire, 40 %, n'est-ce pas ?00:43:41 Intervenant 3Pour faire quoi ?00:43:42 Intervenant 3Fabriquer des balles dans l’Arctique, c’est ça ?00:43:46 Intervenant 3Pour les subventions pétrolières afin qu’on puisse acheter un pipeline, c’est ça ?00:43:50 Intervenant 3Je comprends que ces choses sont importantes, mais il existe des moyens de le faire de manière à ce que tout le monde soit pris en charge.00:43:56 Intervenant 3Tout le monde adore se tourner vers le modèle nordique, n'est-ce pas ?00:44:00 Intervenant 3De la Suède, de la Norvège, de la Finlande et tout ça.00:44:06 Intervenant 3Comme si la Scandinavie était un pays en développement sortant de la Seconde Guerre mondiale.00:44:12 Intervenant 3Puis ils ont découvert qu'ils avaient du pétrole, n'est-ce pas ?00:44:14 Intervenant 3Ils ont placé tout cet argent du pétrole dans un fonds fiduciaire parce qu'ils se sont rendu compte qu'ils ne pouvaient pas vraiment cultiver grand-chose.00:44:19 Intervenant 3Ils ne peuvent pas vraiment faire beaucoup de choses que d’autres pays peuvent faire parce qu’ils sont si loin au nord.00:44:22 Intervenant 3Ils se disent : « Oh, ce sont les gens qui sont le produit. »00:44:25 Intervenant 3C'est pour ça qu'ils ont une assiette fiscale si élevée.00:44:27 Intervenant 3C'est pour ça qu'aujourd'hui, culturellement, c'est important pour les gens de payer des impôts, n'est-ce pas ?00:44:31 Intervenant 3Et ils n’ont aucun problème avec un taux d’imposition de 50 ou 60 %, car tous leurs besoins sont pris en charge et le gouvernement agit en fait comme un secteur de services, n’est-ce pas ?00:44:39 Intervenant 3C’est pour ça qu’on peut, par exemple, obtenir un doctorat gratuitement.00:44:41 Intervenant 3C'est comme si on disait : « Allez vous former », parce que c'est pour, c'est littéralement pour le peuple.00:44:46 Intervenant 3Et c'est là où on en est.00:44:47 Intervenant 3Donc, si on veut parler de qualité de vie, quand ils établissent ce genre de classement, l’indice LNI, qui répertorie les pays les plus heureux du monde, n’est-ce pas ?00:44:54 Intervenant 3C'est pour ça qu'ils sont toujours en tête du classement, parce que c'est le gouvernement qui investit dans ces pays, et non pas les dirigeants de certaines entreprises.00:45:01 Intervenant 2Tout à fait.00:45:02 Intervenant 2Il y a tellement de choses à explorer, mec.00:45:04 Intervenant 2C'est vrai.00:45:05 Intervenant 2J'apprécie vraiment de t'entendre partager tes réflexions et tes petites perles de sagesse.00:45:09 Intervenant 2Ce sont des vies humaines, mon ami.00:45:11 Intervenant 3Ce sont des vies humaines.00:45:12 Intervenant 2Oui, des vies humaines.00:45:13 Intervenant 2Et nous devons les traiter comme telles, pas seulement comme des chiffres, des statistiques ou des politiques.00:45:18 Intervenant 2C'est ce que nous essayons de faire.00:45:19 Intervenant 3C'est ça.00:45:20 Intervenant 2C'est plus une question de sentiment qu'en Norvège.00:45:22 Intervenant 3C'est ça.00:45:22 Intervenant 3Eh bien, même dans ce cas, tu sais, tout le monde adore ça.00:45:24 Intervenant 3Tout le monde aime les réponses simples.00:45:25 Intervenant 2
Non, tu as raison.
00:45:26 Intervenant 3Parce que c'est difficile, n'est-ce pas ?00:45:27 Intervenant 3Mais en même temps, et je pense que cela s'applique aussi à ton travail, tu sais, est-ce vraiment ainsi que nous réussissons au final, à travers tout ce que j'ai vu, et j'ai vu quelques obstacles.00:45:39 Intervenant 3Nous devons simplement mettre nos enfants, les enfants et les jeunes, au premier plan et au centre.00:45:42 Intervenant 3Et c'est quelque chose sur lequel je pense que nous pouvons tous nous mettre d'accord.00:45:45 Intervenant 3Nous avons tous été des enfants et des jeunes à un moment donné, et si nous en avons nous-mêmes, qui ne voudrait pas ce qu'il y a de mieux pour eux ?00:45:56 Intervenant 3Et je pense que peu importe votre affiliation politique ou votre état d’esprit, vous savez, je pense que c’est quelque chose sur lequel nous pouvons tous nous mettre d’accord.00:46:02 Intervenant 3Et si nous utilisons cela comme une boussole, vous savez, dans nos cœurs et au bout de notre nez, nous finirons par arriver quelque part de vraiment bien.00:46:10 Intervenant 2Tout à fait.00:46:11 Intervenant 2Mais alors, Patrick, j’aimerais vous poser une question.00:46:14 Intervenant 2Je voudrais savoir si tu peux citer trois choses que le gouvernement et les gens, comme nous, peuvent faire dès maintenant pour répondre au problème des sans-abri et prendre des mesures en vue de le résoudre.00:46:25 Intervenant 2Et quelles seraient ces trois choses ?00:46:30 Intervenant 3C'est une bonne question.00:46:32 Intervenant 3Je pense que ce serait00:46:40 Intervenant 3Considérable.00:46:42 Intervenant 3D'accord.00:46:43 Intervenant 3Laissez-moi juste réfléchir un instant.00:46:45 Intervenant 3D'accord.00:46:46 Intervenant 3Trois choses.00:46:47 Intervenant 3Premièrement, un investissement important dans le logement social pour les jeunes.00:46:52 Intervenant 3D'accord.00:46:53 Intervenant 3Les enfants et les jeunes, plus précisément.00:46:55 Intervenant 2D'accord.00:46:55 Intervenant 3Numéro un.00:46:56 Intervenant 3On ne peut pas contester ça.00:46:57 Intervenant 2Oui.00:46:58 Intervenant 3Exactement.00:46:59 Intervenant 3Numéro 2 : pendant que vous faites ça, alors que le gouvernement se dit que c'est une solution très descendante, comme la SCHL le faisait autrefois parce que ça marchait, et ça marche ailleurs.00:47:09 Intervenant 3Par exemple, régler la question des permis.00:47:13 Intervenant 3Entamer des discussions entre la Banque du Canada, la province et la municipalité pour voir comment ils peuvent être indemnisés.00:47:20 Intervenant 3Car à tous les niveaux, il y a tellement d’acteurs impliqués pour que la construction puisse démarrer rapidement.
00:47:27 Intervenant 3
il suffit de s’y plonger, de prendre des notes, de haut en bas : le gouvernement fédéral va s’en charger, le gouvernement fédéral est désormais impliqué, jusqu’au chantier où l’on creuse un trou pour poser les fondations d’une maison, discuter avec tous les acteurs sur place et se dire : « Bon, comment faire pour que tout ça se passe de manière fluide ? »
00:47:46 Intervenant 3
Tout le monde n’essaie pas simplement de se servir aux dépouilles.
00:47:50 Intervenant 3
Et puis je pense que, pour finir, il faut
00:47:58 Intervenant 3
vraiment s’appuyer sur des valeurs.
00:48:02 Intervenant 3
Que le logement est un droit humain, et communiquer cela et agir en conséquence, en faire une position politique publique, car c'est vraiment une question de valeurs.
00:48:16 Intervenant 3
Et sans trop s'étendre sur le sujet, mais la retraite de beaucoup de gens est liée à leur logement.
00:48:20 Intervenant 3
C'est un sujet profond.
00:48:21 Intervenant 3
C'est profond.
00:48:22 Intervenant 3
Mais je pense que ces trois choses : le logement social pour les jeunes,
00:48:26 Intervenant 3
clarifier les autorisations entre les différents niveaux de gouvernement, et à partir de là, un changement culturel est la façon dont nous allons résoudre ce problème, et cela se fera très rapidement.
00:48:34 Intervenant 2
J'aime beaucoup cette réponse.
00:48:36 Intervenant 3
Très vite.
00:48:36 Intervenant 2
Vraiment.
00:48:38 Intervenant 2
Et c'était une excellente discussion.
00:48:40 Intervenant 2
J'ai vraiment apprécié ce moment passé à discuter avec vous, à vous écouter.
00:48:43 Intervenant 2
Et j'ai l'impression que ce n'est que la première partie.
00:48:46 Intervenant 3
C'est ça.
00:48:47 Intervenant 3
Eh bien, tu sais, si tu veux que je parle de ça, tu sais, ça me passionne à tout moment.
00:48:50 Intervenant 3
À tout moment, si j'ai besoin d'espace.
00:48:51 Intervenant 3
Merci beaucoup.
00:48:52 Intervenant 2
Et Patrick, merci encore pour ton temps.
00:48:56 Intervenant 2
Et c'était, je pense, notre meilleur épisode jusqu'à présent.
00:49:01 Intervenant 2
Oh, non.
00:49:03 Intervenant 2
C'est tout.
00:49:03 Intervenant 2
Nous aimons monter nos épisodes, mais je pense que celui-ci était l'un des
00:49:08 Intervenant 2
Vraiment, c'est très agréable.
00:49:09 Intervenant 2
J'apprécie cela.
00:49:11 Intervenant 2
Une vision globale, une réflexion sur la gouvernance, sur la manière exacte dont tu as transformé ton expérience empirique et tes connaissances, tirées de ton travail dans le logement, auprès des jeunes et même en matière de politique, c'est comme si... tu vois tout cela si clairement.
00:49:29 Intervenant 2
Vous savez, quand... Je garde encore tellement espoir.
00:49:31 Intervenant 3
Je n'ai pas le choix, vous voyez ce que je veux dire ?
00:49:33 Intervenant 3
Je le fais, tu sais, on fait ce travail pour
00:49:38 Intervenant 3
ceux qui ne peuvent pas le faire.
00:49:41 Intervenant 3
On a perdu trop de gens pour des raisons vraiment, vraiment stupides.
00:49:43 Intervenant 3
Et les réponses sont là.
00:49:45 Intervenant 2
Juste là.
00:49:46 Intervenant 3
Et on s'en rapproche un peu plus chaque jour.
00:49:48 Intervenant 3
Tu travailles à mon travail et au travail.
00:49:50 Intervenant 2
Je sais, c'est bien.
00:49:52 Intervenant 2
Bon, je pense que c'est tout pour aujourd'hui, les amis.
00:49:54 Intervenant 2
J'espère que vous avez apprécié cet épisode autant que nous avons pris plaisir à le réaliser.
00:49:57 Intervenant 2
Et j’ai hâte que vous nous écoutiez à nouveau très bientôt.
00:50:02 Intervenant 3
Ouais, c’est le top.
00:50:03 Intervenant 3
Quand tu regardes les anciens épisodes, j’en ai écouté quelques-uns qui sont géniaux.
00:50:05 Intervenant 2
Oui, c'est vrai.
00:50:06 Intervenant 3
Merci, mec.
00:50:07 Intervenant 3
Toi aussi.
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Passe une bonne journée.
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Merci beaucoup.
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Merci beaucoup.
 

Monday Mar 16, 2026

Making our Own Map: Navigating Mixed Identity and Care Experience through the Social Work training journey.
This month our committee member Elijah Olise introduces us to Raymond Jordan Johnson-Brown. Both Elijah and Raymond are Social work students, both are care experienced and identify as mixed-race. Having these elements in common is part of how they first connected. On this episode, they take us on a journey towards troubling labels and identities while encouraging anyone who carries multiple, complex and brilliant identities to create their own map and refuse being put into boxes.
Raymond Jordan Johnson-Brown is a multi-hyphenate creative and social worker in training who moves between storytelling, community organizing, and honest conversations about identity, belonging, and systems change. As a former foster kid, Raymond brings lived experience to the work and hosts The Glorious Mess, a podcast about identity, contradiction, and the messy reality of being human. Instagram: @theethnicanomaly
Elijah Olise is a passionate advocate, community organizer, and the founder of the Holistic Afro Youth Center, a non-profit dedicated to building holistic housing services and community infrastructures for young adults who have aged out of care. Growing up in care from the age of 3, Elijah's personal experience navigating systemic racism, displacement, and marginalization informs his approach to social justice and policy reform.
This episode is in English
 
 
Créer notre propre mappemonde: naviguer les identités métissées et les expériences de placement dans le parcours du travailleur social en devenir
Ce mois-ci, Elijah Olise, membre de notre comité aviseur, nous présente Raymond Jordan Johnson-Brown. Elijah et Raymond sont tous deux étudiants en travail social, ont tous deux été pris en charge par la protection de  la jeunesse durant leur enfance et s'identifient comme personnes métissés. Ces points communs ont marqué le début de leur amitié. Dans cet épisode, ils nous emmènent dans un voyage à la découverte d’étiquettes et d’identités troubles, tout en encourageant ceux qui vivent aux croisements d’identités complexes et magnifiques  à créer leur propre mappemonde tout en refusant d'être cataloguée.
Raymond Jordan Johnson-Brown est un créatif aux multiples talents et un futur travailleur social qui oscille entre la narration, l’animation communautaire et des discussions sincères sur l’identité, l’appartenance et la transformation systémique. Ayant lui-même grandi en famille d’accueil, Raymond apporte son expérience personnelle à son travail. Raymond anime The Glorious Mess, un podcast consacré à l’identité, aux contradictions et à la réalité complexe de la condition humaine. Instagram: @theethnicanomaly
Elijah Olise est un défenseur passionné, un organisateur communautaire et le fondateur du Holistic Afro Youth Center, une association à but non lucratif qui se consacre à la mise en place de services de logement holistiques et d'infrastructures communautaires pour les jeunes adultes ayant atteint l'âge limite pour bénéficier de la prise en charge. Ayant grandi en placement à partir de l'âge de 3 ans, l'expérience personnelle d'Elijah face au racisme systémique, au déplacement et à la marginalisation nourrit son approche de la justice sociale et de la réforme des politiques.
Cet episode est en Anglais.
 
Elijah Olise  
Bonjour, bon après-midi ou bonsoir, où que vous soyez. Bienvenue à nouveau dans ce podcast. Je m’appelle Elijah Olise. Comme vous le savez, je suis l’un des coanimateurs. Aujourd’hui, je vais m’entretenir avec Raymond. Je vais laisser Raymond se présenter.
 
Raymond Johnson-Brown  
Super. Salut, Elijah. Je m'appelle Raymond, ou RJ, c'est comme tu préfères ou comme tu te souviens, je le dis toujours. Je suis ravi d'être ici et de pouvoir échanger à nouveau avec toi.
 
Elijah Olise  
Tout à fait. Et comme toujours, on a toujours de super conversations. J'ai rencontré Raymond pour la première fois à Solidarity Dialogues, qui fait partie de...
The.
 
Raymond Johnson-Brown  
Pledge. Tout le monde, l'acronyme est Pledge. Allez, je veux voir.
 
Elijah
Oui. Je l'ai ajouté là-dedans, mais ça fait partie de Pledge, c'est ça ? Et Pledge, c'est que nous sommes tous les deux étudiants à McGill, donc tu sais, nous sommes dans le programme de travail social, à l'École de travail social de McGill, et nous avons tous les deux une expérience vécue. Donc c'est ça le
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
 
Elijah Olise  
C'est le principal, le principal lien.
 
Raymond Johnson-Brown  
Euh, ouais, et je pense...
Eh bien, euh, donc oui, j’allais parler de Pledge, oui, à propos de Pledge, je trouve que leur travail visant à rassembler les gens malgré les tensions est vraiment, a toujours été vraiment intéressant, non ? Comme on l’a vu dans cet espace, les tensions liées aux conflits mondiaux se sont retrouvées réunies à ce moment-là. Et tu avais des gens aux deux extrémités du spectre qui essayaient d’avoir
discuter. Et je ne sais pas, parfois dans cet espace, je trouvais ça cool que les choses soient inachevées, tu vois, mais là-dedans, quelles sont les chances qu’on se connecte ? Et puis on est tous les deux étudiants en travail social, on vient tous les deux du système de protection de l’enfance. On a tous les deux partagé ça, tu vois, ce que ça veut dire d’être métissé ou de grandir dans des familles différentes de ce qu’on pourrait être
 
Elijah Olise  
M.
 
Raymond Johnson-Brown  
Peut-être ce que dit notre ADN.
 
Elijah Olise  
Tout à fait. Je veux dire, de mon point de vue, oui, je pense qu’on se situe sur ce spectre, n’est-ce pas ? On n’appartient pas à une seule ethnie ou à une seule culture, mais on a un pied dans plusieurs, tout en ayant vraiment deux pieds. C’est donc beaucoup d’être à plusieurs endroits à la fois. Et
 
Raymond Johnson-Brown  
Oui.
Mm-hmm.
Oui.
 
Elijah Olise  
Tu sais, je...
je repense juste à certaines des expériences que j'ai vécues dans le système. Je me souviens d'une fois où je parlais à ma mère, qui, tu sais, vient de Nouvelle-Écosse, et elle m'a dit quelque chose du genre : « Bon, en fait, tu es, tu sais, tu es
tu es à moitié noir, en partie blanc et en partie autochtone. Et pour moi, c'est comme si ce que tu, ce que quelqu'un voit quand il regarde ma mère, quand quelqu'un la voit et me regarde, ce sont deux choses très différentes. Et ma mère d'accueil me disait, je parlais à ma mère d'accueil et je lui disais : « Eh bien, tu sais, je suis à moitié ceci et
 
Raymond Johnson-Brown  
M.
Mhm.
 
Elijah Olise  
Mais les gens ne voient pas ça, disait-elle. Elle me disait : « Quand les gens te regardent, ils ne te voient pas comme étant à moitié blanc. Ils ne voient rien d’autre. Ils disent que tu es à moitié noir, n’est-ce pas ? Ou noir. Et même au sein de cette identité, tu sais, celle d’être clairement d’origine africaine, mais
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Mmh.
 
Elijah Olise  
Et puis, se poser cette question à différents moments, et...
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Et puis, j’allais dire que c’est intéressant, parce que les personnes d’origine africaine, mais aussi les Néo-Écossais noirs, sont très différents de, disons, quelqu’un qui a immigré au Canada plus tard, n’est-ce pas ? Comme aujourd’hui. Et on connaît l’histoire de la Néo-Écosse en matière d’identité métissée. Et donc, il y a cette dimension raciale dans la façon dont les autres vous perçoivent. Et puis il y a cette dimension ethnique. C’est pour ça que j’adore me qualifier de
 
Elijah Olise  
Ann.
Mhm.
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
une anomalie ethnique, car sur le plan ethnique, ce n’est pas la façon dont tu me perçois qui compte, mais la façon dont je me perçois moi-même, ce qu’est ma culture, mes histoires, qui je suis, et comment la communauté me voit. Et donc, par exemple, quand tu regardes mon nom de famille, « Johnson » est un nom afro-mi’kmaq.
 
Elijah Olise  
Prof.
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
Johnson, un Noir néo-écossais et Mi'kmaq. Nous sommes issus de cette lignée de Martin et de Johnson en Nouvelle-Écosse, et plus précisément à Truro, en Nouvelle-Écosse. Mais ensuite, Brown vient de mes parents d'accueil, qui sont des immigrants jamaïcains de première génération. Et donc, dans les milieux jamaïcains, comme j'ai grandi en famille d'accueil, je me sens toujours vraiment partie intégrante de cette communauté sur le plan ethnique à cause de
 
Elijah Olise  
Ça.
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
être allé en Jamaïque tant de fois dans ma vie, avoir ces proches et faire partie d’une famille. Mais d’un point de vue racial, c’est drôle, tu sais, on finit par se retrouver à jouer à un genre de mathématiques de l’identité. On se dit : « À quel pourcentage de ça tu appartiens ? Oh, tu es à moitié ça. » Et comme si l’ADN était
précis de toute façon, mais ce sont toujours les autres qui semblent vouloir te mettre dans une case. Et ils pensent que, quand on parle de prise en charge, c'est comme si, pour obtenir de l'aide du système, il fallait en quelque sorte se mettre dans une case pour accéder aux services, non ? C'est comme : « Oh, tu es de cette couleur. Bon, tu vas là-bas, tu es ça, tu vas là-bas. Et c'est comme si,
 
Elijah Olise  
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
L'une des choses que je trouve vraiment regrettables dans la façon dont nous avons conçu le système, c'est que ce n'est pas nous qui l'avons conçu, je ne veux pas en assumer la responsabilité. Ce qui est regrettable, c'est que nous ne pouvons pas, nous n'avons pas le droit d'être complexes, nous n'avons pas le droit d'être, nous n'avons pas le droit d'être métissés. Il faut rentrer dans une case pour bénéficier d’un service. Et au bout du compte, il faut survivre. Donc
 
Elijah Olise  
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
Il n'y a aucune honte à faire ce qu'il faut pour survivre, mais je n'arrête pas de me demander, et je crois qu'on en a parlé entre deux conversations, comment on pourrait voir ça différemment ?
 
Elijah Olise  
Mhm.
J'adore la façon dont tu as dit ça, parce qu'en tant qu'institution, le système nous catégorise d'une manière qui n'est pas naturelle. Tu sais, ils nous mettent dans ces cases, comme tu l'as dit, et ça ne nous permet pas d'évoluer comme on le mérite. Et même moi, j'ai grandi dans le système d'accueil, et mes parents d'accueil...
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
 
Elijah
ma première mère d'accueil était guyanaise, tu vois, et je ne suis pas guyanais, n'est-ce pas ? Mais culturellement, je le suis à bien des égards. Et ma deuxième mère d'accueil, celle avec qui j'ai vécu longtemps, était Vincy, elle venait de Saint-Vincent, tu vois ? Et donc, j'ai,
 
Raymond Johnson-Brown  
Ouais.
Tu as eu des parents d'accueil qui venaient tous des Caraïbes aussi.
 
Elijah Olise  
Exactement, n'est-ce pas ? C'est juste une question d'histoire, tu vois ? Tu sais, ma mère d'accueil, sa mère est venue, elles sont toutes les deux venues ici, tu vois, avec des visas de travail, comme à l'époque, oh mince, à l'époque où on pouvait,
 
Raymond Johnson-Brown  
Ouais.
 
Elijah Olise  
bénéficier d'une aide du gouvernement pour venir pendant un an, tu travaillais, et ensuite tu pouvais finir par vivre ici, c'est ça ? Et ça s'adressait surtout aux employés de maison. Et donc, comme ça, vraiment, l'aspect historique est important parce qu'on voit beaucoup de liens forts
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Mhm.
 
Elijah Olise  
puissantes, de femmes noires fortes dans la communauté, n'est-ce pas ? Qui s'emploient, tu sais, à construire une communauté comme Bafali, la Black Family Association sur l'île de l'Ouest, où j'étais très activement engagé dès mon plus jeune âge et tout simplement entouré de culture noire. Mais c'est une diaspora différente, n'est-ce pas ?
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm, mhm.
Mhm.
Mm-hmm.
Mhm.
 
Elijah Olise  
Mais cette diaspora, tu sais, et beaucoup de ces femmes finissent par ouvrir des foyers d'accueil, n'est-ce pas ? Parce qu'elles savent ce que c'est, elles connaissent la lutte, elles ont vécu des choses similaires, elles voient ce qui se passe dans nos communautés. Mais
 
Raymond Johnson-Brown  
Mmh.
Mhm.
 
Elijah Olise  
Personnellement, pour moi, c'est comme si j'avais toujours eu, je suppose, une envie de savoir ce que c'était que de grandir, tu vois, en tant qu'Igbo et Nigérian, tu vois, c'est comme quoi, tu vois, j'ai presque grandi au Nigeria, tu vois ? J'ai failli y retourner et je me suis toujours demandé comment ça aurait été, tu vois ? Mais moi, est-ce que je vais un jour,
 
Raymond Johnson-Brown  
Mm-hmm.
Mm-hmm.
M.
 
Elijah Olise  
La culture caribéenne, la culture caribéenne, ça fait partie de moi, tu sais, c'est ça qui... Et je le vois aussi quand je te parle, Raymond, c'est une partie de ton expérience, de ton histoire, de ton identité. Je parle d'identités au pluriel parce que nous sommes complexes.
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Mhm.
Mhm.
 
Elijah Olise  
Tu sais.
 
Raymond Johnson-Brown  
Et on n'a pas vraiment le choix, on dirait que, c'est toujours, tu sais, quand tu regardes un formulaire démographique, même quand on est allés à, même parce qu'on va à McGill, tu vois, tu n'as pas vraiment le choix sur ton formulaire démographique. Tu peux cocher plusieurs cases, mais ça limite quand même tes choix. Et ça met quand même, tu sais, « noir », « afro-américain », « noir » au sens large,
 
Elijah Olise  
M.
 
Raymond Johnson-Brown  
Mais on sait bien que la communauté noire de Nouvelle-Écosse est différente, n’est-ce pas ? Les personnes qui ont immigré plus récemment sont différentes. Il y a de la complexité, et le métissage compte et est légitime. Mais ensuite, en tant que travailleurs sociaux aussi, on finit parfois par voir un enfant noir et on se dit : « Bon, il faut placer cet enfant noir dans un foyer noir. »
avec des Noirs. Mais si l’on regarde les Caraïbes, tu viens de dire, je crois que tu as dit en deuxième, que tu avais un Haïtien, puis un Guyanais, non.
Non.
 
Elijah Olise  
Guy Needs, puis Vinci.
 
Raymond Johnson-Brown  
Et si ça ne te dérange pas, on peut dire en gros que ces cultures sont très... on peut parler des Caraïbes, n'est-ce pas ? Mais en fait, non, c'est très différent. Et si tu dis à une personne des Caraïbes, par exemple un Jamaïcain, qu'ils sont des descendants d'Afrique, 19 fois sur 10, ils vont probablement s'énerver contre toi parce qu'ils diront : « Non, on est jamaïcains. On est à part. »
 
Elijah Olise  
Mhm.
Oui.
 
Raymond Johnson-Brown  
Et donc, on voit des tensions même au sein de la communauté. Et alors on se demande, en tant qu'enfant qui sait que ses parents sont différents, qu'on est dans cette famille d'accueil, et qu'on essaie juste de trouver sa place et de s'intégrer, et on se dit en quelque sorte
Il y a une poétesse autochtone qui s’appelle Joy Harjo. Elle dit que parfois, il faut tracer sa propre carte. Et je pense que, pour moi, je ne sais pas si ça te convient, mais j’ai dû en quelque sorte tracer ma propre carte à un moment donné et me dire : « Tu sais quoi, tout ça fait partie de moi, et je ne vais pas réduire la complexité de qui je suis juste pour
vous mettre plus à l’aise ou me rendre plus facile à accepter. C’est à mon avis la pire chose qu’on puisse faire. Mais je ne sais pas. Parfois, je pense que c’est ce que fait la protection de l’enfance, quand on vous dit… Je me souviens encore du jour où, vous savez, l’assistante sociale est venue et m’a dit : « Tu vas aller vivre avec cette famille d’accueil. » Et
 
Elijah Olise  
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
Je me souviens que je lui ai demandé : « Hé, je ne pourrais pas aller vivre chez mes tantes ou mes oncles ? » Et elle m'a répondu : « Oh non, ta famille n'est pas sûre. » Et donc, c'est comme si on me faisait perdre le sens de ma propre capacité à savoir si j'étais en sécurité ou non, tu vois ? J'ai grandi avec ces tantes et ces oncles et j'ai toujours été en sécurité toute ma vie. Mais là, cette inconnue que j'avais peut-être vue trois fois auparavant, cette assistante sociale,
 
Elijah Olise  
M.
 
Raymond Johnson-Brown  
me dit maintenant que ces personnes ne sont pas sûres. Ça crée donc un sentiment de doute, comme un doute sur ma propre capacité à déterminer ce qui est sûr et ce qui ne l’est pas. Et même maintenant, j’ai 35 ans, on peut couper ça. J’ai 35 ans, mais je le vois encore parfois quand je...
 
Elijah Olise  
Ouais.
La nourriture.
 
Raymond Johnson-Brown  
Il m’arrive parfois de manquer de confiance dans certains processus décisionnels parce qu’on me disait simplement où aller. Une fois, je voulais aller voir ma mère alors qu’elle était à l’hôpital. Et là, l’assistante sociale m’a dit : « Non, tu n’as pas le droit d’aller voir ta mère. » Et encore une fois, l’assistante sociale, si elle est disponible,
tu sais, a une charge de travail énorme. Je sais maintenant que de l'autre côté, il a une charge de travail d'environ 50 enfants ou quelque chose d'aussi fou que ça. Donc, il n'a pas vraiment le temps de me connaître dans mon contexte et de savoir exactement ce dont j'ai besoin. Et pourtant, ils ont tellement de pouvoir et d'autorité sur moi. Et donc.
C'est fou de penser à quel point, en tant que futurs travailleurs sociaux, on a vraiment beaucoup de pouvoir, surtout quand il s'agit d'enfants et de jeunes. Et comme l'a dit Spider-Man, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Et donc je ne sais pas si tous les travailleurs sociaux agissent ainsi, parce que parfois je pense
 
Elijah Olise  
Mhm.
Mhm.
Responsabilité.
Une marque de fabrique.
 
Raymond Johnson-Brown  
Tu suis ton programme, tu fais peut-être un stage chez DYP ou dans les services de protection de l'enfance, et tu penses que c'est ça, le travail social. Le travail social, c'est remplir ces formulaires, respecter cette politique et cette loi provinciale, et c'est tout. Mais moi, je me dis : « Non, mec, le travail social, c'est bien plus que ça, et c'est tellement plus relationnel. »
 
Elijah Olise  
C'est vrai.
 
Raymond Johnson-Brown  
Mais seulement si vous êtes prêt à accepter cette complexité et à y consacrer le temps nécessaire.
 
Elijah Olise  
Tout à fait. Et, tu sais, tu as abordé tellement de choses que le sujet est très riche. Je pense que je vais commencer par revenir sur cette expérience de travailleur social dans le domaine de l' , tu sais, avec une expérience vécue, et en comprenant à quel point le pouvoir, c'est-à-dire l'importance et la puissance, est grand quand on est travailleur social.
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
 
Elijah Olise  
de mettre en œuvre vos décisions auprès d’une famille, d’un jeune, de n’importe quel usager, n’est-ce pas ? Et ce n’est pas à prendre à la légère, comme l’a dit Spiderman, n’est-ce pas ? Mais troisièmement, vous savez, parfois, comme je venais justement d’en parler dans un cours,
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Mhm.
Mhm.
Mhm.
 
Elijah Olise  
On a parlé de...
Des déclencheurs et du fait d'être déclenché par des expériences vécues, comme quand on va chez le médecin.
 
Raymond Johnson-Brown  
M.
Oui.
 
Elijah Olise  
Quand on y réfléchit sous l'angle de la santé, de la santé mentale et...
le bien-être, on se dit que cette personne ne devrait pas travailler dans un environnement où elle risque d’être traumatisée. Et je me suis dit que c’était un rejet total de l’expérience vécue ou de l’expertise, n’est-ce pas ? Et il faut simplement comprendre que lorsqu’on vit cette expérience, il ne faut pas la prendre à la légère. C’est une sensibilité qui ne s’apprend pas.
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
D'accord.
 
Elijah Olise  
N'est-ce pas ? Et l'idée que, tu sais, quelqu'un qui est déclenché ne devrait tout simplement pas se trouver dans cet espace. Eh bien, c'est comme si, tu vois, il y avait d'autres outils pour gérer ça, surtout quand on considère...
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
 
Elijah Olise  
Quand on y réfléchit.
Travailler avec un client ou un usager, pardon, et voir, comprendre son traumatisme, comprendre ses expériences, et être capable de mettre en œuvre, de lui fournir des outils pour qu'il se prenne en main en s'appuyant sur ses forces, ce n'est pas à prendre à la légère, et savoir qu'on ne va pas être choqué quand c'est l'autre côté des choses, n'est-ce pas ?
 
Raymond Johnson-Brown  
Mm-hmm.
Mhm.
Mhm.
Mhm.
 
Elijah Olise  
où tu n'as jamais vécu ce genre de choses. Tu n'as jamais été confronté à ce genre de réalités ou de traumatismes, ni à l'ampleur du traumatisme que cela peut représenter pour toi, n'est-ce pas ? C'est l'autre extrême pour quelqu'un qui n'a pas cette expérience en tant que travailleur social. Et savoir, tout comme
 
Raymond Johnson-Brown  
M.
 
Elijah Olise  
comment, tu sais, c'est comme quoi, ils essaient de réformer le système, ils essaient de réformer l'éducation pour que ce soit comme, tu détiens le pouvoir, n'est-ce pas ? Toi aussi, euh...
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
 
Elijah Olise  
Comme si les choix que tu fais avaient un impact sur la vie des gens, sur toi-même et sur ma famille, parce qu'il y a beaucoup de cas où des personnes qui n'ont pas d'identité racialisée ont pu rester avec leur famille et n'ont pas été placées ailleurs, n'est-ce pas ? Et il ne faut pas l'oublier. Ce n'est pas
 
Raymond Johnson-Brown  
M.
Mm.
 
Elijah Olise  
être ignoré parce qu’il y a une surreprésentation de notre groupe démographique dans le système, n’est-ce pas ? Et c’est tout simplement un manque d’humilité culturelle, un manque de compréhension culturelle. Et ce qui est presque effrayant à voir, c’est à quel point certains dans ma cohorte sont imprudents.
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
 
Elijah Olise  
Tu sais, ceux qui ne font pas ce véritable travail d'introspection pour passer d'un état de malaise à un malaise du genre : « Je ne sais pas, mais j'ai besoin de savoir. » Et « Laissez-moi avoir cette conversation et être ouvert à la critique. Laissez-moi remettre en question mes préjugés d'une manière qui ne... »
 
Raymond Johnson-Brown  
Mm-hmm.
Mhm.
 
Elijah Olise  
me sentir attaqué. Et c'est comme si, quand je leur réponds, et qu'on est censés être égaux en ce moment, je ne peux qu'imaginer un petit enfant noir, autochtone ou métis dans le système, dont l'expérience de la dynamique du pouvoir est complètement inversée.
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
M.
Et le pouvoir, c'est vraiment un sujet fascinant. Je pense que si les gens se lancent dans le travail social, c'est parce qu'ils se sentent concernés, n'est-ce pas ? Mais il y a cette citation, je ne me souviens plus qui l'a dite, mais ça donne quelque chose comme : « Si tu viens pour m'aider, laisse-moi tranquille. Mais si tu viens pour t' r à mes côtés parce que ta libération est liée à la mienne, alors allons de l'avant. » Quelque chose dans ce genre-là.
 
Elijah Olise  
Mhm.
M.
Ouais.
Oh oui.
 
Raymond Johnson-Brown  
ces lignes. N'est-ce pas ? Et donc c'est comme, tu sais, si tu considères le travail social comme un boulot, une carrière, et que c'est un salaire et que tu fais tes 9 h-17 h et c'est tout, alors absolument, absolument, eh bien, absolument, tu vas causer du tort parce que ce sont des vies de vraies personnes, des histoires vraies, vraies. Et je
sais que tu parlais au début des avertissements de déclenchement et, tu sais, des gens qui sont trop affectés dans cet espace. Et c'est vraiment aussi la faute du système. Et de tous ceux qui n'apprennent pas aux gens à réguler leurs émotions, parce qu'on a tellement tendance à dire, tu sais, « oh, cette personne est toxique ».
 
Elijah Olise  
Mhm.
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
N'est-ce pas ? Du genre : « Cette personne est toxique, elle est mauvaise, moi je suis bon. » Et c'est comme si, non, en fait, tu es aussi toxique à certains égards, ou tu as un rôle ou une responsabilité dans ce qui s'est passé dans cette relation. Et ce n'est pas, je ne parle pas comme, tu sais, un guerrier du web qui pourrait dire : « Oh, et cet incident horrible alors ? » Je ne parle pas de ça. Il y a des choses vraiment horribles où
je ne peux pas appliquer cette logique, mais d’une manière générale, ce genre de conflits et de désaccords superficiels qui surviennent, et c’est normal d’être affecté. C’est normal d’avoir des conflits. Et ce qui est plus important pour moi, c’est comment on apprend aux gens à gérer ces situations ? Et comment, en tant que travailleurs sociaux,
 
Elijah Olise  
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
C'est comme quand on s'engage dans une relation : les gens veulent tout savoir. Je ne compte plus le nombre de fois où les gens me disent : « Hé, j'ai un enfant autochtone. J'ai besoin de tout savoir sur l'autochtonie avant même d'y aller. » Ou encore : « Oh, j'ai un enfant noir. Parlez-moi de la condition noire pour que je sois préparé. » Parce que je pense que
 
Elijah Olise  
Mhm.
Intéressant.
 
Raymond Johnson-Brown  
C'est l'hypothèse. Peut-être que je la testerai un jour dans le cadre d'un doctorat, mais c'est comme si on voulait être l'expert. On a donc l'impression qu'il faut tout savoir avant de se lancer. Mais la vérité, c'est qu'à mon avis, en tant que travailleur social, on ne devrait jamais être l'expert. Il faut juste être présent et axé sur la relation. Et
 
Elijah Olise  
À.
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
et mettre des mots sur ce qui te met mal à l'aise. Tu sais, j'ai travaillé avec une personne à la Commission scolaire English-Montréal où, tu vois, une cliente avait dit : « Je suis une survivante des pensionnats indiens. » Et elle n'avait aucune idée de ce que ça voulait dire. Elle ne savait pas ce qu'était un pensionnat indien. Elle a dit : « Eh bien, je me sens tellement mal de ne pas l'avoir su. » Mais je lui ai dit : « Et qu’est-ce qui s’est passé après que tu aies dit : “Je ne suis pas
familiar avec ça ? » Cela a renforcé leur relation. Et aujourd’hui, trois ans plus tard, elles ont toujours une très bonne relation parce qu’à ce moment-là, au lieu de faire semblant de savoir de quoi il s’agissait, en disant « J’ai suivi ma formation sur la sécurité culturelle et je suis parfaite pour les Autochtones », elle a dit : « Je ne sais pas trop ce que c’est. » Et cela a donné lieu à une conversation. Cela a donné lieu à
 
Elijah Olise  
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
un moment vraiment relationnel où elle s’est sentie suffisamment en sécurité pour se montrer vulnérable et s’ouvrir, ce qui a vraiment renforcé et établi une relation de confiance entre eux. Et aujourd’hui, cette relation s’est consolidée : elle est devenue une alliée de confiance, ils ont travaillé ensemble et elle a aidé son enfant à s’épanouir dans le système scolaire pendant de nombreuses années.
 
Elijah Olise  
Mm.
 
Raymond Johnson-Brown  
Et ce n'est pas pour dire que...
 
Elijah Olise  
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
tu dois, cette personne doit une explication de l'histoire. Tu peux aussi, à l'inverse, refuser et dire : « Non, je ne veux pas partager cette partie de mon histoire. » Les deux peuvent être vrais, mais il n'y a aucun moyen de se préparer à l'une ou l'autre de ces issues. Et quand on considère la complexité de ce que signifie être Autochtone, Inuit, Métis,
 
Elijah Olise  
Mm.
 
Raymond Johnson-Brown  
les différentes expériences des Noirs dans ce pays. Je veux dire, il n’y a vraiment rien à faire, tout ce qu’on peut faire, je pense, c’est être là, être présent, écouter et, je ne sais pas, être humain. Est-ce si difficile d’être humain de nos jours ?
 
Elijah Olise  
Mhm.
Non, mais je veux dire, parfois ça semble être le cas pour nous dans la société, mais je te comprends. Tu dis juste de se montrer, tu sais, juste d’être une personne, comme si, tu vois, il y avait un pouvoir à être un expert. Comme si les gens percevaient les experts comme
quelqu'un de meilleur qu'eux, quelqu'un qui peut les aider, quelqu'un, tu vois, c'est pour ça qu'il y a toute une culture autour des livres de développement personnel, non ? C'est quelqu'un qui te dit comment t'aider toi-même, c'est ça ? Et toute cette idée de sauveur alors que c'est juste, comme tu l'as dit, marcher, ta vague de libération est liée à la mienne, c'est pour ça qu'on marchera côte à côte, genre,
 
Raymond Johnson-Brown  
M.
Mmh.
Et.
 
Elijah Olise  
C'est une citation incroyable parce que c'est la vérité. C'est-à-dire qu'on est censés faire ça dans un esprit de solidarité et de communauté, et non pas de manière hiérarchique, comme si j'étais au-dessus de toi ou que tu étais au-dessus de moi. Et je pense que quand on arrive et qu'on ne sait pas, c'est plus facile de faire semblant que de
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Mhm.
 
Elijah Olise  
d'être ouvert, honnête et vulnérable, et de dire : « J'ai besoin d'apprendre », n'est-ce pas ? Et c'est presque le moment idéal pour montrer cette vulnérabilité, cette humilité qui consiste à dire : « Je ne sais pas ça. Tu peux m'apprendre ? Sinon, où dois-je aller ? » Et parfois, la réponse, c'est Google, tu vois ce que je veux dire ? Mais
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm, mhm.
Mhm.
Mhm.
Prof.
 
Elijah Olise  
Mais...
 
Raymond Johnson-Brown  
Le nombre de fois où j'ai répondu à des e-mails quand je travaillais pour la Commission scolaire English-Montréal, je répondais simplement : « Je vous encourage à utiliser un moteur de recherche comme Google pour trouver la réponse à cette question. » Parce que vous devriez pouvoir, en tant que membre de ces communautés, avoir la possibilité de simplement dire non.
 
Elijah Olise  
Mhm.
Ann.
 
Raymond Johnson-Brown  
N'est-ce pas ? Vous avez le droit de simplement dire non. Et Gerry, parfois je pense que la quantité d'enseignements et d'accès à la culture disponibles en ligne de nos jours, surtout en ce qui concerne les aspects spirituels et les choses destinées à la maison et à la communauté, est parfois trop accessible et pourrait tomber entre de mauvaises mains. Je pense qu'en même temps, c'est aussi formidable parce que cela permet
 
Elijah Olise  
M.
 
Raymond Johnson-Brown  
garantir une meilleure compréhension culturelle et réduire les désaccords. Et tu avais dit quelque chose tout à l'heure aussi, tu sais, on constate cette surreprésentation des corps noirs et autochtones dans
 
Elijah Olise  
Mm.
 
Raymond Johnson-Brown  
dans les systèmes de soins, et je me demandais si tu avais des...
J'ai réfléchi à des questions telles que : pourquoi est-ce le cas ? Pourquoi observons-nous cela ?
 
Elijah Olise  
Je veux dire, certains diront que c'est à cause de problèmes propres à ces communautés-là, mais je veux dire, la pauvreté est criminalisée. Commençons par là. Et comprenons que nos cultures sont différentes, n'est-ce pas ? Et notre façon de faire les choses. Alors, qu'est-ce qui peut être
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
M.
Mm-hmm.
 
Elijah Olise  
Le fait de considérer les différences et ce qui leur est étranger comme nuisibles est un problème, et il faut comprendre que, tu sais, si tu es afro-indigène, tu as plus de chances de recevoir un signal ou un signalement, et cela va donner lieu à une enquête.
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Mhm.
 
Elijah Olise  
alors tu auras plus de chances d'avoir un travailleur social. Tu as plus de chances d'être placé une fois que tu as un assistant social par rapport aux enfants blancs, n'est-ce pas ? Et c'est la vérité. Et une fois que tu es placé depuis plus de six mois, tu as plus de chances de rester à long terme. Et pourquoi ne pas revenir à ma propre expérience vécue, d'accord ? Du côté de ma mère, ils sont très
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Mhm.
 
Elijah Olise  
Ils veulent s'en tenir à ce qui fait leur blancheur, n'est-ce pas ? Ils veulent ignorer tous les autres aspects, et c'est juste qu'ils sont blancs. Et que ma mère soit avec un homme, un Nigérian, tu vois, un nouvel immigrant dans le pays, et qu'elle ait des enfants avec lui,
 
Raymond Johnson-Brown  
M.
Mhm.
 
Elijah Olise  
Ils, quand on a besoin de l'église, elle a besoin de soutien.
Parce que mon père n'avait pas ses papiers et tout ça, genre...
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
 
Elijah Olise  
Ils n'étaient pas là, n'est-ce pas ? Et on aurait très bien pu, tu sais, rester dans la famille pendant que ma mère bénéficiait de ce soutien et, disons, développait ses compétences en tant que parent, n'est-ce pas ? Parce qu'elle l'a fait. Et puis ils ont dit : « En fait, ils ont vécu trop de traumatismes. Donc tu ne pourrais pas, tu n'as pas la capacité d'atteindre ce niveau. »
 
Raymond Johnson-Brown  
Oui.
 
Elijah Olise  
maintenant. Et c'était toujours comme ça : quand tu as 14 ans, tu peux diriger le système, pas vrai ? Et c'était comme si j'étais entré définitivement dans le système à trois ans, tu vois ? Et donc, après quoi, 11 ans, c'était comme si c'était ma première condamnation. Tu vois ce que je veux dire ? C'était ma première, genre,
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Mhm.
Ouais.
 
Elijah Olise  
La prison, pas vraiment la prison, mais c'est comme si j'étais coincé ici. Je ne peux pas, je ne vais pas être adopté. Tu sais, je ne peux pas retourner chez moi. Je dois attendre dans ces familles d'accueil jusqu'à un certain moment. Et même là, c'était un peu comme si on avait cette relation bizarre maintenant, tu vois, pendant cette période. Et c'était, c'était très difficile, mais je suppose que
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Mhm.
Mhm.
 
Elijah Olise  
Une des choses que je voulais dire, c'est ce que ça veut dire d'être, tu sais, perçu comme « l'autre », pas vrai ? Même au sein de ta propre communauté, parce que la première fois, j'étais à l'école primaire et je suis allé voir mon ami, il s'appelait
Melvin, et je lui ai dit : il me demandait d’où je venais, on discutait et j’avais genre 5 ans. Je me souviens que j’en avais 6. Et il m’a dit : « Oh, il est nigérian. » Genre : « Oh, moi aussi. » Et puis il m’a regardé.
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
C'est moi ?
 
Elijah Olise  
Et puis il m'a demandé : « Comment ça ? » Je lui ai répondu : « Ouais, mon père est nigérian et on est tous nigérians, etc. » Et j'ai trouvé ça tellement drôle parce qu'il est parti, il est rentré chez lui, il a parlé à son père, puis il est revenu et il m'a dit : « Oh, je comprends maintenant. » Je sais pas ce qu'il a compris, tu vois, mais
 
Raymond Johnson-Brown  
Fais ça.
Ouais.
Ouais.
Et c'est ça, ouais, c'est que tu comprends cette complexité. Parce que même, je veux dire, j'ai des professeurs à McGill qui ont raconté des histoires du genre : ils sont des Premières Nations, mais ils n'ont pas grandi dans une réserve. Et parfois, il y a ce sentiment de déconnexion qui peut survenir quand on n'a pas grandi comme les gens s'attendent à ce qu'on le fasse. Et c'est pour ça que je pense que j'ai adoré,
 
Elijah Olise  
Oui.
 
Raymond Johnson-Brown  
juste ce refus et cette anomalie comme identité. Parce que quand on en vient à être une anomalie, on est incontrôlable. Il y a cet espace immense qui s’ouvre pour qu’on puisse simplement être vivant, se comprendre soi-même et, en quelque sorte, se réapproprier
 
Elijah Olise  
Mhm.
Oui.
 
Raymond Johnson-Brown  
qui tu es et qui tu veux être, qui reflète le passé et ce que tu as traversé, qui vit dans l’instant présent, mais qui a aussi une vision, je pense, de l’avenir que tu souhaites. Et cette vision n’a pas nécessairement besoin de changer. C’est pourquoi j’adore travailler sur certains des projets de recherche que j’entreprends cet été, comme,
 
Elijah Olise  
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
avec des jeunes noirs et autochtones, où l'on utilise la psychothérapie créative au lieu de toujours, tu sais, parler de ce qui nous est arrivé. Trouver des moyens de renforcer la sécurité et le sentiment de sécurité dans le système nerveux grâce à des méthodologies créatives, c'est bien plus... ça a été bien plus puissant pour moi. La danse, c'était mon... je ne sais pas, est-ce que tu avais une activité artistique que tu pratiquais à Kara et qui t'a aidé à tenir le coup ? Pour moi, c'était la danse. J'adorais danser.
 
Elijah Olise  
Lach.
J'avais tellement d'exutoires différents que c'était parfois déroutant, mais j'adore écrire et la danse en faisait partie. Je prenais des cours de hip-hop quand j'étais plus jeune. C'était tellement amusant, mais c'était le dessin. Je dessinais tous les jours quand j'étais là-bas, à un moment donné.
 
Raymond Johnson-Brown  
Ouais.
Oui.
M.
M.
 
Elijah Olise  
Je crois que j'avais entre 8 et 16 ou 17 ans. Je dessinais pour apprendre tout seul à dessiner. Je sais que c'était vraiment très amusant. Mais je te comprends. Vraiment. Surtout quand tu as parlé de la psychothérapie créative. En fait, je travaille moi-même actuellement avec un cabinet communautaire pour
 
Raymond Johnson-Brown  
M.
Oui.
Mhm.
 
Elijah Olise  
et David Archer, qui a développé le rythme et le traitement comme un outil pour, tu sais, guérir son passé d'EMTR. Et, tu sais, il prépare son doctorat et nous travaillons avec les jeunes, tu sais, nous travaillons avec les jeunes pour montrer cet impact, tu sais, en utilisant la musique,
 
Raymond Johnson-Brown  
M.
Mm-hmm.
 
Elijah Olise  
en utilisant différentes méthodes de guérison, comme cibler votre somatique, n'est-ce pas, votre système nerveux pendant que vous parlez. Donc je n'ai pas, vous savez, parfois, vous voyez, regardez ça, regardez cet alignement juste là.
 
Raymond Johnson-Brown  
Et c'est ça, c'est ça le problème. Comme toi, j'ai récemment fait une demande auprès du gouvernement de l'Alberta pour récupérer mon dossier de protection de l'enfance. J'ai vraiment hâte de le lire, mais je m'attends aussi à être très déçu, tu vois ? Parce que, qu'est-ce qui se retrouve dans les notes cliniques ? En fait, le problème, c'est que
 
Elijah Olise  
Ann.
M.
 
Raymond Johnson-Brown  
La danse m'a aidé à survivre. Le théâtre m'a aidé à endosser d'autres identités et versions de moi-même pour me réapproprier et me sentir en confiance afin de surmonter une période de ma vie où je me sentais tellement, tellement hors de contrôle et où rien de ce que je faisais n'était bien parce que
 
Elijah Olise  
M.
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
chaque fois que je pensais pouvoir aller voir tel ou tel membre de ma famille, c'était comme : « Oh non, ce n'est pas sûr. Tu ne peux pas faire ça. » Je doute donc fortement que, dans les dossiers, on trouve la moindre mention de la danse. Je ne pense même pas, je ne pense même pas que mon... Je me souviens avoir essayé d'obtenir un financement et n'avoir pas réussi. J'ai fini par faire du bénévolat.
Au Decidedly Jazz Dance Works, ils avaient un programme où l'on pouvait faire du bénévolat lors de bingos et où l'on avait ensuite droit à des cours gratuits. Je faisais donc ça. Et puis il y avait un programme appelé « Diversity », qui regroupait des gens des Caraïbes, d'Afrique, de race mixte. Il y avait quelques enfants blancs là-bas, mais c'était principalement...
 
Elijah Olise  
Mhm.
Tu as fini ?
 
Raymond Johnson-Brown  
des danseurs issus de minorités ethniques, et c'était... Je ne sais pas comment elle finançait ça, mais Jennifer Duncan, la directrice, c'est comme ça que j'ai rencontré ma meilleure amie Sabrina, qui est toujours danseuse aujourd'hui et vit à Calgary, mais Jennifer Duncan, en fait, elle était assistante sociale. Je ne le savais même pas. Ce n'est que plus tard que j'ai appris qu'elle était assistante sociale, et c'est une merveilleuse
Trinidadienne, et, tu sais, Dieu merci pour ces espaces. Mais quand il s’agissait de la perspective systémique de la danse, ce n’était pas aussi important. Et je pense qu’on voit des enfants dehors, on voit une plus grande ouverture, mais encore une fois, le financement
 
Elijah Olise  
M.
 
Raymond Johnson-Brown  
semble toujours se limiter aux choses importantes. C'est comme si on devait aller à l'école. On doit aller chez le médecin et prendre soin de sa santé. On doit respecter la loi. Et je me dis : « Bon sang, c'est tellement... Il n'y a pas de place pour l'imaginaire. Il n'y a pas de place pour être un enfant. » Et je pense qu'on a grandi.
 
Elijah Olise  
Mhm.
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
Je veux dire, enfin, c'est ce que je suppose pour toi. Dis-moi si je me trompe, mais on a en quelque sorte dû grandir plus vite qu'on ne le voulait, et on a dû être un peu plus responsables, mais on n'avait pas le droit d'assumer ces responsabilités. Et donc, pour en revenir à l'art, à la thérapie par l'art, c'est comme si... oh, je n'aime pas dire « art-thérapie ». Je continue à parler de « psychothérapie créative » parce que
 
Elijah Olise  
Mhm.
J'aime bien
 
Raymond Johnson-Brown  
J'ai l'impression que les meilleures personnes, enfin, désolé si des art-thérapeutes écoutent, mais parfois, les gens rigolent de l'art-thérapie. Ils ne la prennent pas au sérieux. Alors quand je dis « psychothérapie créative », ils sont là : « Oh, wow, c'est quoi ça ? » Et je leur réponds : « En fait, c'est la même chose. Il ne faut pas s'en méprendre. »
 
Elijah Olise  
Ouais.
Ouais. Non, tu as l’ordre, désolé, ils en prennent plein la figure en ce moment, nos thérapeutes au Québec, en fait, ils n’ont plus d’ordre pour le moment. Et c’est comme s’ils se battaient pour le Québec, genre, non, mais bon, enfin.
 
Raymond Johnson-Brown  
Définitivement
Oui.
 
Elijah Olise  
Je t'ai entendue quand tu parlais de danse, c'est ça ? Et d'expression créative, de moyens d'expression, et de toute forme de... Je développe ces compétences ou ces... Qu'il s'agisse de compétences créatives ou académiques, peu importe ce qui te fait te sentir vivante, ce qui te correspond, si c'est le cas, mais tant que ça...
 
Raymond Johnson-Brown  
Oui.
 
Elijah Olise  
Le.
Ça sort des sentiers battus, pas vrai ? Comme tu l’as dit, le logement, la nourriture, l’école, pas vrai ? Genre, est-ce que tu es bien installé ? Et si tu es au Québec, à 16 ans, tu sais, tu n’es plus obligé d’aller à l’école. Et la réponse malheureuse du système à ça, c’est qu’on prend ça très au sérieux.
 
Raymond Johnson-Brown  
Mm-hmm.
L'essentiel.
Ann.
 
Elijah Olise  
Genre, tu as 15 ans, bientôt 16, et on dirait pas que tu vas obtenir ton diplôme sans beaucoup plus de soutien que, eh bien, on va pas te le donner. Tu aurais dû t'en rendre compte. Et on va t'envoyer dans des endroits où tu ne seras pas à l'école, pas vrai ? Ou même si tu sembles en passe d'obtenir ton diplôme, c'est comme si tu disais : « Oh, hé,
 
Raymond Johnson-Brown  
Ouais.
Oui.
Le.
Mhm.
 
Elijah Olise 
Tu t'en sors très bien. Tu t'en sors très bien à l'école. Ça ne change rien de te soutenir davantage. Tu as tous ces besoins fondamentaux et tu réussis à l'école, peu importe, mais la danse, c'est quoi la danse ? C'est une question importante, une question de sécurité. Tu fais partie d'une communauté, on doit vérifier ça. Il y a tellement moins.
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Oui.
 
Elijah Olise  
effort parce que ça dépasse leurs capacités. Et c'est là que j'en reviens à l'importance de trouver un sentiment d'appartenance à une culture et à une communauté quand on est dans le système. C'est difficile. Ça n'existe pas. Et eux, parce que tu sais, la plupart du temps, ils n'ont pas les moyens de s'occuper de tout ça. Parce que, comme tu l'as dit,
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Oui.
Mhm.
 
Elijah Olise  
Mlle Duncan, c'est ça ? Elle était assistante sociale, mais ce cours de danse n'était pas soutenu, en tout cas pas par le système, n'est-ce pas ? Et, et...
 
Raymond Johnson-Brown  
Oui.
Je ne sais même pas où elle trouvait les fonds. Parfois, je me dis encore aujourd'hui qu'elle n'en tirait tout simplement aucun profit.
 
Elijah Olise  
D'accord. Et c'est justement ça le problème. C'est comme si les institutions, ce système de protection de l'enfance, quelle que soit la façon dont il est représenté dans les provinces, peu importe son nom, s'ils se contentaient de travailler avec les communautés, tu vois, parce qu'ils n'ont pas les moyens, et qu'ils finissent par souffrir d'épuisement compassionnel, mais c'est comme si...
 
Raymond Johnson-Brown  
Mm-hmm.
 
Elijah Olise  
Il y a tellement de ressources au sein de la communauté. Et il y a tellement de façons dont ils pourraient apporter leur soutien. Et toute cette idée, tu sais, dont tu parlais tout à l'heure, de faire des choix d'adulte, comme si on te traitait en parent, on te dit : « Tu dois faire les choix auxquels les adultes sont confrontés.
ont du mal à faire, n'est-ce pas ? Et puis, en même temps, on les infantilise, n'est-ce pas ? On les traite comme s'ils ne pouvaient rien faire. On se soucie de leur sécurité, on les enferme dans cette tour. Et c'est comme si l'idée de confidentialité et la vulnérabilité des jeunes, n'est-ce pas ? C'est comme si ça primait sur leurs liens sociaux.
 
Raymond Johnson-Brown  
Oui.
M.
 
Elijah Olise  
et le fait que cette identité culturelle soit encouragée et qu'une communauté les entoure. Parce que, et puis qu'est-ce qui se passe quand ils ont 18 ans, n'est-ce pas ? Et tu y repenses maintenant aussi, qui sait ? Genre, on sait, on sait, on pourrait en parler aussi, mais
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Kara.
Ouais.
Oui.
 
Elijah Olise  
On y repense maintenant aussi, et on se dit : « Oh, je veux récupérer mes dossiers. » On se dit : « J'ai lu mes dossiers moi-même quand j'avais 16 ans. » Tu sais, je leur ai demandé de me les envoyer. J'ai suivi toute la procédure. Ils ont caviardé certaines choses concernant mes frères et sœurs, mais, tu sais, je suis retourné les consulter parce que les dossiers étaient,
 
Raymond Johnson-Brown  
Hein ?
Ouais, ouais.
 
Elijah Olise  
tu sais, malheureusement volés, tu vois, discrètement, c'est une longue histoire, il y a longtemps, quand j'avais 18 ans, mais je veux les récupérer. Et au Québec, on ne peut pas récupérer ses dossiers passé un certain âge.
 
Raymond Johnson-Brown  
Ouais.
Ah !
 
Elijah Olise  
Ouais, et donc quand tu dis 35 ans, c'est comme s'il y avait beaucoup de gens qui avaient besoin de ce temps avant de regarder en arrière, pas vrai ? Et c'est tout à fait logique. On a vécu tellement de choses, on essaie juste de... on atterrit, on doit se lancer à fond à 18 ans ou à n'importe quel âge, ça dépend... au Québec, c'est 18 ans. Maintenant, on peut rester en famille d'accueil jusqu'à 25 ans si on est à l'école.
 
Raymond Johnson-Brown  
Oui, oui.
 
Elijah Olise  
Si tu es scolarisé et que tu es en famille d'accueil, c'est ça ?
 
Raymond Johnson-Brown  
Et ça, ouais, ça fait que ton, ça fait que ton soutien est soumis à des règles. C'est terrifiant. C'est comme si tu devais faire ça. Et encore une fois, tu dois faire entrer les gens dans ce que, ce que l'État, ce que le système définit comme ayant de la valeur. Et c'est pour ça que je pense que la danse, pour moi,
 
Elijah Olise  
Oui.
Diane.
 
Raymond Johnson-Brown  
tu sais, même ma mère d'accueil me disait : « Tu ne peux pas faire carrière dans la danse. » Et à elle, je réponds : « Va voir ma page IMDB, chère mère d'accueil, parce que j'ai réussi et vu le monde grâce à la danse, n'est-ce pas ? » Mais c'est dommage que
 
Elijah Olise  
Ouais.
Amen.
 
Raymond Johnson-Brown  
Dans un système, ce sont les personnes qui ont le plus besoin d’espace
pour se réapproprier et trouver leur place, reçoivent le plus de ce genre de 1, pas unilingue, c'est le langage, comme une perspective unilatérale du genre « voilà ce que signifie être humain ». Et tout revient à, et on n'allera pas s'étendre là-dessus parce que je sais qu'on arrive bientôt à la fin, mais tout revient simplement à faire en sorte que les gens
 
Elijah Olise  
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
s'inscrire dans ce projet économique que nous appelons le Canada, qui s'inscrit lui-même dans le projet économique mondial, selon lequel le but de votre existence est de produire du capital et de la valeur pour le système. Et c'est là, je pense, que nous passons vraiment à côté de l'essentiel, et c'est quelque chose auquel je m'engage dans ma pratique, et je sais que vous aussi, comme
 
Elijah Olise  
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
c'est d'aider les gens à trouver différentes façons de se réapproprier leur vie, car souvent, il faut encore le faire soi-même, même aujourd'hui. Et le système... il a fallu beaucoup de temps pour en arriver là où nous en sommes aujourd'hui. Et il nous faudra du temps pour le démanteler. Mais c'était peut-être ma dernière question pour toi.
 
Elijah Olise  
Bricks.
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
Elijah, comment récupères-tu de l'espace et comment trouves-tu ta place ? Comment as-tu trouvé ta place ?
 
Elijah Olise  
M.
Tu entends le chien en arrière-plan ? OK, j'ai compris. Super. C'est une excellente question, Raymond. Je crois sincèrement qu'il faut vivre sans se justifier. J'ai l'impression qu'on nous dit souvent de simplement être
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
 
Elijah Olise
Genre, ouais, cocher les cases, genre, quelle est ton identité, qui tu es. Tu ne peux pas être trop de choses à la fois, pas vrai ? Tu ne peux pas, tu sais, toute cette idée de genre, oh, touche-à-tout, mais maître en rien. Tu sais, et puis il y a ce vrai dicton : « touche-à-tout, maître en rien », mais c'est quand même mieux que
 
Raymond Johnson-Brown  
Ouais.
Oui.
 
Elijah Olise  
Non, c'est quand même mieux que d'être maître en une seule chose. Et c'est comme si on pouvait être qui on veut, non ? Même si personne ne te l'a dit, et c'est comme, tu sais, je suppose que je l'ai juste accepté, c'est ringard, c'est un cliché, peu importe. Mais c'est la vérité. Genre, tu dois être celui que, quand tu étais enfant, tu voulais qu'il soit.
 
Raymond Johnson-Brown  
Ouais.
Mhm.
Oui.
 
Elijah Olise  
Je veux dire, je voulais être espion ou Premier ministre du Canada. C'étaient deux choses très différentes, mais je veux faire plein de choses et j'ai envie d'explorer avec ce certain sens de la créativité et de la curiosité qu'il faut garder pour vivre et voir la vie. Et c'est comme si,
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Mhm.
M.
 
Elijah Olise  
Au lieu de juger les autres, tu dois d'abord arrêter de te juger toi-même pour les choix que tu fais. La danse, comme tu l'as dit, te fait voyager à travers le monde, n'est-ce pas ? Et cette voix, probablement celle de ta mère d'accueil, maintenant que tu l'as extériorisée, était à l'origine intériorisée, n'est-ce pas ? Et c'est comme si, souvent, j'avais toujours, tu sais, quelqu'un qui me disait que je suis un ***** ** ****, tu vois, c'est comme si,
 
Raymond Johnson-Brown  
Mm-hmm.
Oui.
Oui.
 
Elijah Olise  
Eh bien, est-ce que tu ressens ça par rapport à toi-même ? Genre, tu sais, ma mère d'accueil faisait souvent ça. Et c'est comme s'il y avait des aspects de moi-même sur lesquels je dois encore travailler. Je me dis : « Non, je n'aime pas ça, c'est ce que je suis, là où j'en suis, le choix que j'ai fait. » Mais j'accepte le fait que j'ai tellement évolué et que je suis là.
 
Raymond Johnson-Brown  
M.
M.
Mhm.
Mhm.
 
Elijah Olise  
Et puis j'ai toujours envie de, tu sais, évoluer, mais je vais être indulgent avec moi-même pendant ce processus. Et c'est comme, c'est un peu comme quand on s'assoit et qu'on se dit : « On a couru si loin pour nous retrouver alors que ce que nous sommes est juste là », n'est-ce pas ? C'est
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Mm-hmm.
M.
Mhm.
Les solutions sont là.
 
Elijah Olise 
là, tout de suite. C'est juste là, à l'intérieur. Tout était là, à l'intérieur. Et donc quand tu, ouais.
 
Raymond Johnson-Brown 
Et la colère, la colère, c'est réel. La colère, c'est comme trouver des moyens, tu vois, ça a du sens. Par exemple, encore une fois, parfois dans les rapports que j'ai lus jusqu'à présent, ça vient d'autres choses, c'est du genre : « Oh, un enfant en colère, qui s'est rebellé contre ses parents d'accueil, qui les a insultés, insubordonné, bla, bla, bla. » Et je me dis :
 
Elijah Olise  
C'est ça.
Oui.
 
Raymond Johnson-Brown  
Mais tu ne serais pas en colère toi aussi, si on te forçait à faire quelque chose que tu ne voulais pas faire et que tu n'avais pas le choix ? C'est comme si tu étais perdant. Et donc, trouver des solutions, pour moi, je pense que ma réponse à cette question, c'est de trouver des solutions. Parfois, la vérité, c'est qu'il faut juste le faire, il faut juste s'en sortir.
et l'écriture, ainsi que la danse, m'ont permis d'imaginer un monde différent. Car l'un de mes professeurs m'avait dit, quand j'étais à la fac, que si on perdait espoir, on perdait tout. Et qu'on n'avait d'autre choix que de s'accrocher à l'espoir. Mais trouver des moyens d'exprimer sa colère de manière créative, d'exprimer
 
Elijah Olise  
Mhm.
Mhm.
Ohh.
Mmh.
 
Raymond Johnson-Brown  
la vision de l'avenir, le fait que cette période ne soit pas éternelle, qu'il s'agisse d'une période de transition, je pense que c'est vraiment ce qui m'a permis d'en arriver là où j'en suis aujourd'hui. Et ça n'a pas été facile, tout n'était pas rose. Ça a été dur. Il y a eu tellement de larmes et tellement...
de la colère et tant de choses. Je ne sais pas si tu as déjà dû suivre un programme de stabilisation parce que tu étais trop rebelle. J'ai dû en suivre un une fois. C'était sympa. C'est vrai. Tu sais, tu traverses toutes ces épreuves, mais ensuite tu arrives à un stade où tu comprends comment tout cela s'imbrique pour t'amener là où tu en es aujourd'hui. Et
 
Elijah Olise 
Tout à fait.
D'accord.
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
Et une fois que tu y arrives, cette clarté, cette valeur, c'est comme si... Je ne dirais jamais ça, mais les gens disent souvent : « Oh, ça doit être tellement triste d'avoir vécu tout ce que tu as vécu. » Et je réponds : « Non, je suis tellement reconnaissant pour tout ce que j'ai vécu, parce que ça signifie que je peux maintenant être cette personne pour les autres, pour d'autres jeunes. »
 
Elijah Olise  
M.
M.
 
Raymond Johnson-Brown  
d'autres personnes qui sont ballottées par le système et laissées pour compte, tu vois, jetées à la poubelle. Donc, ouais.
 
Elijah Olise  
Non, tu sais, avant de te poser une question, une dernière question, j'aime vraiment cette partie où, tu sais, quand tu étais dans le système et et et et quand on t'a en quelque sorte dit et et et la case, désolé, je n'utilise pas exactement les mots que tu utilises, mais
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
 
Elijah Olise  
Ça m'a juste fait parler, réfléchir, ça m'a fait penser à ce que tu viens de dire sur le fait de retourner dans le système après, tu sais, avoir atteint l'âge limite et après tant d'années. Et j'ai rencontré d'anciens travailleurs qui m'ont fait des compliments, tu sais, qui n'avaient que des choses gentilles à dire sur moi pour la plupart, sauf l'un d'entre eux. Mais c'est un raciste, donc.
 
Raymond Johnson-Brown  
M.
Mhm.
 
Elijah Olise  
Et genre, je ne suis pas du genre, genre, je ne suis pas du bétail ou quoi que ce soit. Genre, je dois respecter certaines règles et attentes avant d’avoir la possibilité de simplement vivre comme un enfant. Et pour être honnête, à l’époque, ils bafouaient beaucoup de nos droits. Et j’en suis convaincu. Et j’ai fait en sorte, genre, j’ai porté ça à un niveau supérieur, même quand j’étais dans le système.
Je disais : « J'ai un dossier en cours, on a des droits en vertu de l'ONU, et le Canada doit les respecter, et vous ne les respectez pas, n'est-ce pas ? » Et maintenant, ils me disent : « Oh, ils me parlent, ils me disent : "Oh, tu as toujours fait les choses à ta façon, et tu as réussi, et c'était toujours génial, et on pourrait... »
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Mm-hmm.
 
Elijah Olise  
Ils peuvent te dire ce qu'ils veulent, mais tu fais les choses de la mauvaise manière. Et je me souviens, je me suis dit : « Vous n'aimiez pas ça. » J'ai écrit des pages et des pages de réflexion, tu vois ? Mais la vérité, c'est que j'ai eu l'occasion, comme toi, de voir ces expériences sous un autre angle, ce qui me permet de savoir qui je suis.
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Mhm.
Mhm.
 
Elijah Olise 
Les gens peuvent remettre en question qui je suis, et je serai toujours capable de me défendre. Mais en arrivant à ce stade, je me dis : « C'est juste moi, c'est juste moi. » Mais Raymond, j'ai vraiment l'impression que cette conversation a abordé tellement de niveaux différents, tu sais, l'identité, l'appartenance, la créativité, et la façon dont on évolue dans des espaces qui ne nous montrent pas toujours comment faire.
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Mm-hmm.
Mm-hmm.
Oui.
 
Elijah Olise  
Comment gérer la complexité, n'est-ce pas ? Et avant de conclure, j'aimerais vous poser, je suppose, une dernière question, si nous en avons le temps. Que souhaitez-vous, je suppose, que les gens retiennent de cette conversation, vous savez, sur l'identité métissée et la manière de la vivre ?
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Je suis prêt. Je suis prêt.
 
Elijah Olise  
Euh...
En tant que jeune, ou plutôt, que devrait retenir un jeune… pardon, que pensez-vous que les gens devraient retenir de cette conversation sur l'identité métisse ? C'est en quelque sorte une question en deux parties : que souhaiteriez-vous qu'entende un jeune qui se construit une identité métisse, qu'il évolue au sein du système ou en dehors ?
 
Raymond Johnson-Brown  
Oui.
Mhm.
 
Elijah Olise  
Je veux dire, on a tellement parlé de ça, mais pas seulement de l'identité métisse, mais...
 
Raymond Johnson-Brown  
Mhm.
Non.
Ouais, ouais, mais je pense que c'est vraiment... Je vais revenir à la citation que j'ai déjà mentionnée. C'est juste ce que dit Joy Hardro, genre, parfois il faut se tracer sa propre carte, pas vrai ? Donc
 
Elijah Olise  
Oui.
Mme
 
Raymond Johnson-Brown  
Oui, si tu es métissé et que tu écoutes ça, et que tu vois d'autres personnes essayer de te mettre dans des cases, refuse cette case et dis : « Non, je suis oui », et Ariana Grande l'a très bien dit. Oui, et genre, tu sais, je suis ceci et je suis cela. Et sois ferme avec les gens et dis-leur : « Oui, je suis ceci et je suis cela. »
 
Elijah Olise  
Ann.
Ha.
Mm.
 
Raymond Johnson-Brown  
Et c'est normal, car c'est ce que signifie être humain : trouver des espaces pour raconter son histoire. Peut-être sur les réseaux sociaux. Les gens adorent raconter leur histoire. On peut tenir un blog anonyme et y partager des bribes de son histoire. Aujourd'hui, en 2026, il y a tellement de
 
Elijah Olise  
Mhm.
 
Raymond Johnson-Brown  
façons de diffuser son art et de le rendre visible. Et ça n'a pas besoin d'être parfait. Il suffit de diffuser quelque chose. Racontez votre histoire. Vous disposez de tant de plateformes pour partager et vous exprimer. Et vous avez tant d'endroits où vous pouvez le faire aujourd'hui. Alors profitez-en et tracez votre propre chemin.
Racontez votre propre histoire, créez votre propre univers, et et et et et...
Lâchez-vous. Je ne sais pas, comme dans la pub pour Tide : allez-y, lâchez-vous. Ce ne sera pas tout rose. Ce ne sera pas forcément facile, mais ça va arriver et ce sera ce que ce sera. Alors allez-y, lâchez-vous. Voilà pour conclure.
 
Elijah Olise  
Mhm.
Vous l'avez entendu ici, vous l'avez entendu ici en premier, les amis. Allez vous salir et ne les laissez pas vous mettre dans une case. Ce sont de bonnes phrases d'accroche, si jamais j'en ai entendu. Mais merci, Raymond, de vous être joint à nous et d'avoir participé à cet épisode avec moi et d'avoir eu cette conversation, vraiment, ça s'est fait tout naturellement et
 
Raymond Johnson-Brown  
Ouais.
Oui.
Oui.
Oui. Merci.
 
Elijah Olise  
Je vous remercie, comme toujours, pour votre temps et vos réflexions, et je vais y réfléchir moi aussi. On va se lancer, n'est-ce pas ?
 
Raymond Johnson-Brown  
Et merci de m'avoir invité. Je suis reconnaissant de participer à cette conversation et à ce podcast incroyable qui a déjà donné du pouvoir à tant de personnes et accompli tant de choses, je pense.
 
Elijah Olise  
Et à ceux qui ont écouté ce podcast jusqu'au bout, merci d'avoir suivi, vous savez, notre prochain épisode, comme notre Consortium canadien sur les traumatismes infantiles, et oui, merci beaucoup. J'apprécie le temps que vous m'avez consacré, et continuons la conversation.
 

Sunday Feb 15, 2026

 This month our committee member, Dr, Amanda Keller met with Dr. Jelena Komanchuk. Amanda and Jelena recently completed research exploring the sleep difficulties in Care experienced youth and adults. Dr. Komanchuk starts by sharing  findings from her research which looked at the quality of sleep of young people currently in kinship and foster care. Dr. Keller shares her PhD research which considered the experiences of older alumni of care (aged 30 and over), including some interesting findings on the quality of sleep in participating alumni of care. Together, Amanda and Jelena weave in and out of research findings, lived experience, and participant perspectives to create an insightful conversation about the vital importance of sleep, how trauma can impact sleep quality as well as some  tried and tested strategies to help with sleep difficulties. Throughout this powerful conversation, our presenters center the experiences of (former) youth in care as we always try to do here on Beyond the system.
 
Amanda Keller: Amanda Keller | Canadian Consortium on Child & Youth Trauma
Jelena Komanchuk: Jelena Komanchuk | Canadian Consortium on Child & Youth Trauma
 
Ressources cited in the episode:
Sleep tips for all ages from the Canadian Sleep Research Consortium: https://www.researchsleep.ca/sleep-tips
General resources for children with insomnia and other sleep problems https://mysleepwell.ca/cbti/managing-insomnia-in-children/
Insomnia and CBT-I for adults:
https://www.researchsleep.ca/insomnia
https://mysleepwell.ca/insomnia/
 
This episode is in English.
 
Ce mois-ci, notre membre, la Dr Amanda Keller, a rencontré le Dr Jelena Komanchuk. Amanda et Jelena ont récemment mené des études sur les troubles du sommeil chez les jeunes et les adultes ayant été pris en charge par la protection de l’enfance. La Dr Komanchuk nous présente d’abord les conclusions de son étude, qui portait sur la qualité du sommeil chez les jeunes actuellement pris en charge par des familles d'accueil. La Dr Keller partage ensuite ses recherches doctorales qui ont porté sur les expériences d'anciens jeunes placés (âgés de 30 ans et plus), y compris certaines conclusions intéressantes sur la qualité du sommeil des participants. Ensemble, Amanda et Jelena entremêlent les résultats de leurs recherches, leurs expériences vécues et les points de vue de leurs participants au fil de leur conversation perspicace sur l'importance vitale du sommeil, sur la façon dont les traumatismes peuvent avoir un impact sur la qualité du sommeil, ainsi que sur certaines stratégies éprouvées pour aider à surmonter les difficultés liées au sommeil. Tout au long de cette conversation passionnante, nos présentatrices se concentrent sur les expériences des (anciens) jeunes pris en charge, comme nous essayons toujours de le faire sur ce podcast.
 
Cet épisode est en anglais. La transcription traduite en francais est ici:
 
 
 
00:04:42 Dr Amanda Keller
Bienvenue dans notre dernier podcast intitulé « Restoring Rest : Sleep, safety, and healing across the foster care journey » (Retrouver le repos : sommeil, sécurité et guérison tout au long du parcours en famille d'accueil). Je m'appelle Amanda et je suis l'animatrice d'aujourd'hui. Je suis ravie de vous présenter notre invitée spéciale, le Dr Jelena Komenchuk. Aujourd'hui, nous allons parler un peu du sommeil et du placement en famille d'accueil, mais j'ai pensé qu'il serait intéressant d'en savoir un peu plus sur le Dr Jelena et ce qui l'amène ici aujourd'hui.
 
00:05:01 Dr Jelena Komanchuk
Merci beaucoup, Amanda. Je suis très heureuse d'être ici aujourd'hui et de parler du sommeil avec vous. Je suis infirmière diplômée et je suis également chercheuse postdoctorale à l'Université de Colombie-Britannique à Okanagan, un poste qui nécessite une formation supplémentaire après l'obtention d'un doctorat. J'occupe ce poste depuis deux ans et j'essaie de mieux comprendre le sommeil des enfants placés en famille d'accueil ou chez des proches. Je m'intéresse notamment à la durée du sommeil des enfants et à la fréquence de leurs réveils nocturnes. J'ai également interrogé des parents d'accueil et des proches aidants afin de connaître leur expérience en matière de sommeil et celle des jeunes enfants dont ils s'occupent, mais aussi de comprendre comment le sommeil influe sur les relations entre les aidants et les enfants. Nous avons lancé un projet visant à recenser les ressources disponibles en matière de sommeil pour les familles d'accueil et les proches aidants au Canada, car nous avons trouvé très peu d'informations sur ce sujet et les aidants nous ont fait part de son importance.
00:06:03 Dr Amanda Keller
Je trouve ce travail très important et intéressant, et il rejoint un peu celui que je fais moi-même. Je m'appelle Amanda Keller et je suis postdoctorante à l'Université de Montréal. Je viens de commencer ce poste, car j'ai terminé mon doctorat en juin à l'Université McGill. Ma thèse portait sur le bien-être tout au long de la vie des personnes qui ont été placées en famille d'accueil lorsqu'elles étaient enfants. J'ai donc interrogé des personnes âgées, et une partie de ce travail portait sur leur sommeil et leur santé. J'ai rédigé un article à ce sujet, dont je parlerai un peu aujourd'hui. Mais pouvez-vous me dire comment vous en êtes venue à vous intéresser au sommeil et au placement en famille d'accueil ?
00:06:55 Dr Jelena Komanchuk
Oui, lorsque je travaillais comme infirmière diplômée, j'ai exercé dans plusieurs domaines, mais je m'occupais notamment de nombreux enfants placés en famille d'accueil. En tant qu'infirmière diplômée, et probablement dans n'importe quel autre métier, il arrive que certaines personnes vous marquent et restent dans vos pensées, voire dans votre cœur. Beaucoup de ces enfants sont restés gravés dans ma mémoire et je pense souvent à eux. Quand j'étais bébé, mes grands-parents ont pris soin de moi pendant une période très difficile pour mes parents. Certains membres de ma famille proche ont également été placés en famille d'accueil. Quand j'ai décidé de faire des études supérieures, je voulais vraiment étudier les moyens de soutenir les enfants et les familles pris en charge. Nous savons que le sommeil est essentiel à pratiquement tous les aspects de la santé, comme notre santé physique, la santé de notre cœur, notre santé mentale, nos comportements, et même le fonctionnement des enfants et des adultes. Je pense que nous pouvons tous comprendre ce que c'est que d'avoir un sommeil vraiment mauvais et d'avoir plus de mal à fonctionner dans notre vie quotidienne et au travail, mais les enfants en font également l'expérience à l'école. Lorsque j'ai commencé mon poste de post-doctorante, je me suis intéressée au sommeil dans le cadre du placement en famille d'accueil, et j'ai été très surprise de constater qu'il n'existait pratiquement aucune recherche sur le sujet. Lorsque nous avons lancé notre première étude sur le sommeil avec des familles d'accueil et des proches aidants il y a deux ans, de nombreux aidants ont souhaité y participer.
C'était vraiment passionnant de voir à quel point les aidants étaient enthousiastes et je n'oublierai jamais l'une des premières aidantes qui a participé à l'étude et qui m'a dit qu'elle avait pleuré en voyant l'étude et que personne ne lui avait jamais vraiment posé de questions sur son sommeil ou celui des enfants dont elle s'occupait et que le simple fait de voir l'affiche de notre étude l'avait aidée à se sentir considérée.
 
00:08:59 Dr Amanda Keller
Exactement. Et parce que le sommeil est essentiel au bon fonctionnement des personnes et à la capacité des familles d'accueil à assumer leur rôle parental. Donc, si nous ne demandons pas aux parents d'accueil comment ils vont, comment ils dorment, comment dorment les enfants dont ils s'occupent, nous risquons de passer à côté d'un élément clinique vraiment essentiel et d'un élément sur lequel il est possible d'intervenir.
 
00:09:24 Dr Jelena Komanchuk
Tout à fait. Oui, c'est exactement ça. Et ce qui m'a vraiment intéressée chez vous, Amanda, c'est de savoir ce qui vous a amenée à vous intéresser au sommeil.
 
00:09:34 Dr Amanda Keller
C'est une très bonne question. Mon intérêt pour le sommeil vient en fait de mon expérience personnelle. J'étais une enfant gravement traumatisée et, lorsque j'étais en foyer, au début, je dormais trop. Mais au milieu de mon adolescence, j'avais vraiment du mal à m'endormir et à rester endormie. Et bien sûr, après avoir quitté le foyer, j'avais beaucoup de mal à m'endormir et à rester endormie, je pouvais me réveiller 20 ou 30 fois au milieu de la nuit. Et le matin, après avoir eu beaucoup de mal à dormir, je me souviens ne pas me sentir bien. Je me souviens avoir eu du mal à me souvenir de mes rendez-vous et à arriver à l'heure. Et je me souviens que les gens avaient une véritable intolérance à cela, comme si vous n'étiez pas au sommet de votre forme,
ils ne pouvaient pas comprendre. Quand je suis allée à l'université, j'ai réalisé que je me passionnais vraiment pour les résultats du placement en famille d'accueil, et j'ai lu de nombreuses études sur le placement en famille d'accueil, sur la situation des personnes, le pourcentage de personnes scolarisées, le pourcentage de personnes pouvant travailler après le placement en famille d'accueil. Et je voyais que les chiffres étaient assez catastrophiques en ce qui concerne les jeunes qui avaient atteint l'âge limite pour bénéficier du placement, leur situation. Mais je me demandais toujours : « Et le sommeil ? Si quelqu'un ne travaille pas, ne va pas à l'école et n'a aucun projet de vie, comment dort-il ? Comment va-t-il mentalement et physiquement ? » C'est une question qui me venait à l'esprit chaque fois que je lisais ces articles.
J'ai donc ajouté un questionnaire sur le sommeil à mon étude, car c'est quelque chose qui, selon moi, manquait vraiment dans la littérature. Oui, j'aurai donc un peu de temps pour présenter certaines de mes conclusions, mais pourriez-vous nous en dire un peu plus sur ce que l'on sait des enfants, du sommeil et du placement en famille d'accueil ?
00:11:50 Dr Jelena Komanchuk
Oui, absolument. Je pense que ce que vous venez de partager trouve vraiment un écho et correspond parfaitement à ce que nous observons dans la littérature. Et le fait que les gens aient pu vous manifester de l'intolérance lorsque vous aviez des difficultés à fonctionner me touche particulièrement, car je pense que cela nous rappelle à tous qu'il ne faut pas faire de suppositions et qu'il faut faire preuve de patience et de curiosité à l'égard de ce qui peut se passer dans la vie des autres et qui, vous le savez, peut rendre les choses difficiles. Merci beaucoup d'avoir partagé cela. Je pense que c'est quelque chose auquel je vais continuer à réfléchir, car c'est très important. Nous ne savons jamais vraiment comment quelqu'un dort ou ce qu'il vit, mais une grande partie de ce que vous avez partagé se retrouve dans la littérature. Et il n'y a pas eu beaucoup de recherches menées à ce sujet. L'un des projets sur lesquels nous avons travaillé consistait à examiner toutes les recherches publiées jusqu'à présent sur le sommeil et le placement en famille d'accueil et chez des proches.
Des éléments tels que le nombre d'heures de sommeil par nuit des enfants, la rapidité avec laquelle ils s'endorment, leur niveau de repos pendant la journée.
J'ai bien entendu ce que vous disiez à ce sujet. Les recherches menées jusqu'à présent montrent que les troubles du sommeil sont très fréquents chez les enfants placés en famille d'accueil ou chez des proches. Cela ne signifie pas que tous les enfants souffrent de troubles du sommeil, mais... en moyenne, les enfants et les adolescents placés en famille d'accueil ou chez des proches semblent avoir plus de mal à s'endormir que les autres enfants de la communauté.
Et lorsqu'ils se réveillent la nuit, ils ont plus de mal à se rendormir. Je vous ai entendu parler de sursommeil, et certaines recherches, peu nombreuses, ont montré que les enfants placés en famille d'accueil peuvent dormir plus longtemps que les autres enfants. Ensuite, selon le groupe d'âge, il y a beaucoup de choses communes, comme le fait que les enfants font plus de cauchemars et de terreurs nocturnes que les enfants qui ont été adoptés, par exemple, et qu'ils sont également très susceptibles de faire pipi au lit.
Nous constatons également que les enfants et les adolescents placés en famille d'accueil ou chez des proches reçoivent beaucoup de prescriptions pour dormir, et qu'on leur donne souvent des somnifères en vente libre comme la mélatonine, ce qui n'est pas surprenant quand on voit à quel point les troubles du sommeil sont fréquents. Lorsque nous avons interrogé les personnes qui s'occupent d'eux, elles en ont parlé. Elles ont parlé des médicaments et de toutes ces autres choses, mais elles ont également parlé de ce qui, selon elles, affecte le sommeil des enfants placés. Les aidants ont expliqué qu'ils pensaient que les expériences traumatisantes empêchaient les enfants de se sentir en sécurité pour s'endormir la nuit. Des choses comme le changement de foyer et la complexité que cela implique, car il y a tellement de choses à prendre en compte, mais par exemple, les enfants peuvent être placés dans un nouveau foyer au milieu de la nuit avec un nouveau responsable, tout est nouveau, et cela peut être très effrayant. Et puis, l'autre chose qui m'a vraiment frappée, c'est que les enfants recherchent du soutien et une co-régulation pendant la nuit. Une étude que nous avons trouvée a révélé que près de neuf enfants sur dix se déplaçaient dans le lit d'une autre personne pendant la nuit lorsqu'ils étaient placés en famille d'accueil ou chez des proches. Lorsque j'ai abordé ce sujet avec les parents d'accueil lors des entretiens, ils m'ont dit qu'il était très difficile de dormir, car ils n'étaient pas autorisés à dormir avec les enfants placés chez eux ni à partager leur chambre, à moins d'obtenir une autorisation spéciale du ministère. Cela se passe en Colombie-Britannique. Et les enfants ont vraiment besoin de ce soutien pendant la nuit. Ils se sont donc inquiétés de la manière d'aider les enfants pendant la nuit. Je pense donc que ce sont là les difficultés, mais je peux également parler de certaines des façons dont les aidants peuvent aider les enfants à dormir. Je suis également très intéressée par les résultats de vos recherches.
00:15:56 Dr Amanda Keller
Oui, mes recherches portent sur une période un peu plus tardive de la vie des gens.
J'étais donc très intéressée par...
travailler avec des personnes de plus de 30 ans qui avaient été placées dans leur enfance.
J'avais donc 41 participants à mon étude, âgés de 30 à 85 ans.
J'avais une échelle sur le sommeil appelée « Échelle de qualité du sommeil ».
J'avais aussi une échelle sur leur réseau de soutien social et une autre sur leur santé.
J'avais également un questionnaire démographique très long, dont une partie était plus spécifique à leur expérience en famille d'accueil.
 
Je leur ai donc posé des questions non seulement sur leur âge, la composition de leur famille, les revenus de leur famille et ce genre de choses, mais aussi sur leur expérience en famille d'accueil.
Et j'ai découvert que l'une des corrélations les plus fortes dans mon travail était que les personnes qui rapportaient des expériences très négatives en famille d'accueil rapportaient également des troubles du sommeil persistants dans leur vie actuelle.
Et cela, plusieurs décennies après leur placement lorsqu'ils étaient enfants.
Ma première réflexion a donc été que
que cela était probablement dû au fait qu'ils avaient été traumatisés pendant leur placement et qu'ils avaient ensuite des troubles du sommeil plus tard dans leur vie, se souvenant de ce qui leur était arrivé ou parce que leur physiologie du stress avait été altérée d'une manière ou d'une autre.
Mais ensuite, je me suis rendu compte que cela pouvait aussi être dû au fait que ces enfants avaient des troubles du sommeil lorsqu'ils étaient enfants, qu'ils avaient plus de problèmes de comportement lorsqu'ils étaient placés, qu'ils avaient peut-être été déplacés plus souvent lorsqu'ils étaient placés.
Les troubles du sommeil auraient donc pu commencer plus tôt.
Et comme j'ai posé des questions sur un seul moment de leur vie, je ne peux pas
être certaine de la part de traumatisme subi pendant leur placement qui a affecté leur sommeil plus tard, par rapport à la part de traumatisme subi avant le placement, par rapport à la part d'autres facteurs, comme des troubles du sommeil qui durent toute leur vie.
Mais cela indique que
si nous pouvions intervenir au niveau du sommeil, si nous posions plus de questions sur le sommeil et si nous identifiions plus tôt les enfants qui ont des difficultés à dormir, nous pourrions peut-être prévenir certains de ces problèmes de sommeil plus tard dans leur vie.
Et pourquoi est-ce important ? Eh bien, la première question que j'ai posée était : quels sont les facteurs associés à une mauvaise qualité de sommeil ?
La deuxième question était : comment les gens évaluent-ils leur santé ?
Les personnes qui estimaient avoir un sommeil de mauvaise qualité estimaient également avoir une santé de moins bonne qualité.
Et cela s'est vérifié pour de nombreux facteurs de contrôle.
Le sommeil est donc important, car il a une incidence sur notre santé tout au long de notre vie.
Et c'est quelque chose sur lequel nous pouvons agir.
 
00:19:01 Dr Jelena Komanchuk
Oh mon Dieu. Absolument. Je pense que c'est très important. Je pense que parfois, nous considérons le sommeil comme acquis, n'est-ce pas ? C'est quelque chose que l'on fait tous les jours, mais qui est tellement important pour notre fonctionnement, notre bien-être et notre état de santé. Mais comme vous le dites, il y a aussi ces effets à long terme. C'est donc très important.
Je suis d'accord, il est très important que nous discutions des moyens d'intervenir et aussi de normaliser le fait de demander de l'aide si vous avez des difficultés à dormir, de savoir que les gens ne sont pas seuls, que les difficultés et les troubles du sommeil sont courants. Et donc, si cela vous arrive, sachez que vous n'êtes pas seul, que cela arrive aussi à d'autres personnes, mais qu'il existe des solutions et des possibilités de soutien pour mieux dormir, et peut-être dès le plus jeune âge. Nous pouvons ainsi essayer de changer les habitudes de sommeil afin que les gens aient moins de troubles du sommeil plus tard dans leur vie.
 
00:20:08 Dr Amanda Keller
Que pensaient les familles d'accueil de l'impact du sommeil sur le parcours des enfants dans le système d'accueil ?
 
00:20:20 Dr Jelena Komanchuk
Oui, donc les familles d'accueil, l'une des choses qui m'a un peu surprise et à laquelle je ne m'attendais pas, et ce n'était pas une question que j'avais posée, mais cela a été évoqué dans quelques entretiens, c'est que le sommeil peut en fait avoir une incidence sur les placements.
Les aidants en ont parlé, car le sommeil est étroitement lié, n'est-ce pas ? Le sommeil d'un enfant est lié à celui de l'aidant et probablement à celui de ses frères et sœurs. Ainsi, si un enfant ne dort pas bien, son aidant ne dort probablement pas bien non plus, et les autres enfants de la maison peuvent également avoir des troubles du sommeil en fonction de ce qui se passe la nuit.
Tout le monde a alors du mal à fonctionner pendant la journée, et les aidants ont du mal à être les meilleurs aidants qu'ils souhaitent être et à faire tout ce qu'ils souhaitent faire pour s'occuper au mieux des enfants. Ils peuvent rencontrer des difficultés au travail. Et les enfants ont alors des difficultés comportementales. Tout est donc vraiment lié. Les personnes qui s'occupent des enfants ont déclaré : « Je me sens tellement frustrée parce que le comportement de l'enfant est plus difficile, mais j'ai aussi du mal à gérer mon propre comportement. » Le sommeil devient donc une chose vraiment très difficile et importante dans les familles. Et les aidants, quelques-uns d'entre eux ont dit que sans soutien, les troubles du sommeil sont l'une des choses qui pourraient mettre fin au placement dans leur foyer, ce qui pourrait entraîner, vous savez, la nécessité de placer l'enfant dans un autre foyer s'ils ne parviennent pas à gérer le sommeil en raison de l'impact considérable que cela a sur la famille. Et ils ont également dit qu'ils ne voulaient pas que cela se produise. C'est quelque chose qu'ils ne veulent absolument pas voir arriver. Je pense donc que c'est quelque chose qui a une incidence, bien sûr, nous avons également parlé de la façon dont cela affecte le fonctionnement de la famille, les enfants et leur comportement, ainsi que le bien-être des aidants. Mais c'était une chose à laquelle je ne m'attendais pas. Et je me suis dit : « Waouh, c'est tellement important. C'est quelque chose dont nous devons parler, réfléchir et interroger les familles, puis leur offrir un soutien.
 
00:22:29 Dr Amanda Keller
Eh bien, je pense que cela soulève également beaucoup de questions pour moi. Je pense aux personnes que j'ai interviewées et qui ont été placées en foyer d'accueil lorsqu'elles étaient enfants, et je me demande combien d'entre elles se sont retrouvées en foyer d'accueil en partie à cause de troubles du sommeil, n'est-ce pas ? Certaines des personnes que j'ai interviewées ont changé 18 fois de placement parce qu'elles ne pouvaient pas rester dans une famille. Imaginez un enfant qui passe par 18 familles d'accueil et établissements différents, à quoi ressemble son parcours pendant son enfance ? Bien sûr, je ne peux pas le savoir, mais je serais très curieuse de savoir si, en accordant plus d'attention au sommeil, on identifierait davantage les troubles du sommeil chez les enfants placés en institution, car cela pourrait vraiment être un domaine d'intervention clé pour les jeunes enfants, mais aussi pour les anciens pensionnaires. Donc, lorsque nous examinons les recherches, quelles seraient les meilleures recommandations si, par exemple, quelqu'un écoute ce podcast et qu'il est parent d'accueil ou si quelqu'un écoute ce podcast et qu'il a lui-même grandi en institution ? Quelles seraient les principales recommandations concernant les mesures à prendre à la maison sans nécessairement demander l'aide d'un médecin ? Et à quel moment pensez-vous qu'il faille consulter un médecin ?
 
00:23:58 Dr Jelena Komanchuk
Je peux d'abord vous parler un peu de ce que les aidants nous ont dit dans la ville, de ce qu'ils ont fait et de ce qu'ils ont trouvé utile. Ensuite, je peux vous en dire un peu plus sur ce que nous savons en matière de recommandations générales. Et nous pouvons ajouter un lien pour que les personnes intéressées puissent en savoir plus à ce sujet. Mais les aidants familiaux et les aidants apparentés, et j'ai ajouté les deux parce qu'il y a certaines différences entre les deux : le placement familial est généralement effectué par une personne qui n'est pas un parent ou qui n'est pas connue de la famille, tandis que l'aide apportée par un parent ou un ami proche de la famille est une aide familiale. Les aidants m'ont dit qu'ils pensaient qu'il pouvait y avoir des différences en matière de sommeil en fonction des ressources auxquelles les familles ont accès et du degré de familiarité de l'enfant avec la famille. C'est pourquoi je continue à faire la distinction entre les deux.
Ils ont évoqué de nombreuses stratégies qu'ils ont utilisées et qui se sont avérées utiles, mais ils ont également souligné que chaque enfant est différent. Ainsi, bon nombre de ces stratégies consistent à trouver ce qui fonctionne pour l'enfant et la famille, n'est-ce pas ? Mais il y avait clairement certaines idées cohérentes issues de leur expérience qui fonctionnaient vraiment. De leur point de vue, ils ont donc mentionné des choses comme les routines du coucher, qui peuvent varier en fonction de l'enfant. Il peut s'agir de la lecture ou du bain, mais le bain peut être apaisant pour un enfant et excitant pour un autre. Cela dépend donc vraiment de l'enfant. Avoir une structure et une cohérence aide les enfants à dormir. Ils ont beaucoup parlé de la nécessité d'avoir un environnement où les enfants se sentent en sécurité, car n'oubliez pas qu'ils ont expliqué que, selon eux, le manque de sécurité est peut-être ce qui affecte le sommeil des enfants. Voilà donc quelques-uns des points principaux.
Ils ont également évoqué les moyens de modifier l'environnement de l'enfant. Par exemple, mettre en marche un appareil diffusant des sons dans la chambre la nuit, installer des stores occultants ou une lampe tamisée dans la chambre. Certains aidants ont également évoqué des considérations d'ordre sensoriel, comme l'utilisation d'une couverture lestée, mais si une famille est placée en famille d'accueil, l'aidant doit en discuter avec l'assistant social ou avec ce que nous appelons le ministère du Développement de l'enfance et de la famille en Colombie-Britannique, car il peut y avoir des règles concernant l'utilisation de ce type d'objets. Et puis les aidants ont fait des choses vraiment... J'ai trouvé cela très inspirant, ils ont vraiment défendu les intérêts des enfants dont ils s'occupaient. Il existe toutes sortes de règles concernant le partage de chambre. Ils demandaient donc à pouvoir partager leur chambre avec les nourrissons afin que ceux-ci puissent les entendre respirer, par exemple, et savoir qu'ils étaient à proximité s'ils se réveillaient pendant la nuit. Les éducateurs s'allongeaient également sur le sol dur dans les chambres des enfants, afin d'être présents et proches d'eux pendant qu'ils s'endormaient. Je pense que ces actions témoignent d'une grande réactivité, d'un lien fort, et qu'elles contribuent également à la sécurité des enfants. C'est ce que nous ont rapporté les éducateurs, mais il existe certaines stratégies générales qui, d'après ce que nous savons, peuvent être efficaces pour le sommeil dans la population générale. Je tiens toutefois à préciser que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre certaines nuances ou déterminer s'il existe des différences dans le cadre de la prise en charge par la famille élargie, mais je pense tout de même que ces éléments correspondent à ce dont j'ai parlé et qu'ils constituent un excellent point de départ. Nous laisserons donc un lien, Amanda, dans les notes du podcast au cas où les gens souhaiteraient en savoir plus. Car ces informations proviennent du Consortium canadien de recherche sur le sommeil. Elles sont toutes fondées sur des preuves issues de la recherche. Il s'agit donc de choses comme la prévisibilité, les routines douces au coucher, trouver des activités relaxantes avant de se coucher. Des objets réconfortants peuvent être très utiles, comme une couverture spécifique que l'enfant aime. Des horaires réguliers et essayer d'avoir des activités pendant la journée. Je pense à cela pour moi-même. J'ai une journée très active. Je dors mieux la nuit, mais je fais attention à mes activités pendant la journée et à faire des activités plus calmes juste avant de me coucher. Et aussi au confort sensoriel dont nous avons parlé. Je pense donc qu'une couverture lestée pourrait être une option en fonction de l'âge de l'enfant. Ce sont donc vraiment des choses qui sont déjà recommandées et que beaucoup de parents faisaient déjà, et ils ont constaté qu'elles étaient efficaces pour aider les enfants à dormir.
00:28:59 Dr Amanda Keller
Je pense que ce sont toutes d'excellentes idées pour les jeunes enfants placés en famille d'accueil. Auriez-vous des conseils à donner aux adultes qui ont été placés lorsqu'ils étaient enfants ?
00:29:16 Dr Jelena Komanchuk
Oui, et nous ajouterons un lien. Nous ajouterons donc quelques liens. Premièrement, si vous êtes un aidant et que vous vous intéressez au sommeil des enfants, mais aussi si vous êtes un adulte et que vous souhaitez améliorer votre propre sommeil, nous pouvons également vous proposer un lien vers le Consortium canadien de recherche sur le sommeil. Il existe en fait certaines similitudes entre les adultes et les enfants. Par exemple... Vous maintenez une routine, afin d'avoir des horaires réguliers pour vous coucher et vous lever, en essayant d'avoir des horaires similaires. Il faut également être actif pendant la journée, puis avoir des activités apaisantes et relaxantes avant de se coucher, comme des étirements et de la méditation guidée. C'est la même chose pour les enfants, mais il faut aussi penser à la chambre et à l'environnement dans lequel vous vous trouvez, si possible, pour essayer de dormir dans une pièce fraîche et sombre.
Si vous utilisez un appareil diffusant des sons, choisissez des sons très réguliers, comme le bruit de la pluie, par exemple, plutôt que d'allumer la télévision où les voix des gens varient, ce qui peut réveiller les gens et rendre plus difficile l'endormissement et le retour au sommeil. Il en va de même pour les enfants, mais ce que vous mangez et buvez pendant la journée peut également affecter votre sommeil. Vous pouvez en savoir plus à ce sujet en cliquant sur le lien si cela vous intéresse, mais vous savez, il faut éviter de consommer de la caféine tôt dans la journée, plutôt que dans l'après-midi. Et l'alcool, même si les gens pensent parfois qu'il les aide à dormir ou qu'il les rend somnolents, peut rendre le sommeil plus difficile pendant la nuit. Voilà donc quelques conseils généraux pour bien dormir. Il y a quelque chose de très intéressant, que j'ai fait hier soir en fait, car il est tôt le matin. Nous avons cette conversation tôt le matin. J'essayais donc de m'endormir un peu plus tôt que d'habitude et j'avais un peu de mal. Je pensais à des choses. Il existe donc ce qu'on appelle le « shuffling cognitif » (ou « mélange cognitif ») et nous pouvons l'ajouter à cela, en tant que lien, et cela est fondé sur des preuves. Ce concept a été créé par la science. L'idée est que si votre esprit est en ébullition, ou même s'il n'est pas en ébullition, mais qu'il passe d'une pensée à l'autre, que vous pensez aux choses que vous devez faire le lendemain, ou que vous avez simplement du mal à vous calmer le soir, vous pouvez utiliser ce concept appelé « shuffling cognitif ». Vous pensez à un mot de cinq lettres qui a probablement une signification neutre pour vous, comme « danse », neutre ou positif, mais pas quelque chose qui vous donne des pensées négatives. Ensuite, vous passez en revue le mot et vous commencez par la lettre D et vous pensez à cinq mots qui commencent également par la lettre D. Par exemple, « chien », « audacieux » et « vous ». Une fois que vous en avez trouvé cinq, vous passez à la lettre A et vous continuez, puis vous pouvez commencer un nouveau mot. Cela aide à réguler vos ondes cérébrales, en imitant en quelque sorte ce qui se passe pendant le sommeil. C'est donc une stratégie que les gens peuvent utiliser à tout moment.
00:32:24 Dr Amanda Keller
C'est incroyable. Je n'avais jamais entendu parler du « cognitive shuffling » auparavant. C'est donc quelque chose que je vais moi-même rechercher dans les ressources que vous allez me communiquer et que nous mettrons en ligne lorsque cette émission sera diffusée. Je trouve que cela semble vraiment intéressant. À quel moment pensez-vous qu'il faille consulter un médecin ? Imaginons que nous lisions des articles sur l'hygiène du sommeil ou que nous essayions la thérapie cognitivo-comportementale, mais que cela ne fonctionne pas pour nous. À quel moment diriez-vous qu'il faut en parler à son médecin ?
 
00:33:05 Dr Jelena Komanchuk
Oui, si l'on y réfléchit, les gens ont peut-être déjà entendu parler de l'insomnie.
En fait, la thérapie cognitivo-comportementale est le traitement de première intention. La thérapie cognitivo-comportementale pour l'insomnie est le traitement de première intention pour l'insomnie. Mais des mesures telles que l'hygiène du sommeil, comme une chambre fraîche et sombre, l'utilisation d'un appareil à sons apaisants et le fait de ne pas regarder d'écran avant de se coucher, ne suffisent pas pour traiter l'insomnie. Ainsi, si une personne a du mal à s'endormir, se réveille pendant la nuit et a du mal à se rendormir, ou a des difficultés à rester éveillée pendant la journée, et que ces symptômes sont souvent combinés, et que cela se produit trois nuits ou plus par semaine pendant au moins trois mois, il est possible que cette personne souffre d'insomnie. Il est très important de parler à votre médecin traitant de vos troubles du sommeil et des stratégies qui pourraient vous aider à mieux dormir. Il pourrait vous recommander une thérapie cognitivo-comportementale pour traiter l'insomnie, car c'est actuellement le traitement de première intention. Nous ajouterons donc un lien au cas où certaines personnes souhaiteraient en savoir un peu plus à ce sujet. Cette thérapie est souvent dispensée par des psychologues, ce qui peut être coûteux. Mais un mouvement s'est mis en place pour offrir davantage d'options et rendre cette thérapie plus accessible à tous.
Il existe donc une version en ligne. Lorsque nous avons discuté de ce sujet, j'ai beaucoup réfléchi à ce qui est disponible pour les personnes qui ont vécu en famille d'accueil ou chez des proches et qui souffrent de troubles du sommeil. Je n'ai trouvé aucune étude portant spécifiquement sur la TCC-I, c'est-à-dire la thérapie cognitivo-comportementale pour l'insomnie chez les personnes ayant vécu en famille d'accueil ou chez des proches. Mais certaines études montrent qu'elle contribue à améliorer le sommeil des personnes souffrant de syndrome de stress post-traumatique. Et je pense que l'un des thèmes qui revient souvent aujourd'hui est que les traumatismes ou les difficultés rencontrées pendant l'enfance ont un impact sur le sommeil. Nous inclurons donc cette information au cas où certaines personnes souhaiteraient en savoir un peu plus. Et, vous savez, je pense que mon plus grand espoir est que si quelqu'un qui nous écoute rencontre des difficultés, il sache qu'il n'est pas seul, qu'il puisse contacter son médecin traitant et qu'il sache qu'il existe des solutions qui ont aidé d'autres personnes à mieux dormir.
 
00:35:42 Dr Amanda Keller
Je vous remercie vraiment d'avoir partagé tout ce que vous savez sur la qualité du sommeil, l'hygiène du sommeil et les difficultés rencontrées en famille d'accueil. C'est un sujet très intéressant pour les anciens élèves qui écoutent peut-être ce podcast, car c'est quelque chose qui leur a probablement échappé. Par exemple, s'ils ont connu des difficultés dans leur enfance et que personne ne leur a posé de questions à ce sujet, et qu'ils continuent à en souffrir à l'âge adulte, il est normal que cela arrive à de nombreuses personnes qui ont été traumatisées dans leur enfance. C'est un problème physiologique.
Et c'est quelque chose pour lequel il y a de l'espoir, car il existe des ressources, des traitements et des solutions. Et il y a des choses que vous pouvez faire chez vous pour améliorer ces aspects. J'espère donc que tous ceux qui écoutent ce podcast se sentiront inspirés à parler à d'autres personnes de leur sommeil et à leur faire savoir que ce n'est pas grave. Et n'oubliez pas que vous méritez de vous reposer et que demander de l'aide pour dormir est un signe d'attention et non un signe de faiblesse. Je tiens donc à vous remercier, Jelena, et à exprimer ma gratitude aux auditeurs qui nous ont suivis jusqu'à la fin.
00:37:02 Dr Jelena Komanchuk
Merci beaucoup, Amanda.
C'est vraiment génial, je suis ravie d'être ici. Et si je peux ajouter une autre chose, si vous travaillez avec des familles d'accueil ou des familles élargies, je vous encourage à penser également au sommeil et à interroger les gens à ce sujet. D'après tout ce que nous avons vu jusqu'à présent, il semble que le sommeil ne soit pas toujours abordé de manière systématique. Réfléchissez donc à des moyens d'inclure cette question dans vos soins aux familles d'accueil et aux familles élargies. Cela pourrait être, par exemple, en tant qu'infirmière diplômée, infirmière, médecin ou travailleur social, ou même, vous savez, en tant qu'enseignant travaillant avec des familles. Je pense qu'il existe vraiment de nombreuses possibilités de donner la priorité au sommeil et de réfléchir à la manière dont nous pouvons soutenir les familles qui fournissent des soins dans le cadre de l'accueil familial et de la prise en charge par la famille élargie. C'est formidable.
Dr Amanda Keller
Eh bien, merci beaucoup.
 
 

Thursday Jan 15, 2026

Pour faire suite au dernier épisode du podcast du CCTEA qui portait sur la parentalité chez les anciens jeunes placés, cette fois-ci c’est au tour de Annie et de Janis de nous parler de leur conceptualisation de la famille, et comment leur rapport à la famille a été façonné par le fait d’avoir grandi sans la présence régulière de leurs parents biologiques. Puisque Annie et Janis ont eu des trajectoires de placement très différentes, leur perspectives dresse un portrait de différentes  visions possible de la famille, et comment la famille se construit pendant et suite au placement.
Cet épisode est en français. 
 
 
Following  from the last episode of our CCCYT podcast, which focused on parenting experiences among former  youth in care, this time  Annie and Janis share how they conceptualize family and how their relationship with family was shaped by growing up without the regular presence of their biological parents. Since Annie and Janis had very different placement trajectories, their perspectives provides different possible visions of family and how family is built during and after placement into Care.
This episode is in French. A translation of the full episode transcript is available below:
 
Transcript:
 
Introduction: Anaïs Cadieux Van Vliet
Welcome to Beyond the System: former youth in care, empowered by experience. Hosted by the Canadian Consortium on Child and Youth Trauma, Beyond the System is conceptualized and produced by a committee of lived experts who are former youth in care and advocates. Following on from the last episode, which focused on parenting experiences among former youth in care, this time it's Annie and Janis's turn to share how they conceptualize family and how their relationship with family is shaped by growing up without the regular presence of their biological parents. Since Annie and Janis had very different placement trajectories, their perspectives provide different possible visions of family and how family is built during and after placement into care. This episode is in French. You will find a translation of the full episode transcript in the show notes. We hope you enjoy listening to this episode as much as we enjoyed making it.
Annie
Hello, today we are with Janis and Annie, two former youth in care. Today, the topic we will be discussing is family. Janis decided to stay in touch with her biological family, while Annie decided to cut ties. That's what today's  podcast will focus on.  
Janis
Yes exactly.  Annie, how did you decide to stop talking to your biological family?  
Can you explain why? And how?
 
Annie
 To make a long story short, I was placed in foster care at the age of 2, and I went back and forth between my biological family and foster families several times. When you're young, you love your mom and dad, you love them, you carry them in your heart. They're still our parents, the people who matter most to us. But as you grow up, you lose some of that naivety and you understand certain things. For me, the realization came quite early, around the age of 10, I think. I understood that my parents, whom I now refer to as my progenitor, had not played their role of parents. That's how I started to distance myself from progenitors. But it's not like, you know, I say that, I call them my progenitors, but I didn't do that from the age of 10. I called them Mom and Dad in my everyday life, and it was only at the age of 25, during my last therapy sessions, that I decided to call them progenitors to differentiate between Luc and Pauline, who are now my family, the ones I consider my mother and father, but I don't call them Mom and Dad. It's something, it's a word I'm not really able to say, like I'll never tell you I'll never call my mother Pauline mom or Luc dad.  When I have (called them mom or dad), I kind of reacted like, "Oh my God, I'm sorry..." They're like: “you know, it's okay.” I'm not an adopted child. That's something you should know too, that I wasn't adopted. It's something I wish Youth protection Services had permitted, for me to be adopted. To this day, my biological father is deceased and my biological mother is still alive, and then, It's still kind of heartbreaking, like, OK, is she OK, is she not OK? But at the same time, I haven't spoken to her in a long time, but on the one hand, I'm fine. But the little Annie inside me would like to hear from her, so that's kind of how I feel about my biological family and my family today.
Janis
Do you ever feel like talking to her even though you've cut off contact? Do you have any questions or things you'd like to ask her?
Annie
I would say that there are times when I catch myself thinking about her, but at the same time, I don't really want to know how she's doing. But the part of me that doesn't want to know how she's doing is really the grown-up Annie of today, on the cusp of 30, who doesn't need that toxic person in her life. But the little Annie deep down inside me is like, you know, I'd like her to care about me, to wonder how I'm doing, what I'm going to do with my life, what my favorite color is. Then you know, it's just about being interested in me because my mother always introduced me as, “hey, this is my daughter, she has beautiful eyes, and she's beautiful.” But I think my good, I think. I believe I have much more value than just my physical appearance. Yes, I am a beautiful woman, but I have skills, I have ambitions, I have dreams. It's something that when your family knows you at your core, they're usually interested in the person you want to become.
Janis
Yeah, it's not just about looks.
Annie
No, that's it, I mean, that's how it is today, too, it's all compliments. But I have more difficulties because I'm like, but I'm not just beautiful, I have other things, I have other things I'm capable of doing in life than just being beautiful, if you want to put it that way. But you're different from me. You decided to stay in touch with your biological parents. Why and how did you come to that decision?
Janis
Well, because when I was very young, my mother was a single parent. You should know that I have two brothers and a sister, but we're all half-siblings. So the brother who was with me and my mother is the one who raised me. There's a nine-year age difference between us. So he was like a father figure to me until I was nine. When he was nine, he placed himself into foster care, so he left, and my mother, since she had never really taken care of me and wasn't capable of taking care of a child, she sent me to a foster family. But throughout my placement, it was always the same. Sure, like I said earlier, she wasn't a very emotionally present mother, like she never understood my needs 100%. But she did provide me with all my basic physical needs. So if I needed, I don't know... Help with food, help with... You know, it was very material, she was my motherbut she was a rather superficial person. And she said so herself, for her, physical appearance is important. And that's something she passed on to me. For me, my physical appearance has become important, how I look. Because for her it's important, it was the first thing. Then after that, until I was 23 or 24, we kind of had a falling out, and now I'm a bit torn about whether I want to keep talking to her or not. Because I love her, I adore her. She's my mother. She did her best, and today, I understand why she is the way she is. You know, I know that at the end of the day, her goal was not to hurt me, but I know that she has her own demons that she hasn't healed. But in any case, it affects me so negatively that I have a hard time continuing in this situation. I have a hard time seeing myself, OK, but in the long run, what will a relationship like this lead to? Because it's toxic. In a way, it's like she still sees me as a child, she still treats me like Janis, 9 years old, before I was placed in foster care, so you know, it isn't a normal dynamic, if I can say that, between a mother and her child. we can't have normal conversations or she's not really interested in me and wants to build something solid. So that's why I love her the way I do, but at the same time, it really hurts me to keep talking to her. As for my father, I have no contact with him. I see him once in a while, but I don't want to have anything deep with him. You know, it's very superficial, like, "Hi, how are you? " I also have a little sister, she's 20 and I'm very close to her. I grew up with her from the age of 12 to 18. Then, when I was 18, I decided to move into an apartment, but we have such a special connection. I don't have that connection with anyone else in the family, and I really love her as if she were my baby. I don't know how to explain it. Right now, she's going through a difficult phase, and we're definitely a little more distant, but I feel that with time, when she gets older, when she understands things, you know, we'll reconnect and it'll be like it was before. And I have another brother, who is basically my father's son, and my little sister, who is my father's daughter. I don't see him as often because he lives far away, but I still have a normal relationship with him.    And I'm in close contact with my father's side of the family, so when I see my aunts and uncles, I'm really happy. They ask me how I'm doing sometimes, but it's like once a year. So they're not very present. You know, they're not like, "Hey, are we going to do something this weekend? Are we going to the cottage? Are we going skiing?" No, we really just see each other at Christmas, and that's pretty much it. So for me, it's kind of hard to really have the connection I need with them. But at the same time, I need them in my life because I grew up with them. They've always been there in their own way. So I didn't feel like I had no one.
Annie
You have brothers and sisters, but so do I. I only found out I had brothers and sisters when I was a teenager. Well, I had my little brother who followed me, who followed me to my foster families before, and then later, at age 15, I found out that we were a large family. On my mother's side, there were eight of us, and on my father's side, there were nine. But I didn't know any of them. How did I find out? My mother took out the YOUTH PROTECTION files and put them on the table, saying, "Read this." It was a huge pile of paper, all the YOUTH PROTECTION files. Then I tried to connect with them during my teenage years. As a teenager, you're already trying to figure out who you are as a person. Imagine discovering that there are new people in your life, new members of your family. It's something that's quite shocking, shocking and challenging. And all that. Then you say, okay, I'll give it a shot, I'll find a place for them in my life. Then finally, after meeting some of these people, I realized that they're really toxic people who take advantage of you or want something from you. So I decided to cut ties with them completely, to not create any connection with them. Then I really reconsidered in 2018, when my father died. There was a request that people come to the funeral. And my siblings were there saying how my father was the perfect man. He was the dad who was there. He was full of love, he was there for his children. Then there was me, like, "But we don't live in the same world!" I mean, I experienced abuse, I experienced violence, I experienced that, and I I don't understand how you can love someone like that, but at the same time, I had forgiven my father for everything he put me through, telling myself that it was normal.  Those were the years when I was most fragile. Then, during my therapy , I realized that what my father had done to me, whether in the bedroom, with his belt, or with the rulers, wasn't something a child is supposed to experience. It's not something a child should have to go through, so it's clear that it's not... They're not healthy people, that's not what family life is about, that's not it. That's not the love a father should give his child. But I realized that really late in life. But when I arrived at Luc and Pauline's house, I really bonded with Luc. I was really close to Luc, I did everything with Luc. Luc is really ambitious. He has plans, he's always running around, and you know, those who know me today, I can't sit still, and Luc and I are the same, we can't sit still. If we're sitting, it’s like: "Let's go, we've been sitting too long, let's do something!" And I'm that kind of person in life, always doing something, and relaxing is really difficult for me, but that's something Luc passed on to me, he's my foster dad, but he's my dad today, and he passed that on to me. And whenever I talk about my parents, I'll say Luc and Pauline, but that's it, I think that's... we... Our family is made up of the people we decide to put at the center of our lives. That's it.
Janis
How would you define the concept of family for young people who have been placed under the care of Youth Protection?
Annie
Well, I think, I would say that Youth Protection breaks up families, if you will, but that's not their goa,l of course. We can all agree that the Youth protection services want to ensure that young people are safe, and can return to their family environment if at all possible. But the thing is, when we young people are removed from our environment, we think it's our fault. We think we're the problem. But in the end, we're not the problem. Because most young people who are placed in foster care or in shelters or homes or institutions for young people, it's not because we're the problem, but because the problem started with parents who are unable to take care of their children, who didn't take their parental responsibilities seriously and who had children for whatever reason. Then they weren't able to take on their role as parents. So I think the word "family" is something very difficult to define because we don't have a family, we don't have the standard family model.. So we have to find our bearings to create that family, which we may never have known or don't know where to situate “family” in our lives. Because it's... If I take the example of myself in elementary school. For most kids, it was their mom or dad who picked them up from school, but for me, it wasn't my mom and dad who picked me up, it was like a guardian who picked me up to take me home, and it was, you know, it's like, "OK, well, I'm different from the others." Or, on weekends, there were family dinners and stuff like that, but I never experienced that before I came to live with Luc and Pauline, family events. So you know, before, I would see my friend who had gone shopping with my mom on the weekend, but I never really experienced going shopping with my mom before I came to Luc and Pauline's, where I would go with Pauline, we would go to little shops and then we would eat a chocolate bar and it was like, Oh, that was the best weekend activity! But that's it, it's about learning to make room for the people who are really good for you, who make you feel good, who can become your family. What about you?  
Janis
Hmmm... I think it's complicated when you're a young person in foster care because often you know you've had toxic relationships with your biological family, you know. And this is really a generalization, but you've been raised in chaos. So when you've experienced that, later on in your relationships, subconsciously, that's kind of what you're going to look for. You know, you don't want chaos, but if you're not living in chaos, it's going to be so unfamiliar that you won't feel like you belong. So I feel like with the concept of family, you really have to work on yourself, and you really have to understand where you come from, and try to heal your traumas as much as possible, so that you can then be able to accept healthy relationships. I don't know if that's clear, I don't know if it makes sense.
Annie
Yes, in life you have to surround yourself with people who are good for you and remove relationships that are toxic.
Janis
But I feel like when you haven't done the work or when there are things you don't understand, you're not going to be drawn to healthy relationships. Since you haven't experienced that kind of thing in early life.
Annie
Yeah, of course you want to turn to people who are like you. And I think that's how we function in life, turning to people who are going through the same things or who have experienced the same things. You know what I mean, young people in care, often end up creating a sense of family with other former youth in care, because they can relate to what the you, as a former youth in care have been through.
Janis
Yeah, it's  like a shared generational trauma.
Annie
Yeah. But there are also many whose past has shaped who they are today. Their past is still very, very present. And I would say that for me, it's really, you know, I mean, we don't all have the same resources, we may not have had the same level of support. But for example, for me, on that journey, I try to leave the past behind me as much as possible because it's too toxic for me. It makes me, it makes me feel a lot of emotions. And I don't want to always feel sorry for myself because I had this or that. But yes, I'm going to talk about it sometimes because it makes me the person I am today. And you know, now I understand why my mother was... why she acted that way, why my father acted the way he did. But when I say I understand... It's not... I understand because I understand their wounds, but they're repeating the same pattern they experienced. I'm the one who decided to break that pattern, to break that pattern of living in a healthier atmosphere.
Janis
I'm going to answer the question a bit differently.
Annie
Yeah...?
Janis
So, how can the concept of family be redefined? I think it's about breaking generational patterns and traumas. You know, not doing what your parents did. And now that you've seen what that leads to, you know, a toxic family, you can reach out to people or recreate a family, you know, with new foundations, new values, you know, really rebuilding something for the better.
Annie
For the better, Yeah. And I think it's really important to highlight that it's not the children's fault in the family situation. You know, I remember a meeting I had with my progenitors, And my “dad” said to me, "Annie, you're the pillar of the family. Thanks to you, we're a family." But I'm 16 at that point, I'm not supposed to be the pillar of the family. You know, the foundations should have been laid and upheld by my progenitors back then, not by me. I was like, I should have been the roof of the house,  who's going to climb the ladder and live on into the future, all that. But instead I’m being the pillar, I'm the one supporting everyone. Like... as a child, you just have to learn to live and then, when you turn 18, you have to fly the nest. That's what it should have been. But that's not what my experience has been. So there you go.
Janis
Yeah, you were under a lot of pressure.
Annie
But that's how it was.
Janis
Having to grow up too fast.
Annie
Well, that's why we, youth in care, often mature too quickly, and then we skip parts of our lives that we should have perhaps lived more fully when we were young.
Janis
Well said.  How can relationships with other people, whether friends or mentors, replace or complement what biological kinship cannot offer?
Annie
Well, I would say that... I always say that family is just, it's not a question. It's... like, my mother gave me life, she gave me some of her blood, but that's all. I don't mean to sound heartless, but she really just gave me life, that's all she did. But it's still a lot what she did, because otherwise I wouldn't be here today. But she didn't teach me anything about life. You know, I had to learn on my own, I had to learn from the people around me. And I think, you know, I was in foster care from age 2 to 10. And those people are no longer in my life today, but when I arrived at Luc and Pauline's house, who are now my parents and whom I consider my parents. You know, they worked hard, they made me the woman I am today. You know, they took the time to sit down with me. They took the time to listen to me. They took the time…
Janis
To get you to talk more?
Annie
To get me to talk, yes, that's something I didn't do before them, but to get me to talk, but also to take the time to be there for my successes. You know, when I first went to live with them, they made me repeat my fourth year. And you know, I was really angry. In fourth grade, we agree that it's still young, but I was like, I'm going to be the youngest in my class, the oldest in my class the following year. Then all summer long, Luc and Pauline bought a math workbook. I remember it was black and orange, I really remember the workbook, and every day I had to do math problems. And at first, I think it was like two or three problems a day, at first, I could spend the whole day at the table doing that, and I would cry and be like, don't make me do this, and it was like, whether you cry or you don't cry, like you don't want to do it, you're going to stay seated, you have to do it, you have to grow from this learning experience.
We were going camping as a family. We brought my workbook, I did this the math problems on the camping picnic table. I sat it in the woods, and I had to do my math while my brothers and her foster family went to play in the pool or at the park. I did my problem. And as the weeks went by during the summer, well, it took me five minutes. I did my problem and then I had the whole day to myself. Because something just clicked. So when I started fourth grade again in September, I was the best in my class. I was the one who knew everything. So, you know, at first I was really angry. Then, when it got easier, I was really... My God, I can do this. And you know, Luc and Pauline didn't just give me a roof over my head, a room, and clothes; they gave me support, they encouraged me. You know, at school, Luc and Pauline always demanded I get grades of 70% or higher. At first, I was like, "Oh, that's ridiculous." But when I got 70% or higher, I was proud of myself. Then when I got below that, well, yes, it's true that I was like, "Oh, really? I failed to do well, I didn't succeed," but at least I understood more. Out of 100% of the material, I understood at least 70% of what we had to learn, I was, and still am, performing better than I absolutely needed to, and that's something they passed on to me too. And now, as the mother of a 2-year-old boy... You know, my model of a family, is Luc and Pauline. It's, you know, dinners at the table. For me, I think it's important to spend time with the family. I think it's important to go out, do things like that, and pass on something healthy to Mathis because the foundation of our family is me and Martin, not Mathis. So that's something that's really, really important to me. And I also think that family, once again, isn't about blood ties, because the person I consider my sister, my best friend, is Julie. She knows me inside out.  And when I'm not doing well, when I'm doing well, she can tell. She's be able to tell me the truth, like a big sister would, on a daily basis. Today, Cassiel, who is my godson, is Julie's son, but that means we're a family. I mean, we're going to be together for life. And Julie is my son's godmother, so you know, we created this family, and yeah, Julie and I really have a certain chemistry that people don't understand. I mean, we see each other or call each other  in the morning, we chat about life, but we'll see each other or talk again at the end of the afternoon, and we'll be like, we see each other in the morning, we chat about everything, but we'll see each other at the end of the afternoon, and we'll have as much to say to each other as if we hadn’t seen each other in the morning, and people were like, come on, that's crazy. And yeah, but that's how it is, we always have something to say. And we call each other all the time, we're always on FaceTime, you know, we really have a certain connection and we have it. We told our husbands when we met, like when she met her boyfriend, and when I met my boyfriend: “I'm becoming your girlfriend, but I just want to tell you that my best friend isn't far away, like she'll be in the background, and she'll approve a lot of decisions”, but that means that today she's my family, she's someone close to me. And I want to say, Julie and her parents are like my parents too, like we're close, I know them, I go to family dinners. Julie, my family knows Julie and vice versa. So it's really, she's part of my family, and the whole family that lives with Luc and Pauline. Well, you know, Pauline's mother and father, you know, they became my grandparents, the aunts who are there. You know, even today, Ben, my aunt Linda, Ben is Luc's sister. Ben, you know, I see her regularly, we talk. So all these people are really important, and also. It's just that Luc and Pauline when... I keep saying Luc. And Pauline, but it's Luc and Pauline, when we go into their foster family environment, we're not... They didn't tell the other family members... "Annie has been placed here for such and such a reason." It's like: Annie is at home, she's here so we can help her, so we can support her. Then as they grew up, they learned my story. Then it was like, "Oh, I see..." So you know, my aunt Linda, I see her regularly, and she's only come to know my story for just a few years now.
Janis
Yeah, sometimes it takes longer to tell them your story, yeah. I don't have any specific examples, maybe a few friends. But I would say that what mentors or friends have given me is emotional and psychological support. You know, I really missed out on that when I was younger, and the fact of feeling seen, listened to, understood too, that's something that helped me a lot. I think that the friends and mentors we have in our lives are people we've chosen, so they're often people we have more affinity with, more chemistry with, as you were saying with Julie, and they're people who see us for who we really are. You know, they're people who, I feel, love us for who we are, who sometimes see our value more than even we see for ourselves. And I feel like it's like... It fills a certain void that my family wasn't able to fill when I was growing up. You know, I say a lot that they're not present, but it's true that not only are they not physically present today, but also when I was younger, psychologically, emotionally, they weren't present nor were they emotionally intelligent people. It's a void I've had in my life. So meeting people today who see me for who I am, who make me feel listened to and understood,  that really, really helps me heal, and to trust myself more and love myself more.
Annie
But I think it's also important to say that sometimes the people who are going to help us, who are going to accept us, are the ones who don't label us as "a ward of the state." And it feels good in society not to feel different from others, because people are often like, "Oh, they're a ward of that state, that's why they..."; But in the end, we have basic needs, and other needslike everyone else, in the sense that we just want to be loved and appreciated for our true worth. Well, I think you know today, you know, Luc and Pauline, I mean Julie and my in-laws, you know, they're people who accept me for who I am now, in the present day.  And even if I've been through this or that, it doesn't change anything in how they see me, in the person I am today. And again, it also informs the image we want to project, well, the image I want to project- that young people care can absolutely succeed in life. So, that's something I really want to promote and... But that's it, to change this image that young people in care won't succeed, and that we're really different. You know, we can build ourselves up, we can rebuild ourselves and move forward.
Janis
Yeah, I really feel like society has a negative perception of young people who are in care or who leave care. You know, they often think we're bums or that we'll end up homeless or that we have no ambition, that we'll be on welfare our whole lives. You know, it's often really negative stuff. But talking about it like we are today, you know, talking about our dreams, saying where we are in life, I think small actions like that can change society's perception. Then at one point, someone asked me, are there people who feel sorry for you or who have felt sorry for you because you were a ward of the state? And I was like, yeah, in my own family some people think that way, you know, because whether you like it or not, on my father's side, my father is the black sheep. You know, he's the only one in the family whose children were placed into care. All his other brothers and sisters have done well in life. They have good jobs, they're highly educated, they're mentally healthy, and their children are doing well. So my grandmother, you know, she feels sorry for us when she sees that. She's like, “oh my God, my only son has failed.” Plus, he's her only son. Every time she sees me, my grandmother is like: "I'm so proud of you, it wasn't easy, was it? How did you get through all that?" Yes, I find that nice because she has compassion. But at the same time, I'm like, I don't want to be seen like that my whole life. Yes, I didn't have it easy, yes my father had the life he had, but at some point, you also have to look at who I am today and what I've accomplished. You can't just look at what I didn't have.
Annie
But you see, I find that... You know, on the one hand, your grandmother reacts like that, I find that... It's good, but at the same time, on my side, no one cared where I was when I was taken into care. Since I don't have any family who came to me and said, "Oh, you could come stay with me”. Because usually, before placement into other care arrangement, they usually try and place you with a family member, such as an aunt, a grandmother, a grandparent. But that never happened for me. No one decided to take me under their wing to help me. It's only at 16-17 years old that family members revealed: “Ah, we knew you existed, but…” Well, basically “we knew you existed” but nothing else. OK, so you waited 16 years of my life to tell me you were alive, that you were my sister, that you were my brother. And meanwhile, I was just trying to survive in this crazy world, trying to understand what I had been and was being put through... I thought I only had a mother and a father. So you know, the whole cousin thing, grandparents, I didn't really know what that was like when I was young. It was only really when I arrived at Luc and Pauline's house that I understood that family wasn't just a mother and a father. But that's just it. There's no one who decided to help me. You know, today, well, I decided to cut ties with members of my bio family because it's... you know, people telling me that I think I'm better than others because I went to school and worked to get a good job. I don’t need that.  I'm like, well, I helped myself and that’s what got me to where I am today. That's what I often say to people, well, to young people who are like, but I don't have this, that, that... well, I didn't have all that either,  handed to me on a silver platter. I worked, and above all, I took the help that came my way, you know? Someone reached out to me, and I accepted it. And that's how I think the people who make up your family are, a little bit like that, they want to help you, they're there for you, and they want to see you grow and move forward in life.
Janis
What role does family or chosen family play in your future plans?
Annie
Well, I became a mother. I became Mathis's mom in 2022. It was a dream that, despite everything I had been through, I cherished from the bottom of my heart. Then, when I became a mother, I was told that trauma from my past might re-emerge from the fact of becoming a parent, that I would relive things that had affected me deeply. Matisse, is now 2 years old, and at the age of 2, that's when I was put into care, it was my first placement. So right now, I would say that it's a bit of a challenging period, as I sometimes doubt my role as a mother and wonder if Matisse will have a good life. You know, those are the questions I ask myself, but at the same time, I know that Mathis is in good hands. I mean, I'm a great mom. I'm really there for my son, but at the same time, I look at Mathis, and I  think, well, at that age, my body was covered in bruises. And you know, I had things that were difficult, but again, I look at Matisse and the only thing I want to do is give him big hugs and kisses, play with him, and all that. So sometimes I don't understand. Once again, little Annie doesn't understand, why my progenitors put me through all of that.  When I was in my twenties, I'd give talks in schools, and at the end ofone talk, a lady came up to me. She told me she was really touched by my story and that she would write to me on Facebook. She wrote to me on Facebook, and we chatted and exchanged messages. It was really strange, you know, not strange in a bad way, but  she said, know how it's really strange, like there are so many similarities in our families. So we're talking and she says, "Do you know so-and-so?" And I'm like, you know, I don't really know my biological family, so I have no idea. We keep talking and talking. Well this woman has a name, her name is Nancy. So turns out Nancy is my cousin, but my biological cousin. And her father is my mother's brother. It's like life really do work out so well, so Nancy and I decided to stay in touch, and we're still in touch today, and I met her father, who is my mother's brother, and I was able to find answers about why my mother was like that, and why she did certain things. And you know, Nancy's dad told me that he had cut ties with my mother because she was taking advantage of the system and having children for the money. Because every time they took a child away from her, it was like, no big deal, I'll just have another one. So I knew I was made for financial benefits. I'm at peace with that decision today, but also, I know I was create and born for financial gain, and that's why she gave me life. And you knos, as the young girl I used to be, that's the question I often asked myself. Why am I here, why was I born, why am I part of this world? Why give me life and then leave me to my own devices? I didn't ask for any of this, and yet I was made to live through it all. And the only reason I can understand is that you just wanted to have children for money, but now I have trauma and I have wounds, I have scars. It's a crime. You could have just not given me life. And you know find another way to make money, like getting a job.
Janis
You're really strong to see look at it like that. If it were me, I’d be…
Annie
…But also like that, during an activity that you and I did together, there was a man who shared how much he didn't understand how we could come to call our mother and father “progenitor”, and that he was frustrated, and then he looked me straight in the eye and said, "How would you react if your son called you a procreator? " And you know, I'm still reeling from it today. I feel like if Mathis ever called me that, I will have failed in my role as a mother, even though I give 110% every day with Mathis to live up to being a good mom, that one day he would call me that because...Well, I really don’t think it will turn out that way… Like, I decided to have a child, and I'm going to take care of him until I can't take care of him anymore, which is to say until I'm in my grave. I want Mathis to have... I want Mathis to have a family life, the family life that I would have liked to have had from the age of 2 onward. And you know, they often say that the emotional bond starts when you're a baby, so I'm that bond. At age 2, the only bond we need, is mainly the closeness of our parents, the warmth, the love I never had. So now, you know, it makes me kind of emotionally dependent, and I always need to be reassured. I need to, but you know, today I'm able to work on that.
Janis
Yeah, it's about learning to live with it, and that takes time—it's normal.
Annie
Yes. And I don't want to recreate the same pattern. You know, Mathis, I don't want him to experience the same "shit " that I did. And, like, yes, right now, it's hard in some ways, in the sense that I see him growing up. And I'm like, Oh my God, I went through things like that! It's hard for me because I'm reliving things from my past, but I know Mathis won't go through that. And that's okay, it's 100% okay!
Janis
Yeah!
Annie
It's 100% fine, but... That's it. And you know, like Mathis, he's a little baby, well he's a little... He's a spoiled little boy. He's really spoiled. Then I. It's something that Martin and I are like, he'll know that he's spoiled, and that he's really lucky to have a family that loves him, buys him things, and is there for him. And that's something that in life, you always have to be grateful to those around you. And I'm super grateful that my mother-in-law, and Aunt Sylvie, and my parents  look after Mathis when we need them to, and that they are there to help us and make us meals because sometimes during the week we can't manage, because Mathis is sick, because I'm tired, or whatnot. So that's what family is all about, supporting each other when times are tough, but also being there when things are good and everything is going well. So that's it.
Janis
I have a difficult question, you don't have to answer...
Annie
Go ahead, yeah….
Janis
If child protective services came back into your life to take Mathis away, how would you feel?
Annie
Oh wow, that would be like…. I would have failed somewhere, for sure. But I would really... I can't even imagine Mathis being taken away from me. I don't understand how my parents agreed to have their own children taken away from them. I mean, I go away for a weekend to a cabin with my best friend or with friends, and you know, my God, I miss my son. If he were taken away from me permanently, every day? I would have really failed as a mother. No! I can't even imagine Mathis being taken away from me. It's something that, that... No, I... No, I can't answer you any other way. It really makes me feel so... It gets to me, it's... You can't take Mathis away from me. And you know, when you're a mom, you wonder a little bit about what you were like before you were a mom. Like, what did I do before I had a child? It's like I don't know anymore. You know, there are a lot of people who, well, a lot... our family members like to look after Mathis, and they enjoy having him for a few days, and it's good for me because I can rest, but sometimes I feel like, Ah, I have a day off, what in the world will I do? But it's also about taking the time to rediscover myself as a woman and as a person, because before I was a mom, I was someone. Well, I am someone, I am a woman, I am a friend, I am a partner, I am... am a friend. So, that's also about finding a certain balance in who I am as a person.
Janis
And from what I understand, how you see the future with Mathis and with your family is that you want to create something you would have liked to have had as a child, is that right?
Annie
Yes. I want to, you know, I want to raise Mathis as best I can, and you know my role models are definitely Luc and Pauline in terms of what they taught me, whether it's in...Whether it's succeeding in school or, you know, just giving an example, but you know, let's say Luc, who's really good with his hands, he works in construction and has his own business. But you know, Luc, before he starts a project, he always makes a plan, always a plan on paper, you make a draft. But today, I'm like that, I'll make a draft and then I'll execute my plan. Because I already have a foundation, so these are things I want to focus on with Mathis, but I also want Matisse to have happy childhood memories, filled with love. And you know what? I want that. Once again, I say that Mathis is really spoiled because I mean, my life isn't just about getting gifts, but it's about those precious moments with family that I would have liked to have had. It's family dinners. And Christmas isn't just about gifts, and it's not just Santa Claus saying, "Oh, I'm bringing you lots of gifts." But you know, it's family dinners, it's games during the evening. It's about sharing, taking the time to connect with the people you love, and that's really important.
Janis
For me? For me, I would say that since things are a little unclear right now, my relationship with my family is about accepting them the way they are today and not expecting too much. Not to hope that overnight they'll be more present or that it will be more reciprocal. Just to accept the situation as it is and, for my part, focus on the people who are there for me, my friends. Maybe eventually I'll be in a relationship, and then I'll be able to start my own family, but really focus on the people who show me they love me and with whom I can really invest my time in the long term.
Annie
That's beautiful. What advice would you give to young people who are perhaps searching for themselves? Who are trying to find their place in society, who are trying to build themselves up, build a world around them?
Janis
I would say that it's really about taking the time to get to know yourself. I think that's what really helps lay the foundation. Then you can build your own path. What about you?
Annie
Well, I say, once again, it's about trusting in life. I think that life is still good despite the obstacles. And I say that in life, nothing happens for no reason. It's something I say every day, and I still believe it. If your parents are no longer your parents, there's something else in store for you. If you've decided that they're no longer your parents, there's something else that's going to happen. Someone will come along at the right time and be there for you. Because, you know, we all end up alone, we're all going to die alone, but in our lives today, we have the right to be surrounded by people and to receive all the love we need.
 
 

Tuesday Dec 16, 2025

In this episode Amanda and Marie share their insights as professionals, and as parents on parenting after leaving care. This episode is in English. 
 
Dans cet épisode, Marie et Amanda nous partagent leurs perspectives en tant que professionels et en tant que parents anciennement jeunes placés sur la parentalité après la transition à l'âge adulte. L'épisode est en Anglais. La traduction du verbatim de l'épisode est disponible ci-dessous.
 
 
Transcription
 
AmandaBonjour à tous,  nous sommes ici pour notre deuxième podcast et, aujourd'hui, nous allons parler un peu de l'expérience de devenir parent après avoir été placé en famille d'accueil à l’enfance. Je voudrais donc vous présenter Marie Christian, qui est ici avec nous et qui apporte ses connaissances grâce à son rôle au sein de Voices, Manitoba. Voulais-tu te présenter ?
 
Marie
Je m'appelle Marie. Je suis l'ancienne directrice de Voices, le réseau des anciens jeunes placés du Manitoba, où j'ai acquis la plus grande partie de mon expérience professionnelle concernant les besoins et les expériences des parents ayant été pris en charge par les services sociaux à l’enfance. Bien sûr, j'ai ma propre expérience personnelle, ayant moi-même été prise en charge par les services sociaux puis étant devenue mère peu après, mais j'ai beaucoup appris des jeunes du réseau et je suis heureuse de partager avec vous une partie de cet apprentissage aujourd'hui.
 
Amanda
Je m'appelle Amanda et je suis une personne ayant été placée en famille d'accueil qui est également devenue mère. Je suis donc devenue mère à 25 ans. Ma fille a maintenant 15 ans. Vous pouvez donc deviner mon âge. Mais j'ai également été clinicienne. J'ai donc travaillé avec des jeunes sortant du système pendant environ huit ans et j'ai contribué à la création du réseau d’anciens jeunes placés au Québec, appelé CAREjeunesse. Dans le cadre de ces deux fonctions, j'ai beaucoup interagi avec des parents ayant été placés lors de leur enfance. Je suis aujourd'hui chercheuse et une partie de mes recherches portent également sur la parentalité le placement. Je vais donc vous parler un peu de tout cela.
Marie Puisque tu as mentionné le moment où vous êtes devenu parent, je suis moi aussi devenue parent. C’est drôle, si vous essayez de faire le calcul pour deviner mon âge, vous vous tromperez, mais ce n'est pas grave. Je suis donc devenue mère à 19 ans et mes enfants ont aujourd'hui 30 et 25 ans, mais vous ne pouvez pas calculer mon âge, et nous expliquerons pourquoi un peu plus tard dans l'épisode.
 
Amanda
OOOH J'adore !  Hum, d'accord, donc la première chose que nous voulons dire, alors que nous entamons cette conversation, c'est que le rôle de parent est difficile pour tout le monde. (Marie : Mhmm !)  Et c'est quelque chose qu'il est vraiment important de reconnaître, car les personnes qui n'ont pas été placés sont confrontées à des difficultés dans leur rôle parental, et en tant qu’ancien jeune placé vous pouvez rencontrer des difficultés dans votre rôle de parent sans que cela ait un rapport avec votre placement en protection de la jeunesse.
 
Marie
Tout simplement parce que les enfants ne viennent pas avec un mode d'emploi, et que chaque enfant est différent.
AmandaExactement. Chaque parent est différent et parfois, les différents âges sont difficiles pour différentes personnes. Oui. Hum, et donc, nous allons parler de la parentalité en relation avec le fait d'avoir été placé en enfance, car il y a certains défis qui viennent du fait de ne pas avoir été élevé par sa famille d'origine, peut-être de ne pas avoir eu de soutien intergénérationnel, par exemple. Nous allons donc approfondir un peu ce sujet aujourd'hui. Hum, alors tout d'abord Marie, dis-moi, hum, à quel moment es-tu devenue parent ?
 
Marie
La raison pour laquelle il serait difficile de calculer mon âge actuel par rapport à celui de mes garçons est que je suis devenue mère par choix. À l'âge de 19 ans, les enfants de ma sœur ont été placés en famille d'accueil et le système m'a donné l'ultimatum suivant : soit je devenais leur tutrice légale, soit ils resteraient en famille d'accueil. À l'époque, leur première expérience, c'était à l'époque où les enfants étaient placés dans des hôtels. Rien qu'en les entendant raconter cela, je me suis dit NON. Et d'après l'expérience de mes propres frères et sœurs, qui ont tous été séparés et placés dans différents foyers d'accueil, je ne voulais pas que cela arrive à ces garçons. J'ai donc choisi de devenir leur tutrice. Ils étaient très jeunes lorsqu'ils ont emménagé chez moi. Et euh, nous avons dû trouver une solution ensemble. Alors pourquoi suis-je devenu parent ? Parce que je ne voulais pas qu'ils vivent la séparation de leurs fratrie. Euh, comme mes frères et sœurs et moi l'avons vécu quand nous étions plus jeunes.
 
Amanda
C'était un choix très courageux et je suis vraiment heureuse que tu as pu être là pour eux.
 
Marie
 Je pense que c'est un choix très « 19 ans ». Je me souviens que certains adultes de mon entourage à l'époque me disaient : « Non, tu es juste au début de ta vie, tu viens de commencer l'université, le monde t'appartient, bla bla bla... ». Mais il y a quelque chose de merveilleusement courageux chez les jeunes de cet âge, ce sens de justice sociale qui leur fait dire « Non, je refuse que ç se passe comme ça! »... Est-ce que j'aurais eu le même courage et la même audace aujourd'hui ? J'espère que oui. Ce n'était pas quelque chose que je voulais pour eux et bien sûr, mis à part le fait que je ne voulais pas les séparer, je les aime. Ce sont mes neveux. Ce sont mes meilleurs amis de toute façon, mais en plus de cela, je veux simplement plus pour eux qu'une expérience en foyer.
 
AmandaHmm. Eh bien, mon parcours vers la parentalité a été un peu différent. Euh, je savais dès mon adolescence que j'allais avoir des problèmes de fertilité, euh, et je suis tombée enceinte par hasard à 25 ans. Un peu plus jeune que je ne l'aurais souhaité si j'avais pu le planifier. Mais je savais qu'il y avait une chance que si je ne menais pas cette grossesse à terme, je n'aurais jamais d'enfants. C'était donc un choix. Dès que j'ai appris que j'étais enceinte, j'étais ravie et je voulais avoir mon bébé, mais c'était plus tôt que si j'avais eu la possibilité de m'établir dans ma carrière et financièrement. J'aurais préféré attendre quelques années. Il y a eu des difficultés financières et une adaptation brutale à la parentalité, car j'étais en train de faire ma maîtrise lorsque je suis tombée enceinte. J'ai quand même terminé mes études, ce dont je suis très fière. Mais cela a également été un défi. Oui, c'était un peu plus tôt que je ne l'aurais souhaité.
Marie
C'est très bien quand même. Je suis fière que tu aies réussi à terminer ta maîtrise ! Avec un nouveau-né. Si quelqu'un regardait mon dossier scolaire à cette époque, oh non. Je n'ai pas trouvé le bon équilibre entre le travail, les études et l'éducation des enfants. Il fallait donc faire un choix. C'est devenu... les études ont dû attendre et je me suis concentrée sur la recherche d'un emploi et l'éducation des garçons. Je suis donc heureuse que tu aies réussi à terminer tes études.
 
Amanda
Oui, c'était un défi, mais le timing était parfait, car j'ai découvert que j'étais enceinte pendant que je rédigeais ma thèse. C'était une maîtrise avec thèse, et j'ai donc soumis ma thèse avant d'accoucher, mais j'ai dû faire des modifications,  juste après sa naissance. Je me souviens que ces modifications ont été très difficiles, car j'ai eu un accouchement très difficile. Mais c'était quelque chose qui... Oui. Oui. Je suis contente d'avoir réussi. Oui. Peux-tu nous dire où tu en es dans ton parcours parental ?
Marie
 Eh bien, je suis maintenant à l'étape du nid vide, donc l'une des choses que nous défendons vraiment dans le réseau d’anciens jeunes placés, c'est cette politique de la porte ouverte. Ce n'est pas parce qu’un jeune a atteint la majorité qu’il ne devrait plus  revenir au milieu d’acceuil ou de bénéficier de soutient, et mes garçons ont... Ils ont exercé ce droit à plusieurs reprises pendant leur transition vers l'âge adulte, ce qui ne me dérange pas du tout. Donc, mon plus jeune fils, il a déménagé. Oui, je crois qu'il avait 21 ans. Il est tombé amoureux et elle vit à l'autre bout du monde. Il est donc parti vivre avec elle et n'est revenu qu'une seule fois, pour travailler un peu plus avant de repartir s'installer définitivement là où elle vit. Mais mon fils aîné a fait plusieurs allers-retours. Et je pense que cette fois, c'est définitif. Je pense, je pense que cette fois-ci, ça va durer. Je pense donc que je suis dans la phase du nid vide.
Amanda
Mais c'est formidable d'avoir pu être là pour tes neveux et leur apporter le soutien dont tu n'as pas bénéficié à cet âge charnière, n'est-ce pas ?
Marie
Tout à fait. Et tu sais quoi ? Chaque fois que je rentre à la maison et que mes épices ont disparu, qu'il n'y a plus d'huile d'olive parce qu'il a pris la bouteille supplémentaire dans mon placard, qu'il n'y a plus de papier toilette parce qu'il a pris tout le paquet, sachant que sa tante pouvait en racheter, ça ne me dérange pas, en fait je préfère ça.
Amanda
Oui, j'adore ça. Il se sent suffisamment en sécurité pour rentrer à la maison. Oui, oui, oui, Tu es son point d’accroche C'est incroyable.
 
Marie
Et toi, où en es-tu ?
Amanda
Euh, ma fille a maintenant 15 ans. Elle entre en quatrième année du secondaire ici au Québec. Il lui reste donc deux ans d'études secondaires, puis elle ira au CEGEP. (Marie : oh, wow !) Oui... Et c'est fou de voir ce processus, n'est-ce pas ? Parce qu'elle va commencer à passer son permis de conduire dans un an et, euh, oui. Et je n'avais personne pour m'apprendre à conduire moi, n'est-ce pas ? Et donc, c'est comme si je découvrais ce que c'est que d'être parent d'une adolescente qui fait des erreurs et qui n'est pas jugée pour cela, et qui a toujours un filet de sécurité, donc elle n'a pas peur de me dire quand elle fait des erreurs. Et oui. C'est une expérience différente. Et euh, quelle étape de la parentalité as-tu le plus appréciée ?
Marie
Eh bien, je pense. Hum, l'étape que j'ai le plus appréciée est différente pour les deux garçons. Je pense... Oh mon Doux. Tu sais quel était mon rêve d'enfant ? Grandir, me marier, voyager à travers le monde avec mon mari, puis revenir et avoir six enfants. Et puis, que tous mes enfants invitent tous leurs amis à la maison. Nous aurions donc une immense table dans la salle à manger. J'ai toujours adoré les enfants. Je ne peux donc pas choisir une étape préférée. J'ai des souvenirs préférés de presque toutes les étapes, et je trouve que mes garçons étaient tellement mignons. Mais si je devais en choisir une, je pense que pour mon plus jeune fils, mon étape préférée avec lui était celle de ses 12 à 17 ans, qui peut être très tendue, car c'est l'âge où ils essaient d'affirmer leur propre pouvoir et de trouver leur propre identité, mais c'était tellement merveilleux de le regarder. Il est tellement extraverti. Il va vers les gens, leur parle, les écoute et a de bonnes conversations sur des sujets dont je ne soupçonnais même pas l'existence. Le voir être complètement lui-même était toujours une joie. Et pour mon fils aîné, je pense que c'est maintenant qu'il est dans cette phase, à 30 ans, où il est un adulte émergent ou un adulte à part entière, selon à qui vous parlez. Hum, mais le voir gagner en confiance, devenir l'homme de sa maison, essayer de joindre les deux bouts et mieux communiquer avec sa compagne... Hum, j'adore le voir heureux. (Amanda : Oui!). Toi Amanda, as-tu une étape préférée ?
Amanda
Je pense que j'en ai deux. J'ai vraiment adoré, euh, ma fille quand elle était bébé, euh, je me souviens que je la portais dans un porte-bébé jusqu'à ce qu'elle ait environ quatre ans, parce qu'elle était très câline. Et donc, euh, au début, c'était tout le temps. Mais ensuite, jusqu'à l'âge de quatre ans, je la mettais encore parfois dedans et je me souviens qu'elle s'endormait sur moi. Et je la portais partout avec moi, je ne sais pas, j'ai vraiment apprécié sa petite enfance, c'est sûr. Et je pense que j'apprécie aussi beaucoup cette période de développement dans laquelle elle se trouve actuellement. Elle pense savoir ce qu'elle veut faire plus tard et, pour cette raison, elle prend l'école très au sérieux. L'année dernière, elle était souvent en retard à l'école, mais depuis qu'elle s'est en quelque sorte décidée sur son orientation professionnelle, nous l'avons emmenée passer une journée à l'université pour voir si c'c'est vraiment ce qu'elle veut faire. Nous sommes allés à une journée portes ouvertes au CEGEP et elle sait maintenant quel programme elle veut suivre. Elle prend ses cours très au sérieux, elle n'a pas été en retard une seule fois depuis le début de l'année scolaire, ce qui est radicalement différent de l'année dernière. Et moi, je... et elle me parle maintenant de ses intérêts professionnels et des activités qu'elle veut faire cet été, et j'apprécie vraiment de la voir s'épanouir, et ses intérêts professionnels sont totalement différents de ce que je fais. Mais c'est super intéressant de la voir devenir qui elle est.
Marie
Vous vous souvenez quelle a été la phase la plus difficile pour toi ?
Amanda
 Je pense que c'est une très bonne question. C'est une question difficile. Je dirais que la période entre 3 et 5 ans avec ma fille a été très difficile pour moi. Nous avons perdu ma belle-mère quand Chloé avait deux ans, et après cela, nous n'avons plus eu aucun soutien intergénérationnel. Et cela a probablement contribué à rendre les choses difficiles. Mais l'autre problème auquel j'ai été confrontée était mon propre passé et les traumas associés. Et c'était quelque chose dont je n'avais absolument pas conscience entre les trois et cinq ans de ma fille. C'était enfoui si profondément dans mon subconscient que je ne savais pas que c'était quelque chose qui me posait problème, mais en fait, je n'ai jamais vraiment aimé les enfants entre trois et sept ans. Et je le disais aux gens. Quand on me demandait : « Oh, tu sais, quelle tranche d'âge aimes-tu vraiment ? » Et avant d'avoir des enfants, je répondais : « Je n'aime pas vraiment les enfants entre trois et sept ans. Et c'est simplement parce qu'ils ne sont pas très cohérents, mais ils parlent tout le temps et ils sont juste, tu sais, un peu ennuyeux à côtoyer » Et, euh, à un certain moment, je discutais avec un thérapeute et Chloé avait cinq ans et j'ai dit, euh,  j'ai en quelque sorte verbalisé certaines des difficultés que je rencontrais, puis il m'a dit : « C'est intéressant, que s'est-il passé pour vous entre trois et sept ans ? » C'est à cette période que j'ai vécu certains des traumatismes les plus importants dans ma famille d'origine. Et je pense que le simple fait de la voir à trois, quatre et cinq ans m'a rappelé quand j'avais trois, quatre et cinq ans. Et donc j'évitais en quelque sorte, dans la mesure du possible, je ne pouvais pas jouer avec elle. Je me retrouvais dans une situation où chaque fois qu'elle voulait jouer avec moi... Euh, le jeu était très violent dans ma famille d'origine. J'avais vraiment du mal à gérer ça, et la deuxième partie du problème, c'est que je n'en avais pas conscience. Je sentais juste une sorte de panique m'envahir, mais je ne savais pas quoi faire. C'était juste son âge, ça n'avait rien à voir avec elle ou moi en tant que parent. C'était comme si j'étais inconsciente, et une fois qu'un thérapeute m'a aidée à le voir, j'ai pu corriger le tir et les choses se sont améliorées. Et quand je ressentais cette panique, je savais d'où elle venait, et je n'avais plus besoin de m'enfuir de la pièce ou d'arrêter ce que nous étions en train de faire. Et donc ça s'est amélioré. Et puis, une fois qu'elle a eu 8 ans, je n'ai plus eu cette expérience. Je pense que c'est simplement parce que j'ai vécu un traumatisme très grave, sans aucun moyen de protection, entre trois et sept ans. Donc, une fois qu'elle a eu huit ans, je n'ai plus eu les mêmes difficultés, je pouvais me souvenir des jeux qui étaient amusants. Et je pouvais interagir avec elle d'une manière différente en tant que parent. Donc, oui, je dirais que la période de trois à cinq ans a été la pire, car il n'y avait aucun soutien intergénérationnel. J'avais constamment des crises de panique et je ne savais pas pourquoi. Et euh, la période de cinq à sept ans a encore été difficile, mais au moins j'en avais conscience, donc je pouvais essayer d'y remédier. (Marie : ouais). Euh, c'était quelque chose auquel personne ne m'avait préparée et auquel je ne m'attendais vraiment pas.
 
Marie
Oui. (Amanda : oui.) Je pense que j'ai vécu quelque chose de similaire. Ce n'était pas la période la plus difficile pour moi, mais pour chaque enfant, quand ils atteignent l'âge de 10 ans, j'ai ce sentiment d'appréhension, comme « Oh mon Dieu, protège-les cette année ». Parce que c'est l'année où ma mère est décédée. Donc, j'ai juste... et tout un tas d'autres choses, mais c'était en quelque sorte la cerise sur le gâteau, ou plutôt l'anti-cerise sur l'anti-gâteau. Donc, chaque fois que je rencontre un enfant qui vient d'avoir 10 ans, je me dis : « Oh, ça va être une année difficile. Mais pour ce qui est d'élever mes garçons, je dirais que la période la plus difficile de notre vie familiale a été le tout début, parce que je ne savais pas ce que je faisais et que je n'avais pas de parents biologiques directs à prendre comme modèles pour l'éducation des enfants. Mais j'ai surmonté cette difficulté en m'inspirant de The Cosby Show. Je me suis dit : « OK, comment Claire et le Dr Huxtable gèrent-ils l'éducation de leurs enfants ? Cela m'a aidée à développer ma propre approche pour élever mes enfants. Je veux être ferme. Je veux être claire et directe avec eux, mais je veux aussi faire preuve d'humour et d'amour. Cela m'a aidée à prendre certaines de mes premières décisions en tant que mère. Mais en termes de développement personnel, Je pense que pour mon plus jeune, ça a été difficile, même si j'ai particulièrement aimé le voir grandir entre 12 et 17 ans. Ça a aussi été un défi parce qu'entre 15 et 17 ans, il est devenu très secret et a fait des choix pas très judicieux à l'école. Quand il était en dernière année du secondaire, il a décidé qu'il ne voulait pas obtenir son diplôme, alors il a abandonné tous ses cours et est revenu l'année suivante. Pas de problème. Je ne me souviens pas comment je l'ai découvert. Je pense que je l'ai découvert par hasard et j'ai appelé l'école. Je leur ai demandé : « Qu'est-ce que vous faites ? Non, vous ne le laissez pas abandonner tous ses cours pour qu'il puisse revenir l'année suivante. Non. Donc, vous savez, j'ai essayé de trouver un équilibre entre son besoin de développer son autonomie et... Non, je ne te laisserai pas suivre cette voie. Non, tout simplement non, il n'y a pas à discuter. Euh, et pour mon fils aîné, il a eu des problèmes de dépendance à la fin de son adolescence, au début de la vingtaine, et j'ai passé des nuits entières à le chercher en voiture. Euh, c'était au début, enfin, je suppose que ce n'était pas tout à l'aube de Facebook, alors j'envoyais des messages à ces contacts et j'essayais de trouver des amis qui, je le savais, étaient passés le voir pour le localiser. Ce n'était pas drôle. Et je suis tellement reconnaissante que cette phase de sa vie soit terminée maintenant, heureusement. Voilà donc les étapes difficiles que notre famille a traversées.
 
Amanda
Cela a dû être très difficile. Je suis également heureuse d'apprendre qu'il a dépassé cette phase. Oui, ça dû petre une période très difficile. (Marie : Oui !) C'est très courant chez les adolescents d'aujourd'hui. Oui. Et chez les jeunes adultes.
Marie
 Je pense que ce qui a vraiment aidé, c'est que... Eh bien, nous n'avions pas beaucoup d'adultes plus âgés en bonne santé qui auraient pu lui servir de modèle. Il s'est retrouvé devant un juge plusieurs fois, je crois. La dernière fois qu'il s'est retrouvé devant ce juge, celui-ci lui a dit : « Écoute, tu n'es pas fait pour ce style de vie, arrête ça. Je ne veux plus te revoir ici », et cette approche directe et humoristique lui est restée, et il n'y est tout simplement pas retourné.
 
Amanda
Et en quoi pense-tu que les choses ont été différentes pour vos garçons que toi à leur âge ?
 
Marie
Oui. Eh bien, je pense que j'ai eu beaucoup de chance, car même si j'ai été placée à plusieurs reprises avant l'âge de 10 ans, lorsque ma mère est décédée à l'âge de 10 ans, j'ai été envoyée vivre chez mon grand-père, donc j'ai été prise en charge par un membre de ma famille. J'ai donc bénéficié d'une certaine stabilité. C'était un vieil homme, tu vois. Il n'était donc pas très attentif ni très engageant, mais au moins, j'avais la stabilité d'un endroit que je pouvais appeler mon foyer. Et je sais que beaucoup de jeunes avec lesquels je travaillé dans le cadre du réseau de VOICES n'ont même paseu cette stabilité. Donc, si vous faites une erreur, comme abandonner l'école ou devenir toxicomane, cela se termine généralement par un changement de placement. Vous allez dans un nouveau placement, vous allez dans un foyer collectif, vous allez dans un établissement de soins de niveau cinq, vous allez en détention pour mineurs. Euh, pour mes garçons. Je suis très reconnaissante qu'ils aient pu échouer pour mieux rebondir. Ils ont pu faire ces erreurs tout en sachant qu'ils avaient un foyer, qu'ils étaient aimés, qu'on s'occupait d'eux et qu'on allait trouver une solution, donc, oui.
 
Amanda
Et c'est bien de pouvoir en quelque sorte réécrire certaines de ces erreurs historiques, je pense.
MarieOui. Oui, et pour s'assurer qu'ils savent qu'ils ont le choix, des options.
 
Amanda
Tu as déjà abordé ce sujet un, mais as-tu pu  bénéficié d'un soutien intergénérationnel qui t’as aidée à un moment donné dans ton parcours parental ?
 
Marie
 Oui, eh bien, je pense que, euh, en ce qui concerne ma famille biologique, je n'avais pas ma mère et mon père pour m'apporter ce soutien, et bien sûr, mon grand-père était là pendant nos premières années. Il est décédé peu après. Mais il a fait ce qu'il a pu. Il a notamment plaidé pour que le système ne me désigne pas comme tutrice légale. Il disait : « Ne peut-elle pas simplement être la mère d'accueil ? » Cela n'a pas fonctionné, mais il a fait de son mieux. Mais après son décès, je pense que notre soutien intergénérationnel a vraiment été le village que j'ai pu construire autour des garçons. Nous appartenions à notre communauté paroissiale. J'ai donc demandé à certains hommes s'ils pouvaient passer du temps avec mes garçons. Est-ce qu'ils pourraient les emmener pêcher ? Est-ce qu'ils pourraient faire toutes les choses que font les hommes ? Préparer des hot-dogs, je ne sais pas, faire des grillades, quelque chose comme ça. Hum, certains de mes pairs, certains des garçons du groupe de jeunes avec moi, venaient jouer aux Lego avec les garçons et leur apprenaient... Mon ami Robbie leur a appris à faire des ricochets sur la rivière. Nous n'avions donc pas de soutien intergénérationnel lié à la biologie, ni de privilège familial. Mais nous avons réussi à développer une communauté, un village autour de nous, composé de personnes d'âges, de sexes et de situations différents, qui pouvaient les aider à découvrir qui ils étaient. Aviez-vous un soutien intergénérationnel ?
 
Amanda
 Oui, jusqu'à ce que Chloé ait deux ans, grâce à ma belle-mère, qui était vraiment la personne la plus proche d'une mère que j'ai jamais eue. Elle a été là pendant cinq ans, je crois, et c'était la personne la plus adorable qui soit, Francine. Euh, et après son décès, euh, mon conjoint avait une grand-mère, qui était très âgée et qui est maintenant décédée, mais elle a été présente pendant un peu plus longtemps dans l'enfance de Chloé. Je dirais jusqu'à ce que Chloé ait environ six ans. Elle venait parfois faire du baby-sitting, mais c'était plutôt court, disons pour deux heures, parce que je devais aller quelque part où c'était vraiment important, et la moitié du temps, elle s'endormait pendant qu'elle gardait Chloé. Ce n'était donc pas, euh, ce n'était pas forcément la situation idéale. Mais après cet âge, elle a dû déménager dans une maison de retraite. Et donc, après ça, nous n'avons plus eu aucun soutien intergénérationnel. Oui. Ce qui est intéressant, c'est que quand j'ai grandi, j'avais une très grande famille élargie composée de différentes... Il y a des défis différents avec les deux côtés de la famille de mes parents. Mais j'avais des gens. Alors que j'ai l'impression que dans la vie de ma fille, nous n'avons pas autant de gens et je me demande toujours, vous savez, quelle est la meilleure chose à avoir ? Par exemple, est-ce mieux d'avoir une famille dysfonctionnelle avec laquelle on passe du temps, ou est-ce mieux d'avoir une famille plus petite, qui est peut-être moins dysfonctionnelle ? Oui, et je ne connais toujours pas la réponse à cette question. C'est le genre de chose que l'on se demande.
Marie
Eh bien, c'est délicat, car en vieillissant, nous avons pu tisser des liens plus étroits avec mes oncles et tantes, et comme tous les dysfonctionnements, c'est totalement intergénérationnel. Ma mère et ses frères et sœurs ont eu leurs problèmes. Mes frères et sœurs et moi avons eu les nôtres, et maintenant mes oncles et tantes ont les leurs. C'est difficile de se réunir. C'est donc un groupe de personnes folles, en colère et dramatiques. Euh, et pendant toutes les années où les garçons étaient jeunes, s'il y avait un dîner de fête ou quelque chose comme ça, je leur disais : « On va y aller, vous allez rencontrer votre famille. Je veux que vous sachiez d'où nous venons. » Donc oui, je me suis vraiment demandé s'il valait mieux pour eux de connaître leur famille et de les voir au moins deux ou trois fois par an, ou s'il valait mieux s'isoler et créer notre propre village. Et je pense que j'ai décidé de faire les deux. J'avais besoin d'un village sain. Qui était tout le temps autour des garçons. À différents niveaux, car tout le monde n'est pas là tout le temps. Mais je voulais aussi qu'ils connaissent la famille de ma mère. Qu'ils sachent d'où ils viennent, qu'ils connaissent un peu leur identité et qu'en grandissant, ils décident eux-mêmes du type de relation qu'ils veulent avoir avec mes oncles et tantes. Beaucoup de jeunes, de jeunes parents avec lesquels j'ai travaillé à travers le réseau, ont exprimé à quel point il est difficile et frustrant de former son village. Comme on dit toujours, il faut tout un village pour élever un enfant. Et ils se lamentent sur la difficulté qu'ils ont à former un village pour leurs enfants. Et vraiment, tout ce que je peux leur dire, c'est que si vous croyez que c'est important, vous devez simplement essayer. J'étais une personne très introvertie. J'avais beaucoup de mal à parler aux gens. Je pense que pendant toute la scolarité de mon plus jeune fils à l’école primaire, je n'ai jamais regardé son professeur dans dans les yeux. Mais je trouvais tellement important qu'ils appartiennent à une communauté, au cas où il m'arriverait quelque chose, dans le pire des cas, mais aussi dans le meilleur des cas, afin qu'ils puissent apprendre de la multitude de gens qui les entourent. Et donc, de temps en temps, je devais sortir de ma coquille et les emmener à Art City, ou les emmener à West Broadway, ou les mettre en contact avec certaines des familles plus âgées de notre église. Parce qu'il était important pour moi qu'ils aient ce lien et ce contact intergénérationnel. Je reconnais donc que cela peut être difficile et je ne sais pas. Je ne sais pas si nous aurions pu y arriver si je ne l'avais pas fait. Vous savez, je ne saurais pas comment faire cela toute seule. Je ne sais pas si je le voudrais.
Amanda
Oui, oui. Non. C'est différent. C'est un défi différent pour moi parce que ma famille vit assez loin. (Marie : Oui.) Et euh, eh bien, vous savez, en fait, c'est une digression par rapport à ce sujet, mais c'est quand même assez intéressant. Alors nous allons faire une petite digression. Euh, j'avais l'habitude d'appeler souvent ma famille. J'avais une tante que j'appelais, je ne sais pas, tous les deux mois environ, et je lui racontais ce qui se passait dans ma vie, je lui parlais de ma fille, puis j'allais en ville, disons, enfin, c'était un long voyage pour moi, ça me coûtait au moins mille dollars, voire deux mille dollars, pour aller voir ma famille. Et quand j'allais les voir, je continuais à penser qu'ils allaient venir me rendre visite à un moment donné et qu'ils allaient m'appeler. Et, à un certain moment, alors que j'étais clinicienne, nous avons eu ce formateur qui est venu et qui a commencé à nous former sur l'accumulation compulsive et il a dit : « Vous pouvez accumuler des personnes, si vous essayez de maintenir des relations avec des personnes qui n'ont aucune valeur pour vous. Et quand il m'a dit cela, j'ai eu un moment de réflexion où je me suis dit : « Je pense que j'accumule ma famille. (Marie : Oui) parce qu'ils ne m'appellent jamais et ne me rendent jamais visite, et je ne voulais pas rompre les relations, donc ce n'était pas comme s'il y avait, au moins avec cette tante en particulier, il n'y avait pas de rupture, n'est-ce pas ? C'était plutôt que je me suis rendu compte qu'elle ne m'appelait littéralement jamais et ne me contactait pas. J'ai donc mis au point une sorte d'expérience où je me suis dit : « Tu sais quoi ? Au lieu de l'appeler tous les deux mois, je vais l'appeler tous les trois mois, et au lieu d'aller lui rendre visite deux fois par an, je vais lui rendre visite une fois par an, puis tous les deux ans, puis tous les trois ans, et je vais juste voir si elle répond au téléphone. Est-ce qu'elle viendra me rendre visite ? Elle ne l'a pas fait, et c'était la dernière relation que je qualifierais de vaguement saine. Et donc j'ai juste dit, vous savez, à ce stade, je consacre beaucoup d'énergie à entretenir une relation avec quelqu’un qui ne m'apporte rien en retour et... Mais je réfléchis à l'impact que cela a eu sur ma fille, parce que, elle aurait été adorable si j'étais venue en ville, elle aurait répondu au téléphone et aurait discuté avec moi si je l'avais appelée. Et cela aurait été une interaction positive. Hum, mais je me disais juste que, pour mon propre bien, je devais laisser cette relation. Mais bon, développer mes relations ici a présenté ses propres défis.
MarieOui, J'aime beaucoup ça et je pense que c'est vrai. Je dirais que même si j'ai fait tout mon possible pour que mes garçons restent en contact avec notre famille, notre famille élargie, quand ils étaient jeunes, en tant qu'adulte, j'ai rencontré quelques personnes qui m'ont dit : « Je pense que je peux laisser tomber maintenant qu'ils ont grandi et, comme je l'ai dit, maintenant qu'ils sont assez grands pour décider comment ils veulent entretenir leurs relations avec mes tantes et mes oncles. Je ne l'ai pas fait consciemment, mais en entendant ta description, je me suis dit : « Oui, il y a eu des personnes à qui j'ai dit : « D'accord, je ne vais pas vous contacter. Je vais juste voir si vous prenez le temps de m'appeler, de m'envoyer un e-mail ou de passer me voir.
 
Amanda
 C'est vrai. Mais en fait, je dis tout cela et très récemment, l'un de mes grands-parents est en soins palliatifs. Et donc j'ai en quelque sorte renoué avec cette tante, car mon grand-père est malade, et je pense que cela a en fait été une sorte de processus de guérison, car nous avons commencé à déballer un peu ce qui s'était passé. Et, et peut-être... Je ne pense pas avoir fait une erreur. Je pense que je l'ai fait de manière très consciente, très douce, en m'éloignant de cela. Mais ce qui est triste, c'est qu'elle serait la seule personne avec laquelle je pourrais avoir une relation dans toute ma famille. Donc, oui, c'est juste un défi intergénérationnel.
Marie
Donc, surtout si l'on considère que tu n'avait pas beaucoup de soutien intergénérationnel, quel type de soutien, formel ou informel, aurait été utile, avec le recul ?
Amanda
MMM… J'aurais vraiment aimé qu'il y ait une sorte d'association communautaire où je puisse me rendre facilement en transports en commun. Il y en avait une dans mon quartier, mais elle était vraiment loin de chez moi et à l'époque, je n'avais pas de voiture quand ma fille était toute petite. Mais un endroit situé près d'une station de métro aurait été génial. Euh, où j'aurais pu aller pour passer du temps avec d'autres parents. Je pense que cela m'aurait été très utile, et je pense aussi que cela aurait été bien d'avoir un grand-parent mentor, quelqu'un qui aurait eu à peu près l'âge de mes parents, voire plus, et qui aurait pu jouer le rôle d' , un mentor, comme un parent, un jeune parent qui n'avait pas de réseau de soutien. Cela nous aurait également été très utile dans notre parcours. Oui. Et toi ?
Marie
Hum, avec le recul. Eh bien, une ressource formelle qui aurait rendu la vie tellement plus facile aurait été un emploi suffisamment bien rémunéré pour ne pas avoir à se soucier des finances, mais à part ça, euh, comme j'avais un travail que j'aimais, ça compensait, je pense, en termes de soutien formel. Je ne sais pas, mais j'ai l'impression que nous avons eu beaucoup de chance. Hum, je ne sais pas si c'est à cause de mon éducation, mais j'ai cherché toutes les ressources gratuites que nous pouvions trouver. Hum, des subventions pour les camps aux cours de natation et de musique que l'on pouvait suivre gratuitement ou à un prix très réduit. Hum, mais ça aurait été bien, oui, d'avoir une famille adoptive, un couple plus âgé, qu'ils aient ou non leurs propres enfants, mais un couple plus âgé qui nous adopte en tant que famille et qui nous dise : « D'accord, on se voit dimanche pour le dîner » ou quelque chose comme ça, de façon régulière. J'étais vraiment douée pour trouver des soutiens pour les garçons, alors on leur a trouvé des parrains et marraines adoptifs et ils allaient passer du temps avec eux. Mais quelqu'un qui nous prendrait tous en charge, pour que j'aie un espace sûr où je pourrais dire : « Le garçon numéro un fait ça, et je ne sais pas si c'est normal. Est-ce que c'est normal ? Pourquoi le garçon numéro deux sent toujours l'oignon ? » Vous savez, juste avoir quelqu'un à qui parler. Oui, ça aurait été très bien.
Amanda
[Riant] Euh, ce sont de très bonnes questions. Oui, je suis même curieuse, d'un point de vue médical.
 
Marie
Et pourquoi est-ce que je rentre à la maison et que toute la maison sent les oignons ? S'il a joué aux jeux vidéo, c'est à cause du stress, de la transpiration. Maintenant, je sais.
Amanda
Eh bien voilà. Maintenant, nous avons la réponse à cette question.
MarieOui, chaque type de transpiration a une odeur différente ! [petit rire] Mais j'étais très reconnaissante, et peut-être était-ce dû à Winnipeg, Je ne sais pas si les mêmes ressources existent aujourd'hui, car j'entends dire que les parents traversent une période très difficile depuis la pandémie, mais il y avait beaucoup de ressources communautaires vraiment formidables sur lesquelles je pouvais compter pour assurer l'épanouissement de mes garçons. Et puis, grâce au Youth in Care Network, cette année, mon étudiante en stage a animé un atelier sur le thème « Nobody's perfect » (Personne n'est parfait), un atelier sur le rôle parental destiné à tout le monde. Renseignez-vous dans votre quartier ou votre communauté. C'est un atelier où il n'y a ni honte ni reproche, juste l'envie d'en savoir plus sur le développement de l'enfant. Mais étant elle-même une ancienne jeune placée, elle l'a spécialement adapté aux parents issus du milieu de l'aide sociale à l'enfance. Ainsi, une dizaine de couples venaient chaque semaine, partageaient un repas ensemble, suivaient le programme « Nobody's Perfect » sur le rôle parental, puis y ajoutaient la touche « Youth in Care ». À maintes reprises, nous avons entendu les parents dire à quel point c'était merveilleux de pouvoir parler des défis liés au rôle parental avec le fardeau supplémentaire que représente le fait d'avoir été pris en charge à l’enfance. Ils pensaient que s'ils posaient ces questions à d'autres personnes, leurs propres enfants pourraient finir par être placés. Le simple fait d'avoir un espace sûr pour parler et apprendre sur l'éducation des enfants et le développement de l'enfant, pour savoir que vous êtes normal, que votre enfant est normal et que tout ira bien.
AmandaJ'aime beaucoup cela. Si tu auvais un message à transmettre aux parents anciens jeunes placés, quel serait-il ?
 
Marie
 Trouvez une série comme The Cosby Show, elle vous aidera à comprendre. [rires] Non, je ne sais même pas s'il existe encore ce genre de séries familiales, mais si vous vous demandez quoi faire avec vos enfants... Comme ma question, quand mes garçons sont venus vivre avec moi pour la première fois, comment faire ? Non seulement j'ai regardé The Cosby Show à l'époque, mais j'ai aussi observé le personnel, les enseignants, les adultes de la communauté  qui m'ont laissé les meilleurs souvenirs et j'ai essayé de suivre leur exemple. Dans votre vie, vous avez peut-être grandi dans des foyers collectifs. Vous avez peut-être grandi dans une famille d'accueil, chez un membre éloigné de votre famille, quelle que soit votre expérience. Même si cela n'a pas toujours été facile, cherchez le bon côté des choses et essayez de l'imiter.  Et n'ayez pas peur de demander de l'aide pour tout le reste. Si vous ne voulez pas demander à certaines personnes, parce que vous craignez que votre enfant soit appréhendé, je vous suggère d'appeler le réseau d'anciens jeunes placés de votre communauté, s'il en existe un. Ou trouvez un adulte de confiance. Et si vous n'avez pas d'adulte de confiance, je vous encourage à trouver quelqu'un avec qui vous vous sentez à l'aise pour être ouvert et honnête, car vous n'avez pas à faire tout cela tout seul, vous pouvez former votre village. Cela demandera un peu d'efforts, mais vous pouvez y arriver.
 
Amanda
 Et mon conseil porterait davantage sur l'aspect interne. J'aime beaucoup ce que tu as dit, à savoir qu’on doit songer à la communauté qui nous entoure, ce qui n'a pas été mon point fort dans mon parcours parental, pour être honnête. Mais je pense que sur le plan interne, si vous avez vraiment du mal avec vos enfants à certains âges, que ce soit à cause de leur tempérament ou de votre propre traumatisme, peu importe. Je vous encourage à chercher du soutien et, vous savez, dans mes recherches, j'ai éttudié l’expérience des adultes plus âgés qui avaient été placés en institution lorsqu'ils étaient enfants, et beaucoup d'entre eux avaient des difficultés dans leur parcours parental, et beaucoup d'hommes n'élevaient pas leurs enfants jusqu'à l'âge adulte. Je me demande combien de fois ils ont perdu la garde, et c'était principalement au profit de leurs ex-épouses. Ce n'était pas parce qu'ils perdaient la garde au profit des services de protection de la jeunesse. Je me demande combien de ces histoires auraient pu être différentes s'ils avaient bénéficié d'un peu de soutien intergénérationnel ou d'un peu de soutien émotionnel. Je suis donc allée encourager les gens, en tant que personne ayant suivi une formation clinique approfondie et ayant travaillé avec beaucoup de personnes en difficulté. Je n'avais absolument pas réalisé à quel point mon histoire traumatisante avait affecté mon parcours parental pendant deux ans. C'est donc normal. Mais ensuite, il faut aller chercher du soutien. Il existe des ressources gratuites dans de nombreuses communautés pour obtenir, par exemple, une thérapie et ce genre de choses. Il existe également des groupes pour les parents, et je vous encourage vivement à chercher du soutien à votre manière. Et si vous êtes en instance de divorce, car beaucoup d'hommes qui n'ont pas élevé leurs enfants jusqu'à l'âge adulte, euh, c'était lorsque leur mariage s'est brisé et la plupart des personnes que j'ai interviewées n'étaient pas mariées à ce moment-là, ou avaient vécu un divorce à un moment ou à un autre. Je pense que si vous vivez un divorce et que vous êtes parent, vous savez, engagez un avocat, faites appel à un avocat bénévole, demandez un soutien émotionnel à votre communauté, impliquez-vous dans une église, un centre communautaire ou un YMCA, car cela demande en quelque sorte tout un village et c'est une période vraiment difficile. Je dirais que 9 hommes sur 10 que j'ai interviewés et qui n'ont pas élevé leurs enfants jusqu'à l'âge adulte ont déclaré que leur plus grand regret dans la vie était d'avoir renoncé à la garde de leurs enfants ou de l'avoir perdue au profit de leur ex-femme, ce qui a eu un impact sur leurs enfants et leur relation avec eux pour le reste de leur vie. Et cela peut être évité.
 
Marie
C'est évitable. Et je me disais, comme tu l'as dit, que ces pères ont perdu la garde au profit de leurs ex-épouses, et pour beaucoup de gens qui ont grandi en famille d'accueil, il s,agit d,une expérience de placement intergénérationnelle... Peut-être que votre mère était  en famille d'accueil et que sa mère aussi avant elle en famille d'accueil... Donc, jusqu'à présent, chaque génération de votre famille a vu ses enfants placés en famille d'accueil. Cela peut sembler horrible, mais ne laissez pas cela être votre choix. Cela peut sembler être le choix logique. Vous abandonnez tout simplement. Vous êtes frustré, cet enfant vous rend fou. Cela peut sembler être le choix logique, car c'est ce qui s'est passé pour les générations  avant vous. Mais ce n'est pas forcément le seul choix possible. Comme l'a dit Amanda, vous pouvez trouver un avocat bénévole ou un avocat spécialisé dans le droit de la famille pour vous aider si les services sociaux ont déjà pris vos enfants en charge. Vous pouvez trouver un avocat pour vous aider. Assurez-vous que vos droits en tant que parent sont respectés, mais vous devrez également faire le nécessaire. Vous devez également faire le nécessaire pour comprendre, vous savez. Quel est le mot juste ? Leurs préoccupations sont-elles justifiées ? Euh, avez-vous besoin de le faire ? Y a-t-il des choses que vous devez corriger afin de pouvoir offrir un environnement familial sain, et y a-t-il des mesures de soutien que vous devez mettre en place pour que vos enfants puissent grandir avec vous ? Vous pouvez y arriver, n'abandonnez pas la garde de vos enfants si vous n'y êtes pas obligé.
 
Amanda
Eh bien, cette conversation a été formidable. C'est vraiment une passion pour moi, parce que, tu sais, j'ai moi-même rencontré des difficultés dans mon rôle de parent. Tu as rencontré tes propres difficultés dans ton rôle de parent, et presque toutes les personnes que j'ai interviewées et qui ont été placées en famille d'accueil ont rencontré leurs propres difficultés. Et en fait, comme tu le disais à propos de cet aspect intergénérationnel, 34 % des personnes que j'ai interviewées n'étaient pas les premières de leur famille à avoir été placées en famille d'accueil. Il y a donc cet aspect intergénérationnel qui peut se répercuter à travers les générations. Mais cela peut aussi s'arrêter avec vous. (Marie : Exactement). Hum. Je pense donc que ce que je retiendrai, c'est qu'il faut commencer à prendre conscience et si certains d'entre vous ont des difficultés avec l'éducation des enfants, sachez simplement que c'est une tâche impossible. C'est comme un travail non rémunéré, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 (Marie : épuisant ! [rires]) Oui !  pour le reste de votre vie. Et bien sûr, certains âges sont plus difficiles pour certaines personnes, pour différentes raisons. Et certaines personnes ont plus de ressources que d'autres à différents moments, pour différentes raisons. Je pense donc qu'il ne faut pas se juger, mais demander de l'aide. Je ne sais pas si... As-tu d'autres conseils à donner ?
Marie
Ne vous jugez pas, demandez de l'aide. Euh, travaillez sur vous-même. Je veux dire, faites ce travail de guérison. Aimez cet enfant intérieur, afin qu'il soit plus facile d'aimer votre petit, votre mini-moi qui vous suit partout et vous rend fou quand vous... Prenez simplement soin de vous afin de pouvoir prendre soin d'eux.
 

L'équilibre/ Finding Balance

Thursday Nov 27, 2025

Thursday Nov 27, 2025

Pour faire suite à notre premier épisode qui portait sur la recherche du bien-être suite à la transition à la vie adulte, cette fois-ci c’est au tour de Annie et de Janis de nous parler de  l’équilibre dans la vie adulte et des défis que cela peut représenter – le fameux metro-boulot-dodo mais aussi, entres-autres famille-Santé et loisirs, le tout. Au fils de l’épisode Annie et Janis tissent un lien clair entre les défis qu’elles ont vécus à l’enfance, les apprentissages et les outils qu’elles ont su développer ainsi que leur adaptation face à l’adversité en bas âge. Mur de réflexions pertientes pour les professionnels et les auditeurs en générale, il est ici question de fines stratégies pour maintenir l’équilibre tout en souligant les dynamiques particulières de ce processus tel qu’il peut être vécu par d’anciens jeunes placés à l’âge adulte.
Cet épisode est en français. Je vous souhaite un bon épisode
 
For our second episode, our members Annie and Janis share some of the challenges they face in achieving balance in adulthood—the infamous 9 to 5 grind, all the while trying to juggle family, health, leisure, and everything else. Throughout the episode, Annie and Janis draw a clear link between the challenges they experienced in childhood, the lessons they learned and their adaptations in the face of adversity. Rich in content relevant to professionals and listeners generally, this episode discusses subtle strategies for maintaining balance while highlighting the particular dynamics and challenges of this process as it may be experienced by former youth in care.
This episode is in French. A translation of the full episode transcript is available on our podbean page:
https://gabriellechapdelaine.podbean.com/
We hope you enjoy listening to this episode as much as we enjoyed making it.
 
Transcript Translation:
Annie
Here we go. OK, ready. Hi, everyone. Today we're with Janis and Annie. We're going to talk about balance. So, let's start with the first question, which is, how do you define balance in your life?
Janis
For me, it's the key to happiness. It keeps me from going to extremes and gives me a certain amount of control over what's happening in my environment.
Annie
That's a very good answer. I would say that balance is found in all areas of our lives, whether it's family, sports, or work. I think you have to find a certain balance so you don't become, how can I put it, a workaholic, for example. Work takes up too much space and we don't have enough time to do other things. We have to find that balance to be mentally healthy. That's it. What helps you maintain balance, Janice?
Janis
One word: routine. For me, it's routine. Having a Google Calendar, always writing down what I have planned, what I have to do. I know it can be intense sometimes because it's always about preparation, always about the future, but at the same time, that's what allows me to stay in the present moment because I know what I have to do from week to week. It takes some of the pressure off. There's a kind of lightness after that. And also the fact that I went to school for a long time. I went all the way to university. So at some point, you have no choice but to be more organized, to make a schedule, a routine, and then stick to it to have a certain balance. Your classes mean you have a schedule to follow, and then you add sports into that. You see your family, your friends. It's like a good foundation for knowing where you're going.
Annie
But I agree that balance starts, I think, with school. We're in school from age 5 until you decide to finish CEGEP or university. And of course, for me too, a planner is really important.
 
I still use the old-fashioned method, which is a paper planner. I prefer to write things down because it frees up my brain a little. It means I don't have to think all the time. I also had to start making to-do lists. I was fine with "today I'm going to do this and that..." Then I realized that making to-do lists stressed me out because I never got through them. And I realized that you never get through a to-do list. That's what a to-do list is for. But I've come up with a new slogan recently, and it's called "Just for today." So, I make a to-do list, and it's just for today, I'm going to do that, and that's going to be it, my accomplishments. That way, I can find a certain balance, even at work. OK, today I did that. When I leave work, I leave work behind, and tonight I focus on my family, my hobbies, my passions, and my son too, because he takes up a lot of space. That way, we find a certain balance in a life that moves very quickly. We don't live life at a thousand miles an hour every day, but we try to find balance in it.
Janis
So for you too, it's a bit about organization?
Annie
Well, it's really part of my life. If I don't have organization, I'd be a little lost, but it's not a big deal either. If, say, we said to Laurent, "Hey, we want to do this or that," and today we're not doing it, well, it's not a big deal. And I'm telling you, it's not a big deal, but in real life, it is a big deal. Every time, I'm like, "Oh, we didn't do this or that." But then, when I think about it, I'm like, "Oh yeah, it's not a big deal, today I accomplished at least this one thing, and tomorrow there will be another accomplishment, and it's not a big deal." Yeah, but it's okay, it's like letting go and seeing what you've accomplished and not what you haven't done. That's right, but it's a daily struggle in my life to let go of that kind of thing.
Janis
Absolutely, I think it's something a lot of people have to work on.
Anie
Yes, definitely. Next question. To maintain balance, we engage in activities such as sports, dance, or other pursuits. What has been most helpful to you in your journey toward balance?
 
Janis
Well, when I was in high school, I was in the dance program. So I was introduced to dance at a very young age. I often performed in shows and learned all kinds of dance styles. I did Afro, belly dancing, Latin dances. And it seems like that developed my sense of rhythm. It also helped me develop a good relationship with my body. You know, feeling more confident when I dance, liking my body more, well, that made me... Can we cut that? That made me... I would say that I've been dancing since I was a little girl. It's always been a part of my life. I started ballet when I was 5. After that, in high school, I focused on dance. Then when I was in college, I was in a Latin dance troupe. Then I did a show. And throughout it all, I realized that I had developed more self-confidence. I had a positive perception of my body because I liked how I moved. It also helps you connect with people, you know, you have dance partners, you discover new cultures because I did Latin dance, Afro dance, belly dancing. And then there's also the fact that I did a lot of weight training. And with weight training, you need to be a little disciplined because, okay, three times a week I'm going to the gym, and then you see the results as you go along. It takes a little time, but the fact that you see the changes in your body, the positive changes, gives you confidence, and it makes you want to go back and keep going. I like that, I like that. For me, personally, it's been in sports too, really. In high school, I enrolled in a sports program, with five or six physical education classes a week.
Annie
Sports help you maintain a certain balance, but above all, it's your mental health that comes into play. If you have good mental health, you're able to maintain a certain balance. For me, in sports, I would go to sports, and when I got into my sport, I would leave everything behind, whether it was problems or something else. I didn't think about my homework, I didn't think about what I had to do at home in the evening. I also think that sports helped me channel my frustration, whether it was playing soccer or thinking that the ball might be mean, but when you're frustrated, thinking that the ball is someone's head, it feels good to take out your frustration on the ball and not in real life. People don't know that. For me, the ball was like my mother. No one knows that. I know it. I play soccer with all my heart, and it's really perfect. It's been that way with soccer, hockey, and Zumba. I've always loved doing lots and lots of sports, and I still do today. I do them, but a little less with the routine of life.
 
Janis
But it's true, you were a Zumba instructor. I trained to become a Zumba instructor, but I never taught any classes because of the pandemic. So I haven't resumed that part of my life. Ah, so it's to be continued. To be continued, perhaps, in the coming years.
Annie
But that's interesting, it's a passion we have in common. Yes. Because we both love Zumba. Yes!
Janis
You even have a Zumba tattoo.
 
Annie
Yes! I have Zumba here. Having Zumba tattooed on my heart really helped me a lot, it freed me. Because when I went to my Zumba dance class, well, I went in and I lived the merengue to the fullest, and all the music that goes with it, but you know, I went in there and I lived like... It was a party. So it feels good to let go, even if... Everyone else is on the right and I'm on the left, it really doesn't matter.
Janis
Same thing for me, when I do my Zumba classes, I don't think about anything else. It's just the present moment. That's it. I just have fun.
Annie
Really, that's what's important, and that's what you need to take the time to do in life, which, once again, is moving too fast. Yeah, it helps to have balance. Balance! What about your passion, what helped you refocus? Hey, that's not the whole question. Do you have a passion that helped you refocus? Do you have a passion that helped you refocus?
Janis
Yes. It's very simple. It's two fairly minimalist things, I would say. Reading. I love to read, I love to immerse myself in another world and leave everything else behind.
 
I'm so stimulated, I just feel good when I read. It helps me refocus and really be present. Then there are also walks in nature or just walks along the water. It just makes me feel so good. I practice mindfulness, I'm in touch with nature. My five senses are stimulated. And I feel like I'm editing myself a little bit at the same time. It really does me good.
Annie
 Perfect. For me, I would say that a passion that helps me refocus is probably writing. I'm someone who writes a lot. And I think that sometimes I'm better at expressing myself in writing than in speech, even though I'm someone who talks a lot in everyday life. That's why I started my blog, and I try to publish a post once a month, but it's not always possible. That's right, it's not always possible, but we try to set ourselves small goals to achieve it. I would also say that I really enjoy photography. I think that in photography, you can capture moments, you can feel emotions through a photo, you can try to understand things. But I don't like staged photos. So, you know, I don't want to go and take photos... You know, I'll take family portraits, I'll take... But you know, if I take family portraits, it won't be "Strike a pose, I'm taking your picture," you know. We'll do an activity, we'll run around to take a picture. It has to be natural. Natural, because otherwise, if it's staged, you don't feel the emotion, you just see fake smiles, and fake smiles show up in photos.
Janis
You can feel it.
Annie
 You can feel it. So there you have it, those are my two little passions in life.
Janis
And by the way, you say you like to write, but I know you were thinking of writing a book too. How's that project coming along?
Annie
Right now, it's not concrete at all, it's in my head, it's in my notes on my phone, but it's really... that's why I started with the blog, thinking that I'll start by writing on the blog, and then we'll see how people respond to it.
That's a great idea, I hope it works out for you.
Annie
Yes, thank you very much! How did you learn to develop a certain balance between social skills and how did you learn to develop that social side, to express yourself better or interact with others?
Janis
 I don't know if it's a good thing, but I would say I'm a chameleon. I adapt a lot to my environment and to the people I live with on a daily basis. So I tend to pick up a little bit, not their habits, but how they interact, and adapt to them. So I'm someone who adapts a lot to others, and sometimes I forget myself a little bit in the process. But I still have my own personality and my own way of seeing things. It's just that, it seems like I'm more... I'm more... I'm more... Yeah, I'm more... I'm more analytical.
Annie
Ah, that's good, yes. Yes, that's true. Yes, I accept that answer.
Janis
And you, how have you developed?
Annie
I would say that, given my past, I was really someone who closed myself off from others. I was someone who didn't talk. I didn't talk, yes. That's surprising. Surprising, huh? But I really was someone who didn't talk. And every time someone asked me to do something, I did it without complaining, without trying to confront the person. Even if I didn't feel like it, I didn't do it. I did it, excuse me. And it was hard work. When I arrived at Luc and Pauline's house at the age of 10, well, clearly, it was something that needed to be worked on with me because I was going to get walked all over later on, and I wasn't going to be able to take my place in society. Then it really started at dinner time, we would sit around the table, we would eat dinner together because we always ate dinner as a family. Then, okay Annie, you're going to tell me about your day. But at first, I didn't know what to say.
 
At first, it was like, okay, we'll set a 30-second timer, and then you tell us about your day. Then, over time, I took my place around the table, and I was able to talk about my days. At first, it was like, I had lunch, I did a math exercise. It was that simple. But over time, I was able to add more details. This and that happened today. Then it took a whole year of working with Luc and Pauline. After a year, I was a completely different person. And you can see that today. I mean, today I give lectures, I speak in front of crowds, it doesn't bother me. Put me on a stage, let's go, I'll liven things up. It's part of my personality now, wanting to... well, not to be the show, but you know, I take up space in a room, and I know it. When I'm there, like, people know I'm there, and that's okay. But talking and expressing myself isn't something that bothers me now. But you know, if we went back a couple of years, I would be like... I'll never get there, I'll never give lectures in classrooms, I'll never speak in front of 1,000 people, there's no way I could do that. And today, people have to tell me, "Annie, stop talking for a minute, let the others talk," and it's okay, but I also like to add details. So sometimes my stories are long because I like to add details, like that the person was wearing a red sweater, but in reality, who cares? So it's okay. So you really experience the... It's like you're with me when I tell you my stories. So that's also something that... It's immersive.
Janis
Yeah, I like that. We have a beautiful story to tell. But I would say that, for me, the reason I'm more of a chameleon with people stems from my childhood. My mother was a very difficult person to live with. I had to put my needs aside to listen to hers and be there for her. That means you end up living more for others than for yourself. What also happened was that my mother isn't the most socially aware person; she doesn't have strong social skills to begin with. So I feel like I've educated myself throughout my life, since I didn't always have role models around me or people to inspire or guide me. So that also played a big, big part.
Annie
As two former foster kids, we're resilient, I think the word resilience is part of our journey. How did that word help you in your healing process? How were you able to leave your past behind, so to speak, or move forward in life?
Janis
It's been difficult, and I'm still working on it today. You know, it's not something you do overnight. But I would say to detach myself a little from my past. You know, to tell myself, okay, that's not who I am, but it's part of me, it's part of my past and what I've been through, but it's... Like you say sometimes, your past makes you who you are today, it's a bit like that. And therapy, well, therapy, because there are things I don't accept. And therapy is what helps me get through it.
Annie
That's for sure. Yes, therapy is really a key element in the healing process, I think. But sometimes it takes a while to understand that. You know, when I was 18, I was sure I had made peace with my past. I was at peace, I had accepted everything that had happened. Then, as the years went by, I realized that I still had wounds, but I didn't really understand the patterns I was repeating. And finally, I realized that it was at the age of 25 that I attempted suicide, that I tried to end it all, and then I went to the psychiatric ward of the hospital, and when I saw the others around me, I was like... "But why am I here? Why have I ended up here?" " Then when I went into the psychiatrist's office, I said, "I'm not going to stay here. I'm really going to get out of here and I'm really, really going to help myself." Then she was like, "OK, you're going to help yourself, you're going to surround yourself with the right people, etc." Then I was like, "Yes, yes, I'm really ready. " And of course, the medication helps a lot. For me, it's something that isn't emphasized enough. Antidepressants. I've been taking antidepressants for five years now, and it helps me have a certain balance in my life, because my brain wasn't providing the... it's not a toxin, but...
Janis
Dopamine?
Annie
Dopamine, it wasn't providing me with dopamine. Then, with my antidepressant, it helped me regain that balance that I had kind of lost, where I was confused, that's not it, where I was feeling down. So that really helped me. And then, from there, I decided to go to therapy. And that therapy really helped me a lot.
I went to therapy every week for two years. I went to a private therapist because if I had stayed in the public system, I might not have seen anyone to this day, but that's just how the system works. But it helped me accept that I had wounds that hadn't healed. We agree that we just put a bandage on it, but the scar wasn't officially healed. And it really... That therapy... Let me see, excuse me. It helped me open my eyes to things that I thought were normal to have experienced or to continue to accept. But in the end, I had the right to be angry, I had the right to be sad, but I wasn't experiencing those emotions. That's when it allowed me to take stock of that. Today, I am able to express my emotions more. I also try to be able to say, "Today, I'm not okay, and that's okay."
Today is a good day, and I'm going to be smiling, but if there's a day when I want to get up and I don't feel like smiling, I have the right to have those days too. My journey has led me to describe myself as a very resilient person, which is why I'm giving a talk today called "The Journey of a Resilient Person." Wow! You have friends and family around you. What role do they play in your balance? Do you have any interpersonal relationships that have been particularly supportive? That's a very long question, so let me start again. What role do the people around you play in your balance? Do you have any interpersonal relationships that have been particularly supportive in this process?
Janis
I understand the question. How should I answer? I think relationships are the foundation of balance. We need others to be happy. We are social creatures, so it's super important. I think my friendships are what really helped me get better, find balance in my life, and feel that my life had meaning. Because I still talk to my family, but they're not the people who are most present in my life. I'm less fortunate in that regard. Otherwise, there are also the people I've worked with, people on the committees I participate in, people I've met. All of these people play a certain role in my life and help me find balance and be positive every day.
Annie
That's beautiful! I would say that my circle of friends came together more around the end of elementary school, when I moved in with Luc and Pauline. Before that, I tried to see the friends I had. I moved around so much between families that friendships became very rare. Or else, the friendships I did have broke down because I moved to a different city or changed schools. So it was hard to have any kind of stability or , I think, in those relationships. Then when I arrived at Luc and Pauline's, I was finally placed with them for the most part. That also allowed me to go to the same school from start to finish. I did middle school from 7th to 9th grade. I finished elementary school in a school from 5th to 6th grade. I said it backwards, but I was able to find some balance. I still have friends from elementary school who are still my friends today as an adult. I remember, I have a friend from elementary school who is still in my life. We became friends because of some lion makeup. We dressed up for Halloween, and I went to her house so we could do our makeup. We were so proud of that makeup. Today, we laugh about it because it was awful, but... It's one of the relationships I'm proud to talk about today. I have a friend from elementary school who is still there. Many people still have childhood friends, but this person has been my childhood friend since forever. We've been friends since we were 10 years old. Today, I'm turning 30. It's been a couple of years. Friendships like that are rare. It hasn't always been a friendship where everything was "all good." We've had arguments, we stopped talking for a while, but we always came back. And again, the key to that is that we've always been able to communicate and tell each other the truth. That's where we find balance in our friendships because, as we grow up, we have friends, friends, friends. But you're not supposed to have 25,000 friends. You can count them on one hand, the real, true friends who will be there when things are going well, but who are also there when things aren't going well. And I've experienced that over the years, where I've removed... well, I haven't removed, but I've ended friendships because they had become toxic for me, and they brought me nothing but negativity. And today, I've decided to surround myself with good people, just people who are healthy in my mind.
Janis
Well, you did the right thing by cleaning house because sometimes I find it's not easy. Well, it's not easy because you tell yourself, "Oh well, I'll give them another chance," but in the end, it always comes back to the same pattern, and that's when you end up unhappy in the situation.
Annie
Also, as adults, we often take different paths. I still have friends from high school. I don't have 25 friends from high school yet. But in high school, we have too many friends, clearly. They're all our friends. But as we grow up, you know, that's how it is. We're able to say... to ourselves, well, that's my friend. And you know, I mean, I have two... I have a friend now who's from high school. And you know, she has two children.
I have my family life, she has her family life. We don't see each other often, but we talk almost every day through voice messages and Facebook. Then when we do see each other, it's like we saw each other yesterday. It's the same, it's fun. But that's how it is, adult life takes over at some point, and then you have to juggle friendships and that life. But that's where you have to find that balance, to say, "OK, now we're really going to plan this." And then, you know, we called it our "mom date," because we go out without the kids and without the young ones, but just finding the date was super complicated. Hockey games, there are... Well, I have dance classes at Matisse. We all have something, there are children's parties, so you have to try to find your place. So you book it in the calendar and you're like, let's go. So we're having dinner soon in the schedule.
 
Janis
But I think lifestyle plays a big role in friendships. You're a mom, you're busier than someone who doesn't have kids and just goes to work.
Annie
But of course we don't... it's not the same lifestyle when you become a mom. In the evening, you have obligations when you embark on the second digit, as they say. So, you know, I come home, I have to take care of the house, we make dinner, we get ready for bedtime, and that's how it is. So, you know, of course, in the evening, I can't say, "Oh, tonight, I feel like going out for a drink on the spur of the moment." ' No, that's it. My son is waiting for me at home, and so is my boyfriend, but in the sense that... It's more about organization and making decisions.
We decided to start a family together, and if I want to go out or my boyfriend wants to go out, we try to balance family life so that we can each have our own hobbies too. We need time alone and time as a couple, just as we need time with our friends. It's really important. One question: in life, we have ambitions and dreams. What are your dreams?
Janis
 I like that. I have several. I don't know if they'll all come true. But one of my dreams is to be an herbalist. An herbalist is basically someone who makes products from plants. So natural products, which can be cosmetics, anything related to the natural world. Essential oils, spices.
 
Then I'd like to have... Yes, my clinic, but also maybe something like the Maison de la Lavande. So one day, I'd like to have my own land with my own lavender field, sell my lavender products, and organize events. A bit like what they do, but a different version. I'd also like to do retreats at my Maison de Lavande. Retreats that are perhaps spiritual or... or that help you feel more in touch with yourself. And then another thing: I'd like to live in another country. Maybe in Europe. I don't know, like Italy or Spain or France. I'd like to be an expat and always live in the sun.
Annie
Wow. Those are beautiful dreams. It's crazy because living in another country is something I couldn't... I could travel, I love to travel, I really love it, I'd love to travel more. But I've been tossed around so much, like, that now I've found stability in my home, you know, I have my house. And moving makes me feel crazy anxious and stressed. I know that when I'm at home, I'm happy, I know I'm stable, I want to be at home. And yes, it's fun to go to a cottage, to go on a trip. But how much fun is it to come home, to your things, to your routine, to your stuff. It's something like, you know, that's it, I'm rooted. You know, my house, I don't want to move right now. If we change houses, it's because we have another project to build for ourselves. But right now, that's not the case. So, you know, probably, but I would say that my dreams have already come true. It was to start a family. I'm the mother of a 2-year-old boy. I have a partner whom I love very much. I've been able to find that balance in my life, to find a stable, healthy relationship. That was extremely important to me. I promised myself I would be in a loving relationship that would be good for me and not repeat the pattern of my parents.
As for my other dreams, I have many, but one of the dreams I would really like to achieve one day, if it happens, I don't know, but it would be to give back. I arrived at Lucky Pauline when I was 10 years old, and it has been my family ever since. I would love to give back by opening a foster home. But it's not something that will happen right away because I want to start my own family first, and finish it. Also, it's not something you can do alone. If I try to become a foster parent, the whole family has to be on board with the project. It's a really big undertaking.
My other project would be to publish my book one day. In my own words.
To publish something I've written and put it out there.
Janis
Those are such beautiful dreams.
Annie
I know. And of course, not all of them will come true. But I think dreams are meant to... Dreams are meant to be dreamed, yes.
Janis
Well said. But I would say that dreams help us set goals, set objectives, and then move forward and say, "Hey, I'm doing all this to get somewhere someday." Then every little accomplishment will help us achieve a dream or a goal we've set for ourselves someday. Yeah, it's motivating. It gives us a reason to exist, in a way.
Annie
Yeah, really. Have you found a balance between your family relationships and other aspects of your life?
Janis
To be honest, no. Because the relationship I have with my family is very complicated. They're not very present people. They're super nice, super educated, curious, interesting. But they're not present and they're not interested, it seems, in maintaining that connection, staying in touch, and really making an effort. So sometimes I feel like it's not mutual. And I don't know where I fit in there. How do I keep in touch with my family without always feeling like I'm the one who has to reach out to them, I'm the one who has to make the effort, I'm the one who has to show interest. But at the same time, my family is super important to me. Deep down, I wish it were different. I wish there were a balance, that I gave as much as they did, and they gave back to me. I wish it weren't always so complicated, and that I didn't have to think about it and get nostalgic, because when I think about my family, I get nostalgic. That's what's unfortunate.
Annie
Interesting. I would say that I've found a certain balance in my relationship. I've found a certain balance, but it's not always easy because we have our biological family, and then we have the family we have today, whom I really consider to be my family, who are like parents to me.
And it's them I'll turn to if there's anything. But it's always heartbreaking. And it's something that's hard to explain today, why there's this ambiguity of having my biological family and my foster family. But I think family is something important. But you have to know who you give that role of family to. But I think family is going to be a topic for another podcast. I think it could be a great podcast topic. But if we finish today with the topics we've discussed, which are all about balance in the different areas of our lives, what advice would you give to someone listening to us today?
Janis
I would say be organized. That's the basis. Then have ambitions and dreams. It helps you know what you want. And when you know what you want, it seems easier to be balanced because you know how to plan your life.
Annie
That's really good advice. But I think so, organization, if I had to tell someone, I think being organized helps. But also not putting too much pressure on yourself. Because yes, there are times in your life when you're going to be... when the balance is going to be perfect. Perfection doesn't exist, so the balance will be ideal, but I think it's okay that there are phases when it doesn't work, and you might do less sport, and you might want your family less, and things might not be going so well at work, but everything in life is cyclical, it will pass, and you just have to trust life, and it will help you find balance and be happy in life. See you next time!
 

Wednesday Oct 08, 2025

To kick off our very first season, we came together to discuss a topic that is particularly close to our hearts: finding well-being during and after the transition to adulthood following placement into care.
We had a rich and nuanced discussion, which we hope you will enjoy Happy listening!
This episode is in English
 
Pour débuter notre toute première saison, nous nous sommes réunis  afin d’échanger sur un sujet qui nous tiens particulièrement à cœur : trouver le bien-être durant et après la transition à l’âge adulte, suite au placement en protection de la jeunesse. Riche de discussion nuancé, nous espérons que ce premier épisode vous plaira. Bonne écoute!
Cet épisode est en anglais
 

Sunday Oct 05, 2025

Welcome to Beyond the System! In this brief introductory episode, we share the mission  behind the podcast, and what you can expect in the episodes to come. Whether you're here for new insight, a deepening connection to your field of work, or a spark of curiosity, we're so glad you're tuning in. Let’s get started.
 
Bienvenue à De L’Ombre à la Lumière. Dans ce bref épisode d’intro, nous vous présentons la mission de note podcast et ce à quoi vous pouvez vous attendre dans les épisodes à venir. Que vous soyez ici pour acquérir de nouvelles connaissances, approfondir vos aquis, ou par simplecuriosité, nous sommes ravis de vous « voir » ici. C'est parti !

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